Le conseil pressant de Jésus, « Ne jugez pas, afin de ne pas être jugés », peut sans doute être paraphrasé ainsi: « Soyez indulgents envers les autres, afin que l'on fasse preuve d'indulgence envers vous ». Pourtant la simplicité apparente de cette pensée se complique du fait que, dans la seconde partie de la parole, il n'est pas question d'un jugement humain, mais du jugement de Dieu. Il est en même temps évident que, dans la vie, ceux qui font preuve d'indulgence la reçoivent rarement en retour; et même s'ils la reçoivent, il ne vaut guère la peine de chercher ici une dépendance directe entre la bonté d'un homme et la bonté que lui manifestent, pour ainsi dire, des tiers.
Autre chose est que Jésus n'appelle pas du tout ses disciples à rechercher pour eux-mêmes une quelconque indulgence. Il est seulement demandé aux chrétiens et aux chrétiennes de se souvenir de l'extrême complexité de la vie du monde: des relations, des actes, des disputes, des conflits et de tout ce dont l'existence humaine est remplie; et de ne jamais prononcer de jugements définitifs, encore moins de verdicts, sur ce qui ne nous plaît pas ou sur ce qui parfois souffle réellement la méchanceté et sème la destruction. Cela ne vaut pas la peine de le faire ne serait-ce que parce que tout homme n'est qu'un « roseau agité par le vent », capable d'une grande noblesse, de grandes sottises, et même de folies désespérées...
C'est précisément pour cette raison que, plus loin dans le passage d'aujourd'hui, viennent les paroles sur la paille et la poutre. Jésus conseille non pas simplement d'être plus modestes ou plus humbles, et certainement pas d'essayer de se convaincre que « je suis pire que toute créature ». Dans ses paroles résonne un simple souhait amical adressé à chacun qui écoute ou lit: s'évaluer soi-même de manière adéquate, et non s'abandonner à l'autodénigrement. Bien plus, on y entend un signal pour agir: il ne faut pas s'occuper de médire des autres, pas plus qu'il n'est nécessaire de s'enfoncer dans l'introspection, car on n'obtiendra rien ainsi. Nettoie simplement l'œil dans lequel quelque chose d'extérieur est entré, regarde Dieu, son attitude magnanime et compréhensive envers les hommes, imite-le; alors il ne sera plus nécessaire d'enseigner, de dénoncer ni de maugréer contre personne. Il ne restera que l'amour, qui convainc sans paroles et édifie tous...
