Ninive avait l'habitude d'espérer en sa force; on peut dire que le culte de la puissance militaire était devenu en Assyrie une véritable religion. Avec la force, on peut en effet obtenir beaucoup de choses; seulement, il est impossible de s'appuyer constamment sur elle. La seule force inépuisable est...
Ninive avait l'habitude d'espérer en sa force; on peut dire que le culte de la puissance militaire était devenu en Assyrie une véritable religion. Avec la force, on peut en effet obtenir beaucoup de choses; seulement, il est impossible de s'appuyer constamment sur elle. La seule force inépuisable est la force du Seigneur, et maintenant elle se tourne contre l'Assyrie elle-même. Ce sur quoi tant d'espérances étaient placées a logiquement fait défaut, comme tout ce dans quoi les hommes cherchent un appui en dehors du Créateur.
Le sort de Ninive fait se rappeler le principe biblique: ce que l'on sème, on le récolte. L'Assyrie a apporté beaucoup de mal aux peuples qui l'entouraient, elle a conquis et ravagé beaucoup de terres, et voici venue l'heure où les envahisseurs s'abattent déjà sur elle-même. Nous voyons des images vives de la défaite d'une ville encore récemment forte et riche, condamnée à une disparition inévitable. Mais ce que l'Assyrie éprouve maintenant, beaucoup de peuples avaient déjà dû le subir de ses propres armées: tout cela est revenu là d'où c'était sorti. Il faut payer pour tout, et le tour de l'Assyrie est venu de payer.
Il est peu vraisemblable qu'en ces jours les Assyriens aient pu reconnaître comme juste ce qui leur arrivait. Mais Celui qui a le pouvoir de tourner en bien toute situation difficile n'a pas permis la destruction complète du peuple assyrien: lui aussi lui est cher, comme les autres enfants, même désobéissants.
4 j) « cavaliers » grec, syr. ; « cyprès (lances ?) » hébr.
6 k) « Il fait appel » le sujet est le roi d’Assur (3.18) ; les versions ont un pluriel.
6 l) Cet abri est une sorte de bouclier collectif, comme on en voit sur des bas-reliefs assyriens.
8 m) « La Beauté » wehaççebî corr. ; « et il est placé » wehuççab hébr. Le grec a lu un substantif.
9 n) « dont les eaux » mêmêha d’après grec ; « depuis les jours de celle-ci ; et eux » mimê hî’ hébr.
11 o) Assonance buqah, umebuqqah, umebullaqah.
11 p) On traduit aussi « deviennent cramoisis » (cf. Isa 13.8).
14 q) « ta multitude » robek 4 Qp Nahum (commentaire de Nahum découvert à Qumrân), grec, syr. ; « sa charrerie » rikbah hébr.
Le livre de Nahum s’ouvre par un psaume sur la Colère de Yahvé contre les méchants et par des sentences prophétiques qui opposent le châtiment d’Assur et le salut de Juda, 1.2 – 2.3, mais le sujet principal, indiqué par le titre, est la ruine de Ninive, annoncée et décrite avec une puissance d’évocation qui fait de Nahum l’un des grands poètes d’Israël, 2.4 – 3.19. Il n’y a pas de raison de lui retirer le psaume et les oracles du début, qui forment une bonne introduction à ce terrible tableau.
On a soutenu, mais sans preuves suffisantes, que cette introduction (ou tout le livre) avait une origine cultuelle ou, au moins, avait été utilisée dans la liturgie du Temple.
La prophétie est un peu antérieure à la prise de Ninive en 612. On y sent frémir toute la passion d’Israël contre l’ennemi héréditaire, le peuple d’Assur, on y entend chanter les espérances qu’éveille sa chute. Mais, à travers ce nationalisme violent qui ne soupçonne pas encore l’Évangile ni même l’universalisme de la seconde partie d’Isaïe, s’exprime un idéal de justice et de foi : la ruine de Ninive est un jugement de Dieu, qui punit l’ennemi du plan divin, Na 1.11 ; 2.1, l’oppresseur d’Israël, Na 1.12-13, et de tous les peuples, Na 3.1-7.
Le livret de Nahum a dû alimenter les espoirs humains d’Israël aux environs de 612, mais la joie fut de courte durée et la ruine de Jérusalem suivit de peu celle de Ninive. Le sens du message s’élargit et s’approfondit alors et Isa 52.7 reprend l’image de Na 2.1 pour décrire l’avènement du salut. On a retrouvé à Qumrân les fragments d’un commentaire de Nahum, qui appliquait arbitrairement les dits du prophète aux ennemis de la communauté.