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Lecture en trois ans pour le 5 septembre 2023

La Bible de Jérusalem (fr)

Ezéchiel, Chapitre 29

II. Oracles contre les nations> 1 Contre l’Égypte.
La dixième année, au dixième mois, le douze du mois, la parole de Yahvé me fut adressée en ces termes :
Fils d’homme, tourne-toi vers Pharaon, roi d’Égypte, et prophétise contre lui et contre l’Égypte tout entière.
Parle et dis-lui : Ainsi parle le Seigneur Yahvé.Je me déclare contre toi, Pharaon, roi d’Égypte,
grand crocodile étendu au milieu de ses Nils,
qui as dit : « Mon Nil est à moi, c’est moi qui l’ai fait. »
Je vais mettre des crocs à tes mâchoires,
coller à tes écailles les poissons de tes Nils
et te tirer du milieu de tes Nils,
avec tous les poissons de tes Nils collés à tes écailles.
Je te jetterai dans le désert, avec tous les poissons de tes Nils.
Tu retomberas en plein champ,
tu ne seras ni ramassé ni enterré.
Aux bêtes de la terre et aux oiseaux du ciel,
je te donnerai en pâture,
et tous les habitants de l’Égypte sauront que je suis Yahvé.
Car ils ont été un appui de roseau pour la maison d’Israël.
Quand ils te saisissaient, tu te rompais dans leur main,
et tu leur déchirais toute la main.
Quand ils s’appuyaient sur toi, tu te brisais,
tu faisais chanceler tous les reins.
C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Yahvé. Voici que j’envoie contre toi l’épée, pour retrancher de toi hommes et bêtes.
Le pays d’Égypte deviendra désolation et ruine, et l’on saura que je suis Yahvé. Car il a dit : « Le Nil est à moi, c’est moi qui l’ai fait. »
10 Eh bien ! je me déclare contre toi et contre tes Nils. Je ferai du pays d’Égypte une ruine et une désolation, de Migdol à Syène et jusqu’à la frontière de Kush.
11 Le pied de l’homme n’y passera pas, le pied des animaux n’y passera pas, il restera inhabité quarante ans.
12 Je ferai du pays d’Égypte une désolation au milieu de pays dévastés ; ses villes seront une désolation au milieu de villes détruites, pendant quarante ans. Et je disséminerai les Égyptiens parmi les nations, je les disperserai parmi les pays.
13 Car ainsi parle le Seigneur Yahvé. Au bout de quarante ans, je rassemblerai les Égyptiens des nations où ils avaient été dispersés.
14 Je ramènerai les captifs égyptiens et je les réinstallerai au pays de Patros, dans leur pays d’origine. Ils y formeront un modeste royaume.
15 L’Égypte sera le plus modeste des royaumes et elle ne s’élèvera plus sur les nations ; je la diminuerai pour qu’elle ne s’impose plus aux nations.
16 Elle ne sera plus pour la maison d’Israël un sujet de confiance, car elle rappellera la faute qui consistait à se tourner vers elle. Et l’on saura que je suis le Seigneur Yahvé.
17 La vingt-septième année, au premier mois, le premier du mois, la parole de Yahvé me fut adressée en ces termes :
18 Fils d’homme, Nabuchodonosor, roi de Babylone, a engagé son armée dans une entreprise grandiose contre Tyr. Toutes les têtes sont pelées et toutes les épaules écorchées, mais, ni pour lui ni pour son armée, il n’a retiré aucun profit de l’entreprise qu’il avait engagée contre Tyr.
19 C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Yahvé : Voici que je livre à Nabuchodonosor, roi de Babylone, le pays d’Égypte. Il en emportera les richesses, il s’emparera de ses dépouilles, il la mettra au pillage, tel sera le salaire de son armée.
20 Comme salaire pour la peine qu’il a prise, je lui livre le pays d’Égypte (car ils ont travaillé pour moi), oracle du Seigneur Yahvé.
21 Ce jour-là, je susciterai une lignée à la maison d’Israël, et je te permettrai d’ouvrir la bouche au milieu d’eux. Alors ils sauront que je suis Yahvé.
Lire la suite:Ezéchiel, Chapitre 30
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 x) Décembre 588 — janvier 587.


2 y) Hophra (Apriès), 588-570, auprès de qui Juda intrigua pour obtenir des secours.


3 z) « qui l’ai fait » versions, cf. v. 9 ; « qui me suis fait » hébr. (peut-être traduction d’une formule égyptienne classique).


5 a) « enterré » tiqqaber Targ. ; « rassemblé » tiqqabeç hébr.


7 b) « la main » kaph grec, syr. ; « l’épaule » kateph hébr. — « tu faisais chanceler » syr. ; « tu affermissais » hébr. (interversion de deux lettres).


10 c) « une ruine » versions ; « des ruines, une ruine » hébr. — Migdol, forteresse du nord de l’Égypte. Syène, aujourd’hui Assouan, ville de l’extrême sud, près de la frontière éthiopienne. Kush est la Nubie.


13 d) Les exilés égyptiens reçoivent ainsi la même promesse de retour qui a été faite à Israël, cf. 11.16-17, etc. Mais ils ne sont pas ici associés au peuple élu dans le culte renouvelé de Yahvé, comme dans la seconde partie d’Isaïe, cf. Isa 45.14.


14 e) Patros, le « pays du sud », c’est-à-dire la Haute-Égypte.


17 f) Mars-avril 571. C’est le dernier en date des oracles d’Ézéchiel, qui complète ou retouche ses oracles antérieurs en compensation de son demi-échec contre Tyr, v. 18, cf. 26.7, Nabuchodonosor reçoit licence de dépouiller l’Égypte (il ne l’envahira qu’en 568, cf. Jr 43.12). Exécuteur des châtiments divins, il mérite son salaire.


21 g) Littéralement « je ferai germer une corne »; ce symbole de la force a parfois une portée messianique, cf. Ps 132.17.


21 h) Il est question plusieurs fois dans le livre d’Ézéchiel de périodes de mutisme et d’autorisations d’ouvrir la bouche pour parler au nom de Yahvé, cf. 3.26 ; 24.26-27 ; 33.21-22. Ici, on a l’impression que le prophète, réduit au silence par sa confusion, cf. 16.63, pourra enfin exprimer sa reconnaissance.


À la différence du livre de Jérémie, celui d’Ézéchiel se présente comme un tout bien ordonné. Après une introduction, 1.3, où le prophète reçoit de Dieu sa mission, le corps du livre se divise clairement en quatre parties : 1° les chap. 4-24 contiennent presque uniquement des reproches et des menaces contre les Israélites avant le siège de Jérusalem ; 2° les chap. 25-32 Sont des oracles contre les nations, où le prophète étend la malédiction divine aux complices et aux provocateurs de la nation infidèle ; 3° dans les chap. 33-39, pendant et après le siège, le prophète console son peuple en lui promettant un avenir meilleur ; 4° il prévoit enfin, chap. 40-48, le statut politique et religieux de la communauté future, rétablie en Palestine.

Cependant, cette logique de la composition dissimule de sérieuses failles. Il y a de nombreux doublets, ainsi 3.17-21 = 33.7-9 ; 8.25-29 = 33.17-20, etc. Les indications sur le mutisme dont Ézéchiel est frappé par Dieu, 3.26 ; 24.27 ; 33.22, sont séparées par de longs discours. La vision du char divin, 1.4 – 3.15, est interrompue par celle du livre, 2.1 – 3.9. De même, la description des péchés de Jérusalem, 11.1-21, fait suite au chap. 8 et coupe manifestement le récit du départ du char divin qui, de 10.22, se continue en 11.22. Les dates données dans les chap. 26-33 ne se suivent pas. Ces maladresses sont difficilement imputables à un auteur écrivant son ouvrage d’un seul jet. Il est beaucoup plus vraisemblable qu’elles sont le fait de disciples travaillant sur des écrits ou des souvenirs, les combinant et les complétant. Le livre d’Ézéchiel a donc eu, dans une certaine mesure, le sort des autres livres prophétiques. Mais l’égalité de la forme et de la doctrine nous assure que ces disciples nous ont gardé fidèlement la pensée et, généralement, la parole même de leur maître. Leur travail rédactionnel est surtout sensible dans la dernière partie du livre, 40-48, dont le noyau remonte cependant à Ézéchiel lui-même.

D’après l’état actuel, Ézéchiel a exercé toute son activité parmi les exilés de Babylonie entre 593 et 571, les dates extrêmes données par le texte, 1.2 et 29.17. On s’est étonné que, dans ces conditions, les oracles de la première partie paraissent adressés aux habitants de Jérusalem et que parfois Ézéchiel ait l’air d’être corporellement présent dans la ville, surtout 11.13. On a donc émis l’hypothèse d’un double ministère d’Ézéchiel : il serait resté en Palestine et y aurait prêché jusqu’après la ruine de Jérusalem en 587. C’est seulement alors qu’il aurait rejoint les captifs de Babylonie. La vision du rouleau en 2.1–3.9 marquerait la vocation du prophète en Palestine, celle du char divin, 1.4-28 et 3.10-15, marquerait l’arrivée chez les exilés. Le transfert de cette vision au début du livre en aurait changé toute la perspective. Cette hypothèse sert à répondre à certaines difficultés, mais elle en soulève d’autres. Elle entraîne de sérieux remaniements du texte, elle doit admettre que, même pendant son ministère « palestinien », Ézéchiel vivait ordinairement en dehors de la ville, puisqu’il y est « transporté », 8.3, et il est curieux que, si Ézéchiel et Jérémie ont prêché ensemble à Jérusalem, ni l’un ni l’autre ne fasse allusion au ministère de son confrère. D’autre part, les difficultés de la thèse traditionnelle ne doivent pas être exagérées : les reproches adressés aux gens de Jérusalem servaient de leçon aux exilés et, lorsque Ézéchiel paraît être dans la Ville Sainte, le texte dit explicitement qu’il y est transporté « en vision », 8.3, comme il en est ramené « en vision », 11.24. L’hypothèse d’un double ministère ne garde que peu de partisans.

Quelle que soit la solution adoptée, la même grande figure se dégage du livre. Ézéchiel est un prêtre, 1.3. Le Temple est sa préoccupation majeure, qu’il s’agisse du Temple présent qui est souillé par des rites impurs, 8, et que quitte la Gloire de Yahvé, 10, ou du Temple futur, dont il décrit minutieusement le plan, 40-42, et où il voit revenir Dieu, 43. Il a le culte de la Loi et, dans son histoire des infidélités d’Israël, 20, le reproche d’avoir « profané les sabbats » revient comme un refrain. Il a horreur des impuretés légales, 4.14, et un grand souci de séparer le sacré du profane, 45.1-6. En qualité de prêtre, il réglait des cas de droit ou de morale, et son enseignement prend de ce fait un tour casuistique, 18. Sa pensée et son vocabulaire s’apparentent à la Loi de Sainteté, Lv 17-26. Cependant on ne peut démontrer ni qu’il s’en soit inspiré ni que la Loi de Sainteté dépende de lui, et les contacts les plus frappants se trouvent dans des passages rédactionnels. Il reste que les deux ensembles ont été transmis dans des milieux de pensée très voisins. L’œuvre d’Ézéchiel s’intègre au courant « sacerdotal » comme celle de Jérémie appartenait au courant « deutéronomiste ».

Mais ce prêtre est aussi un prophète d’action. Plus qu’aucun autre, il a multiplié les gestes symboliques. Il mime le siège de Jérusalem, 4.1 – 5.4, le départ des émigrants, 12.1-7, le roi de Babylone à la croisée des chemins, 21.23s, l’union de Juda et d’Israël, Ez 37.15s. Jusque dans les épreuves personnelles que Dieu lui envoie, il est un « signe » pour Israël, 24.24, comme avaient été Osée, Isaïe et Jérémie. Mais la complexité de ses actions symboliques contraste avec la simplicité des gestes de ses prédécesseurs.

Ézéchiel est surtout un visionnaire. Son livre ne contient que quatre visions proprement dites, mais elles occupent une place considérable : 1-3 ; 8-11 ; 37 ; 40-48. Elles ouvrent un monde fantastique : les quatre animaux du char de Yahvé, la sarabande cultuelle du Temple avec son grouillement de bêtes et d’idoles, la plaine d’ossements qui s’animent, un Temple futur dessiné comme sur un plan d’architecte, d’où jaillit un fleuve de rêve dans une géographie utopique. Ce pouvoir d’imaginer s’étend aux tableaux allégoriques que trace le prophète : les deux sœurs Ohola et Oholiba, 23, le Naufrage de Tyr, 27, le Pharaon-Crocodile, 29 et 32, l’Arbre Géant, 31, la Descente aux Enfers, 32.

En contraste avec cette puissance visuelle, peut-être comme sa rançon et comme si l’intensité des images étouffait l’expression, le style d’Ézéchiel est monotone et gris, froid et dilué, d’une indigence rare quand on le compare à celui des grands classiques, à la pureté vigoureuse d’Isaïe, à la chaleur émouvante de Jérémie. L’art d’Ézéchiel vaut par ses dimensions et son relief, qui créent comme une atmosphère d’horreur sacrée devant le mystère du divin.

On voit que, si par bien des traits Ézéchiel se relie à ses prédécesseurs, il ouvre néanmoins une voie nouvelle. Et cela est vrai aussi de sa doctrine. Ézéchiel rompt avec le passé de sa nation. Le souvenir des promesses faites aux Pères et de l’Alliance conclue au Sinaï apparaît sporadiquement mais, si Dieu a sauvé jusqu’ici son peuple souillé dès sa naissance, 16.3s, ce n’est pas pour accomplir les promesses, c’est pour défendre l’honneur de son nom, 20 ; s’il doit remplacer l’Alliance ancienne par une Alliance éternelle, 16.60 ; 37.26s, ce n’est pas en récompense d’un « retour » du peuple vers lui, c’est par une bienveillance pure, nous dirions une grâce prévenante, et le repentir viendra après, 16.62-63. Le messianisme d’Ézéchiel, d’ailleurs peu exprimé, n’est plus royal et glorieux : il annonce bien un futur David mais celui-ci ne sera que le « berger » de son peuple, 34.23 ; 37.24, un « prince », 24.24, et non plus un roi, pour lequel il n’y a pas de place dans la vision théocratique de l’avenir, 45.7s. Il rompt avec la tradition de la solidarité dans le châtiment et affirme le principe de la rétribution individuelle, 18 ; cf. 33. Solution théologique provisoire qui, trop souvent contredite par les faits, conduira lentement à l’idée d’une rétribution outre-tombe. Prêtre si attaché à son Temple, il rompt, comme avait déjà fait Jérémie, avec l’idée que Dieu est lié à son sanctuaire. En lui se marient l’esprit prophétique et l’esprit sacerdotal qui étaient restés souvent opposés : les rites – qui subsistent – sont valorisés par les sentiments qui les inspirent. Toute la doctrine d’Ézéchiel est centrée sur le renouvellement intérieur : il faut se faire un cœur nouveau et un esprit nouveau, 18.31, ou plutôt Dieu lui-même donnera un « autre » cœur, un cœur « nouveau », et mettra dans l’homme un esprit « nouveau », 11.19 ; 36.26. Comme pour la bienveillance divine qui prévient le repentir, on est ici au seuil de la théologie de la grâce, que développeront saint Jean et saint Paul.

Cette spiritualisation de toutes les données religieuses est le grand apport d’Ézéchiel. Quand on l’appelle le père du Judaïsme, on se réfère souvent à son souci de séparation du profane, de pureté légale, à ses minuties rituelles, et l’on pense aux Pharisiens. Cela est tout à fait injuste : Ézéchiel, comme Jérémie mais d’une autre manière, est à l’origine du courant spirituel très pur qui a traversé le judaïsme et débouche dans le Nouveau Testament. Jésus est le Bon Pasteur qu’Ézéchiel avait annoncé et il a inauguré le culte en esprit que celui-ci avait appelé.

Par un autre de ses aspects, Ézéchiel est à l’origine du courant apocalyptique. Ses visions grandioses préludent à celles de Daniel et il n’est pas étonnant que dans l’Apocalypse de saint Jean on retrouve si souvent son influence.

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