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La Bible en cinq ans pour le 30 juin 2023

La Bible de Jérusalem (fr)

2 Chroniques, Chapitre 29

V. Les grandes réformes d’Ézéchias et de Josias> 1 2. LA RESTAURATION D’ÉZÉCHIAS, 1 Aperçu sur le règne., 3 Purification du Temple., 18 Le sacrifice d’expiation., 29 Reprise du culte.
1 Ézéchias devint roi à l’âge de vingt-cinq ans et il régna vingt-neuf ans à Jérusalem ; sa mère s’appelait Abiyya, fille de Zekaryahu.
2 Il fit ce qui est agréable à Yahvé, imitant tout ce qu’avait fait David son ancêtre.
3 C’est lui qui ouvrit les portes du Temple de Yahvé, le premier mois de la première année de son règne, et qui les restaura.
4 Puis il fit venir les prêtres et les lévites, les réunit sur la place orientale
5 et leur dit :« Écoutez-moi, lévites ! Sanctifiez-vous maintenant, consacrez le Temple de Yahvé, Dieu de nos pères, et éliminez du sanctuaire la souillure.
6 Nos pères ont prévariqué et fait ce qui déplaît à Yahvé notre Dieu. Ils l’ont abandonné ; ils ont détourné leurs faces de la Demeure de Yahvé, et lui ont tourné le dos.
7 Ils ont même fermé les portes du Vestibule, ils ont éteint les lampes et n’ont plus fait fumer d’encens, ils n’ont plus offert d’holocaustes au Dieu d’Israël dans le sanctuaire.
8 La colère de Yahvé s’est appesantie sur Juda et sur Jérusalem ; il en a fait un objet d’épouvante, de stupeur et de dérision, comme vous le voyez de vos propres yeux.
9 Aussi nos pères sont-ils tombés sous l’épée, nos fils, nos filles et nos femmes sont-ils partis prisonniers.
10 Je veux maintenant conclure une alliance avec Yahvé, Dieu d’Israël, pour qu’il détourne de nous l’ardeur de sa colère.
11 Ô mes fils, ne soyez plus négligents, car c’est vous que Yahvé a choisis pour vous tenir en sa présence, pour le servir, pour vaquer à son culte et à ses encensements. »
12 Les lévites se levèrent : Mahat fils de Amasaï ; Yoël fils de Azaryahu, des fils de Qehat ; des Merarites : Qish fils d’Abdi et Azaryahu fils de Yehalléléel ; des Gershonites : Yoah fils de Zimma et Éden fils de Yoah ;
13 des fils d’Éliçaphân : Shimri et Yeïel ; des fils d’Asaph : Zekaryahu et Mattanyahu ;
14 des fils de Hémân : Yehiel et Shiméï ; des fils de Yedutûn : Shemaya et Uzziel.
15 Ils réunirent leurs frères, se sanctifièrent et, conformément à l’ordre du roi, selon les paroles de Yahvé, vinrent purifier le Temple de Yahvé.
16 Les prêtres entrèrent dans le Temple de Yahvé pour le purifier. Ils emportèrent sur le parvis du Temple de Yahvé toutes les choses impures qu’ils trouvèrent dans le sanctuaire de Yahvé, et les lévites en firent des tas qu’ils allèrent déposer à l’extérieur, dans la vallée du Cédron.
17 Ayant commencé cette consécration le premier jour du premier mois, ils purent entrer dans le Vestibule de Yahvé le huit du mois ; ils mirent huit jours à consacrer le Temple de Yahvé et terminèrent le seizième jour du premier mois.
18 Ils se rendirent alors dans les appartements du roi Ézéchias et lui dirent : « Nous avons entièrement purifié le Temple de Yahvé, l’autel des holocaustes et tous ses accessoires, la table des rangées de pains et tous ses accessoires.
19 Tous les objets qu’avait rejetés le roi Achaz durant son règne impie, nous les avons réinstallés et consacrés ; les voici devant l’autel de Yahvé. »
20 Le roi Ézéchias se leva aussitôt, il réunit les officiers de la ville et monta au Temple de Yahvé.
21 On fit venir sept taureaux, sept béliers et sept agneaux, plus sept boucs en vue du sacrifice pour le péché, à l’intention de la monarchie, du sanctuaire et de Juda. Le roi dit alors aux prêtres, fils d’Aaron, d’offrir les holocaustes sur l’autel de Yahvé.
22 Ils immolèrent les taureaux ; les prêtres recueillirent le sang qu’ils versèrent sur l’autel. Puis ils immolèrent les béliers, dont ils versèrent le sang sur l’autel, et les agneaux, dont ils versèrent le sang sur l’autel.
23 Ils firent alors approcher les boucs, destinés au sacrifice pour le péché, devant le roi et l’assemblée qui leur imposèrent les mains.
24 Les prêtres les immolèrent et de leur sang versé sur l’autel firent un sacrifice pour le péché afin d’accomplir le rite d’expiation sur tout Israël ; c’était en effet pour tout Israël que le roi avait ordonné les holocaustes et le sacrifice pour le péché.
25 Il plaça ensuite les lévites dans le Temple de Yahvé avec des cymbales, des lyres et des cithares selon les prescriptions de David, de Gad le voyant du roi, et de Natân le prophète ; l’ordre venait en effet de Dieu par l’intermédiaire de ses prophètes.
26 Quand on eut placé les lévites avec les instruments de David et les prêtres avec les trompettes,
27 Ézéchias ordonna d’offrir les holocaustes sur l’autel ; l’holocauste commençait quand on entonna les chants de Yahvé et quand les trompettes sonnèrent, accompagnées des instruments de David, roi d’Israël.
28 Toute l’assemblée se prosterna, chacun chantant les hymnes ou faisant retentir les trompettes jusqu’à l’achèvement de l’holocauste.
29 Quand l’holocauste fut terminé, le roi et tous ceux qui l’accompagnaient à ce moment fléchirent le genou et se prosternèrent.
30 Puis le roi Ézéchias et les officiers dirent aux lévites de louer Yahvé avec les paroles de David et d’Asaph le voyant ; ils le firent jusqu’à exaltation, puis tombèrent et se prosternèrent.
31 Ézéchias prit alors la parole et dit : « Vous voici maintenant consacrés à Yahvé. Approchez-vous, apportez dans le Temple de Yahvé les victimes et les sacrifices de louange. » L’assemblée apporta les victimes et les sacrifices de louange et toutes sortes d’holocaustes en dons votifs.
32 Le nombre des victimes de ces holocaustes fut de soixante-dix bœufs, cent béliers, deux cents agneaux, tous en holocaustes pour Yahvé ;
33 six bœufs et trois mille moutons furent consacrés.
34 Les prêtres furent toutefois trop peu nombreux pour pouvoir dépecer tous ces holocaustes, et leurs frères les lévites leur prêtèrent main-forte jusqu’à ce que cette opération fût terminée et les prêtres sanctifiés ; les lévites avaient été en effet mieux disposés que les prêtres à se sanctifier.
35 Il y eut de plus un abondant holocauste des graisses des sacrifices de communion, et des libations conjointes à l’holocauste. Ainsi fut rétabli le culte dans le Temple de Yahvé.
36 Ézéchias et tout le peuple se réjouirent de ce que Dieu eût disposé le peuple à agir sur-le-champ.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

3 o) Le Chroniste développe en trois chap., 29-31, la réforme religieuse d’Ézéchias qui n’est rapportée dans 2 R que par un seul v. (2 R 18.4), repris à 31.1. Cette réforme centralisatrice était d’une grande importance à ses yeux, et il l’a décrite en s’inspirant de la réforme de Josias.


6 p) Ce qui suit est une confession publique, comme Dn 9.4-19 ; Ba 1.15—3.8. Voir aussi Lm 5 et Jr 3.22-25.


12 q) Cette liste de lévites groupe les lévites descendants de Qehat, Merari et Gershôn, et les chantres descendants d’Asaph, Hémân et Yedutûn. Cette union des chantres et des lévites reflète une situation postexilique, cf. déjà 1 Ch 6.18-32.


16 r) Sur le rôle des prêtres en matière de purification, cf. Lv 13-16.


24 s) Ce rituel s’inspire de Lv 4, cf. 13-21. La purification du Temple à l’époque maccabéenne semble s’être à son tour inspirée de ce modèle, 1 M 4.42-59.


29 t) Après la purification du Temple et la cérémonie d’expiation, le culte normal peut reprendre, et il est inauguré par une liturgie solennelle.


34 u) Ce v., favorable aux lévites, reflète une certaine animosité contre les prêtres. En participant ainsi aux sacrifices, les lévites frôlent le domaine réservé aux prêtres et il dut y avoir des conflits.


L’Ancien Testament comprend un second groupe de livres historiques, qui doublent en grande partie et ensuite prolongent l’histoire deutéronomiste qui s’étend de Josué à la fin des Rois. Ce sont les deux livres des Chroniques, puis celui d’Esdras et, selon l’opinion commune, celui de Néhémie. Les deux livres des Chroniques n’en formaient primitivement qu’un seul et les livres d’Esdras et de Néhémie faisaient partie du même ensemble, œuvre d’un seul auteur. Non seulement on y retrouve le même style et les mêmes idées fondamentales, mais la répétition, au début de Esd 1, des versets qui terminent 2 Ch 36 certifie l’unité de composition.

Les livres des Chroniques (d’après le titre hébreu ; la Bible grecque et la Vulgate les appellent « Paralipomènes », c’est-à-dire les livres qui donnent les « choses omises », qui apportent un complément) sont donc une œuvre du judaïsme postexilique, d’une époque où le peuple, privé de son indépendance politique, jouissait cependant d’une sorte d’autonomie reconnue par les maîtres de l’Orient : il vivait sous la direction de ses prêtres, selon les règles de sa loi religieuse. Le Temple et ses cérémonies étaient le centre de la vie nationale. Mais ce cadre légaliste et rituel est vivifié par un courant de piété personnelle, par les doctrines de sagesse, par le souvenir des gloires ou des défaillances du passé et la confiance dans les promesses des prophètes.

L’auteur des Chroniques, un lévite de Jérusalem, appartient profondément à ce milieu.

Il écrit après Esdras et Néhémie, notablement plus tard puisqu’il peut combiner à sa guise les sources qui les concernent. Le début de l’époque grecque, avant 300 av. J.-C., paraît être la date la plus vraisemblable. L’ouvrage reçut ensuite des additions, venant d’une ou de plusieurs mains, en particulier les tables généalogiques de 1 Ch 2-9 furent augmentées et des listes nominatives furent ajoutées, probablement celles des partisans de David, 12, celles des prêtres et des lévites, 15, et la longue addition de 1 Ch 23.3 – 27.34, qui recense le personnel cultuel et administratif de David.

Ces compléments, qui peuvent avoir utilisé de bons documents, restent dans la ligne de pensée du Chroniste.

Il manifeste un grand intérêt pour le Temple. Le clergé joue dans son œuvre un rôle prééminent, non seulement les prêtres et les lévites, selon l’esprit du Deutéronome et des textes sacerdotaux du Pentateuque, mais les classes inférieures du clergé, les portiers et les chantres, désormais assimilés aux lévites. La sanctification du clergé s’étend aux laïcs par leur participation aux sacrifices de communion, qui retrouvent chez le Chroniste leur importance ancienne. Cette communauté sainte n’est pas restreinte aux seuls Judéens : par-delà l’apostasie du royaume d’Israël, dont il parle le moins possible, il retrouve les Douze Tribus unies sous le sceptre de David et, au-delà des circonstances présentes, il attend la réunion de tous les fils d’Israël. Les païens eux-mêmes ne sont pas exclus de la prière du Temple. « Israël » est pour lui tout le peuple fidèle, avec qui Dieu avait fait alliance autrefois, avec qui il a renouvelé cette alliance en la personne de David. C’est sous David que se sont le mieux réalisées les conditions du règne de Dieu sur la terre, de la théocratie ; c’est dans l’esprit de David que la communauté doit vivre, avec un constant souci de réforme qui est un retour aux traditions, pour que Dieu lui garde sa faveur et accomplisse les promesses.

Le centre permanent d’intérêt de cette longue histoire est le Temple de Jérusalem et son culte, depuis les préparations sous David jusqu’à la restauration accomplie par la communauté revenue de l’Exil.

Ces grandes pensées du Chroniste expliquent la composition de son ouvrage. Les premiers chapitres, 1 Ch 1-9, donnent des listes généalogiques qui s’attardent davantage sur la tribu de Juda et la descendance de David, sur les lévites, sur les habitants de Jérusalem. Cela sert d’introduction à l’histoire de David qui occupe toute la fin du premier livre, 10-29. Les démêlés avec Saül sont omis, comme la faute avec Bethsabée, les drames de famille et les révoltes, mais la prophétie de Natân est mise en relief, 1 Ch 17, et une place considérable est faite aux institutions religieuses : transport de l’arche et organisation du culte à Jérusalem, 13, 15-16, préparatifs pour la construction du Temple, 21-29. David a dressé le plan, assemblé les matériaux, réglé les fonctions du clergé jusque dans les détails, et il a laissé la réalisation à son fils Salomon. Dans l’histoire de celui-ci, 2 Ch 1-9, la construction du Temple, la prière du roi lors de la dédicace et les promesses que Dieu fait en réponse occupent la plus grande place. À partir du schisme, le Chroniste ne se préoccupe que du royaume de Juda et de la dynastie davidique. Les rois sont jugés d’après leur fidélité ou leur infidélité aux principes de l’alliance, selon qu’ils se rapprochent ou s’écartent du modèle donné par David, 2 Ch 10-36. Les désordres sont suivis de réformes, dont les plus profondes sont celles d’Ézéchias et de Josias ; ce dernier roi a des successeurs impies qui précipitent le désastre, mais les Chroniques s’achèvent par la permission donnée par Cyrus de reconstruire le Temple. On a dit qu’elles se continuaient par les livres d’Esdras et de Néhémie.

Pour écrire cette histoire, l’auteur s’est servi d’abord des livres canoniques, ceux de la Genèse et des Nombres pour les listes du début, surtout ceux de Samuel et des Rois. Il les utilise librement, il choisit ce qui va à son propos, il ajoute et retranche. Cependant il ne cite jamais ces sources essentielles que nous pouvons vérifier. En revanche, il se réfère à un certain nombre d’autres ouvrages, des « livres » des rois d’Israël ou des rois d’Israël et de Juda, un « midrash » du livre des Rois, des « paroles » ou des « visions » de tel ou tel prophète. Ces écrits nous sont inconnus et on discute sur leur contenu et leurs relations mutuelles. Ils décrivaient probablement les différents règnes à la lumière des interventions prophétiques. Il est douteux que le Chroniste ait utilisé aussi des traditions orales.

Puisque le Chroniste a eu des sources que nous ignorons et qui pouvaient être dignes de foi, il n’y a pas lieu de suspecter en principe tout ce qu’il ajoute aux livres canoniques que nous connaissons. Chaque cas doit être examiné pour lui-même et des recherches récentes ont, sur plusieurs points, vengé le Chroniste du discrédit où le tenaient beaucoup d’exégètes. Mais il arrive aussi qu’il donne des informations incompatibles avec le tableau que tracent Samuel ou les Rois, ou bien qu’il modifie sciemment ce que disent ces derniers livres. Ce procédé – qui serait inexcusable chez un historien moderne dont la mission est de raconter, en l’expliquant, l’enchaînement des faits – se justifie par l’intention de l’auteur : il n’est pas un historien, il est un théologien qui, à la lumière des expériences anciennes et d’abord de l’expérience davidique, « pense » les conditions du royaume idéal ; il fait confluer dans une synthèse le passé, le présent et l’avenir : il projette à l’époque de David toute l’organisation cultuelle qu’il a sous les yeux, il omet tout ce qui pourrait amoindrir son héros. En dehors des informations nouvelles qu’il contient et dont on peut éprouver la valeur, son ouvrage vaut moins pour une reconstitution du passé que comme un tableau de l’état et des préoccupations de son époque.

Car il écrit pour ses contemporains. Il leur rappelle que la vie de la nation dépend de sa fidélité à Dieu et que cette fidélité s’exprime par l’obéissance à la Loi et la régularité d’un culte animé par la vraie piété. Il veut faire de son peuple une communauté sainte, pour laquelle se réaliseront les promesses faites à David. Les hommes religieux du judaïsme contemporain du Christ vivront de son esprit, avec parfois des déviations qu’il n’avait pas prévues. Son enseignement sur la primauté du spirituel et sur la conduite par Dieu de tous les événements du monde a une valeur permanente.

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