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Lecture en trois ans pour le 17 mai 2023

La Bible de Jérusalem (fr)

Jéremie, Chapitre 27

III. Les prophéties de bonheur> 1 2. LE LIVRET POUR LES EXILÉS, 1 L’action symbolique du joug et le message aux rois de l’Ouest.
1 (Au début du règne de Sédécias, fils de Josias, roi de Juda, cette parole fut adressée à Jérémie de la part de Yahvé.)
2 Yahvé me parla ainsi : Fais-toi des cordes et un joug et mets-les sur ta nuque.
3 Puis envoie-les au roi d’Édom, au roi de Moab, au roi des Ammonites, au roi de Tyr et au roi de Sidon, par l’entremise de leurs envoyés qui sont venus à Jérusalem auprès de Sédécias, roi de Juda.
4 Charge-les pour leurs maîtres de cette commission : « Ainsi parle Yahvé Sabaot, le Dieu d’Israël. Parlez donc ainsi à vos maîtres :
5 C’est moi qui ai fait, par ma grande puissance et mon bras étendu, la terre, l’homme et les bêtes qui sont sur la terre ; et je les donne à qui bon me semble.
6 Or présentement, j’ai remis tous ces pays aux mains de Nabuchodonosor, roi de Babylone, mon serviteur ; j’ai mis à son service même les bêtes des champs.
7 (Toutes les nations le serviront ainsi que son fils et son petit-fils jusqu’à ce que vienne aussi le temps marqué pour son pays ; alors de puissantes nations et de grands rois l’asserviront.
8 La nation ou le royaume qui ne servira pas Nabuchodonosor, roi de Babylone, et n’offrira pas sa nuque au joug du roi de Babylone, c’est par l’épée, la famine et la peste que je visiterai cette nation — oracle de Yahvé — jusqu’à ce que je l’aie achevée par sa main.
9 Et vous, n’écoutez pas vos prophètes, devins, songe-creux, enchanteurs et magiciens qui vous disent : « Vous ne serez pas asservis au roi de Babylone ! »
10 C’est le mensonge qu’ils vous prophétisent ; le résultat, c’est qu’ils vous feront bannir de votre sol, que je vous chasserai et que vous périrez.
11 Mais la nation qui offrira sa nuque au joug du roi de Babylone et se mettra à son service, je lui accorderai du repos sur son sol — oracle de Yahvé — elle le cultivera et y restera. »
12 Et à Sédécias, roi de Juda, je parlai exactement de la même manière ; je lui dis : « Offrez vos nuques au joug du roi de Babylone ; servez-le ainsi que son peuple, et vous vivrez.
13 (Pourquoi tenez-vous à mourir, toi et ton peuple, par l’épée, la famine et la peste, comme Yahvé en a menacé la nation qui ne servira pas le roi de Babylone ?)
14 Et n’écoutez pas les paroles que vous disent les prophètes : « Vous ne serez pas asservis au roi de Babylone. » C’est le mensonge qu’ils vous prophétisent.
15 Car je ne les ai point envoyés — oracle de Yahvé — c’est le mensonge qu’ils vous prophétisent en mon nom. Le résultat c’est que je vous chasserai et que vous périrez, vous et les prophètes qui vous prophétisent. »
16 Et aux prêtres et à tout ce peuple, je parlai en ces termes : « Ainsi parle Yahvé. N’écoutez pas les paroles de vos prophètes qui vous prophétisent ainsi : « Voici, les ustensiles du Temple de Yahvé vont être ramenés bientôt et rapidement de Babylone »; c’est le mensonge qu’ils vous prophétisent.
17 (Ne les écoutez pas. Servez le roi de Babylone et vous vivrez. Pourquoi cette ville deviendrait-elle une ruine ?)
18 S’ils sont prophètes, s’ils ont avec eux la parole de Yahvé, qu’ils intercèdent auprès de Yahvé Sabaot pour que ne s’en aille pas à Babylone ce qui reste d’ustensiles dans le Temple de Yahvé, dans le palais royal de Juda et à Jérusalem !
19 Car ainsi parle Yahvé au sujet (des colonnes, de la Mer, des bases et) des autres ustensiles restés dans cette ville,
20 ceux que n’a pas enlevés Nabuchodonosor, roi de Babylone, quand il emmena en captivité de Jérusalem à Babylone Jékonias, fils de Joiaqim, roi de Juda (avec tous les notables de Juda et de Jérusalem).
21 Oui, ainsi parle Yahvé Sabaot, le Dieu d’Israël, au sujet des ustensiles qui restent dans le Temple de Yahvé, dans le palais royal de Juda et à Jérusalem :
22 ils seront emportés à Babylone (où ils resteront jusqu’au jour où je les visiterai), oracle de Yahvé. (Alors je les ferai remonter et revenir en ce lieu !) »
Lire la suite:Jéremie, Chapitre 28
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 a) Des particularités linguistiques font des chap. 27-29 un ensemble bien caractérisé. Ces chap. ont peut-être fourni un recueil destiné aux exilés. — Le chap. 27, notablement plus court dans la version grecque, a subi l’addition de nombreuses gloses.


1 b) « Sédécias » conj. d’après les vv. 3, 12 et 28.1 ; « Joiaquim » hébr.


3 c) L’avènement de Psammétique II en Égypte amena une coalition contre Babylone (593-592) de tous ces petits États, auxquels se joignit Juda.


8 d) Formule inhabituelle ; il faut peut-être corriger, avec syr. et Targ., pour lire « jusqu’à ce que je l’aie livrée en sa main ».


9 e) « songe-creux », litt. « songeurs », grec, Vulg. ; « songes » hébr.


Un peu plus d’un siècle après Isaïe, vers 650 av. J.-C., Jérémie naissait d’une famille sacerdotale installée aux environs de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui parsèment son livre et dont voici la suite chronologique : 19.1 – 20.6 ; 26 ; 36 ; 45 ; 28-29 ; 51.59-64 ; 34.8-22 ; 37-44. Les « Confessions de Jérémie », 11.18 – 12.6 ; 15.10-21 ; 17.14-18 ; 18.18-23 ; 20.7-18, proviennent du prophète lui-même. Elles ne constituent pas une autobiographie, mais elles sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées et qui sont décrites dans le style des Psaumes de lamentation. Appelé tout jeune par Dieu, en 626, la treizième année de Josias, 1.2, il a vécu la période tragique où se prépara et s’accomplit la ruine du royaume de Juda. La réforme religieuse et la restauration nationale de Josias éveillèrent des espoirs qui furent anéantis par la mort du roi à Megiddo en 609 et par le bouleversement du monde oriental, la chute de Ninive en 612 et l’expansion de l’empire chaldéen. Dès 605, Nabuchodonosor a imposé sa domination à la Palestine, puis Juda s’est révolté à l’instigation de l’Égypte qui intriguera jusqu’à la fin et, en 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. Une nouvelle révolte ramène les armées chaldéennes et, en 587, Jérusalem est prise, le Temple est incendié, une seconde déportation a lieu. Jérémie a traversé cette dramatique histoire, prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succèdent sur le trône de David, accusé de défaitisme par les militaires, persécuté, incarcéré. Après la prise de Jérusalem, et bien qu’il vît dans les exilés l’espoir de l’avenir, Jérémie choisit de rester en Palestine auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Chaldéens. Mais celui-ci fut assassiné et un groupe de Juifs, craignant les représailles, s’enfuit en Égypte, entraînant Jérémie. C’est probablement là qu’il mourut.

Le drame de cette vie n’est pas seulement dans les événements auxquels Jérémie fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer, et il a été envoyé « pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir », 1.10, il a eu à prédire surtout le malheur, 20.8. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, tout le peuple, « homme de querelle et de discorde pour tout le pays », 15.10. Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire, 20.9. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? » 15.18, et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né... », 20.14 et la suite.

Mais cette souffrance a épuré son âme et l’a ouverte au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c’est la religion intérieure et cordiale qu’il a pratiquée, avant de la formuler dans l’annonce de la Nouvelle Alliance, 31.31-34. Cette religion personnelle l’a conduit à un approfondissement de l’enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, 11.20, il rend à chacun selon ses actes, 31.29-30 ; l’amitié avec Dieu, 2.2, est rompue par le péché, qui sort du cœur mauvais, 4.4 ; 17.9 ; 18.12. Ce côté affectif l’apparente à Osée dont il a subi l’influence ; cette intériorisation de la Loi, ce rôle du cœur dans les rapports avec Dieu, ce souci de la personne individuelle le rapprochent du Deutéronome. Jérémie a certainement vu avec faveur la réforme de Josias qui s’inspirait de ce livre, mais il a été cruellement déçu par son inefficacité pour changer la vie morale et religieuse du peuple.

La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par sa doctrine d’une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa ligne la plus pure, et l’on relève son influence dans Ézéchiel, la seconde partie d’Isaïe et plusieurs Psaumes. L’époque maccabéenne le compte parmi les protecteurs du peuple, 2 M 2.1-8 ; 15.12-16. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d’abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir des traits à l’image du Serviteur dans Isa 53, fait de Jérémie une figure du Christ.

Cette influence durable suppose que les enseignements de Jérémie ont été souvent lus, médités et commentés. Cette action de toute une lignée spirituelle se reflète dans la composition de son livre. Il ne se présente pas, loin de là, comme une œuvre d’un seul jet. En dehors des oracles poétiques et des récits biographiques, il contient des discours en prose dans un style proche de celui du Deutéronome. Leur authenticité a été contestée et on les a attribués à des rédacteurs « deutéronomistes » d’après l’Exil. En fait, leur style est celui de la prose judéenne du VIIe et du début du VIe siècle av. J.-C., leur théologie est celle du courant religieux auquel appartiennent aussi bien Jérémie que le Deutéronome. Ils sont l’écho authentique de la prédication de Jérémie, recueillie par ses auditeurs. Toute cette tradition jérémienne ne s’est pas transmise sous une forme unique. La version grecque offre une recension qui est notablement plus courte (un huitième) que le texte massorétique et souvent différente dans le détail ; les découvertes de Qumrân prouvent que les deux recensions existaient en hébreu. De plus, le grec met les oracles contre les nations après 25.13 et dans un autre ordre que l’hébreu, qui les rejette à la fin du livre, 46-51. Ces prophéties ont peut-être formé d’abord une collection particulière et elles ne proviennent pas toutes de Jérémie : au moins, les oracles contre Moab et Édom ont été fortement retravaillés et le long oracle contre Babylone, 50-51, date de la fin de l’Exil. Le chap. 52 Se donne lui-même comme un appendice historique, qui est parallèle à 2 R 24.18 – 25.30. D’autres compléments de moindre étendue ont été insérés dans le cours du livre et témoignent de l’usage qu’en faisaient et de l’estime qu’en avaient les captifs de Babylone et la communauté renaissante après l’Exil. Il y a aussi une abondance de doublets, qui supposent un travail rédactionnel. Enfin, les indications chronologiques, qui sont nombreuses, ne se suivent pas. Le désordre actuel du livre est le résultat d’un long travail de composition, dont il est bien difficile de retracer toutes les étapes.

Le chap. 36 nous donne cependant les indications précieuses : en 605, Jérémie dicta à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère, 36.2, c’est-à-dire depuis 626. Ce rouleau, brûlé par Joiaqim, fut récrit et complété, 36.32. Sur le contenu de ce recueil, on ne peut faire que des hypothèses. Il semble avoir été introduit par 25.1-12 et groupait les pièces antérieures à 605 qu’on trouve dans les chap. 1-18, mais il contenait aussi, d’après 36.2, des oracles anciens contre les nations, auxquels se réfère 25.13-38. Les compléments qui y furent ajoutés ensuite sont, dans les mêmes sections, des pièces postérieures à 605 et d’autres oracles contre les nations. On y inséra les feuillets des « Confessions », dont le détail a été donné plus haut. On y joignit deux petits livrets, sur les rois, 21.11 – 23.8, et sur les prophètes, 23.9-40, qui ont pu avoir existé d’abord à part.

On isole déjà ainsi deux parties dans le livre : l’une contient des menaces contre Juda et Jérusalem, 1.1 – 25.13, l’autre des prophéties contre les nations, 25.13-38 et 46-51. Une troisième partie est constituée par 26-35, où l’on a rassemblé dans un ordre arbitraire des morceaux qui ont un ton plus optimiste. Ces pièces sont presque toutes en prose et proviennent en grande partie d’une biographie de Jérémie, qu’on attribue à Baruch. Il faut mettre à part les chap. 30-31 qui sont un livret poétique de consolation. La quatrième partie, 36-44, en prose, continue la biographie de Jérémie et donne le récit de ses souffrances pendant et après le siège de Jérusalem. Elle se termine par 45.1-5, qui est comme la signature de Baruch.

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