L’auteur de l’Épître aux Hébreux revient souvent au thème des anges et de la hiérarchie angélique, en les comparant au Christ. Une telle comparaison est propre précisément à l’auteur de cette Épître: personne d’autre que lui n’accorde autant d’attention au thème des anges...
L’auteur de l’Épître aux Hébreux revient souvent au thème des anges et de la hiérarchie angélique, en les comparant au Christ. Une telle comparaison est propre précisément à l’auteur de cette Épître: personne d’autre que lui n’accorde autant d’attention au thème des anges. Pourquoi ce thème est-il soudain devenu si actuel? Peut-être parce que l’épître a été écrite après la catastrophe de l’an 70, lorsque Jérusalem et le Temple furent détruits à la suite d’une nouvelle révolte antiromaine.
Auparavant, avant l’an 70, du vivant de l’apôtre Paul, la forme la plus répandue de messianisme parmi les Juifs était le messianisme politique. On attendait le Messie comme Roi et libérateur, écrasant le pouvoir des Romains et rétablissant un État juif indépendant et fort. Désormais, après cette catastrophe monstrueuse, le messianisme mystique passa au premier plan. Dans le Messie, beaucoup, et sans doute même certains chrétiens, commencèrent à voir non pas l’Homme qui avait contenu en lui la plénitude de Dieu, mais quelqu’un comme un ange, un médiateur entre Dieu et les hommes. Dans ce cas, on regardait aussi le Royaume comme quelque chose de mystique, sans aucun rapport avec notre monde. C’est précisément ainsi que certains comprenaient les paroles du Sauveur sur le Royaume qui «n’est pas de ce monde».
Beaucoup étaient en outre troublés par le fait que Jérusalem et le Temple avaient été détruits, que tout ce dont le Sauveur avait parlé comme signes de la fin des temps était arrivé, et que lui-même ne revenait toujours pas. Peut-être, pensaient ces gens, n’a-t-il pas l’intention de revenir comme l’attendent ses disciples? Peut-être est-il déjà venu, venu dans un autre monde, dans son Royaume qui n’est pas de ce monde, et ici, dans le monde déchu, est-il inutile de l’attendre? Alors il enverra peut-être des anges pour avertir ceux qu’il voudra sauver et prendre avec lui.
Or, en réalité, il apparaissait que la personne du Christ comme Sauveur et médiateur entre Dieu et les fidèles passait au second plan, tandis qu’au premier plan venaient certains «anges», «puissances», «principautés» et autres entités réelles ou, plus souvent, imaginaires, qui le remplaçaient et l’éclipsaient. Et l’auteur de l’Épître, l’un des disciples de l’apôtre Paul, rappelle à ses lecteurs qu’ayant le Messie pour Maître et Sauveur, les fidèles n’ont plus besoin de personne ni de rien. Sinon, à la place du Christ et du Royaume viennent des médiateurs sans fin, des hiérarchies, d’abord «célestes», puis terrestres. Et le christianisme comme vie avec le Christ dans son Royaume disparaît. À sa place vient une certaine religion qui promet tout, mais ne donne rien. Du moins rien de ce que le Christ peut donner.
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1:3 Who sat down - The third of these glorious predicates, with which three other particulars are interwoven, which are mentioned likewise, and in the same order, Col 1:15, Col 1:17, Col 1:20. Who, being - The glory which he received in his exaltation at the right hand of the Father no angel was capable of; but the Son alone, who likewise enjoyed it long before. The brightness of his glory - Glory is the nature of God revealed in its brightness.The express image - Or stamp. Whatever the Father is, is exhibited in the Son, as a seal in the stamp on wax.Of his person - Or substance. The word denotes the unchangeable perpetuity of divine life and power. And sustaining all things - Visible and invisible, in being. By the word of his power - Thatis, by his powerful word. When he had by himself - Without any Mosaic rites or ceremonies. Purged our sins - In order to which it was necessary he should for a time divest himself of his glory.In this chapter St. Paul describes his glory chiefly as he is the Son of God; afterwards, Heb 2:6, etc , the glory of the man Christ Jesus. He speaks, indeed, briefly of the former before his humiliation, but copiously after his exaltation; as from hence the glory he had from eternity began to be evidently seen. Both his purging our sins, and sitting on the right hand of God, are largely treated of in the seven following chapters.Sat down - The priests stood while they ministered: sitting, therefore, denotes the consummation of his sacrifice. This word, sat down, contains the scope, the theme, and the sum, of the epistle.
1:4 This verse has two clauses, the latter of which is treated of, Heb 1:5; the former, Heb 1:13.Such transpositions are also found in the other epistles of St.Paul, but in none so frequently as in this. The Jewish doctors were peculiarly fond of this figure, and used it much in all their writings. The apostle therefore, becoming all things to all men, here follows the same method. All the inspired writers were readier in all the figures of speech than the most experienced orators.Being - By his exaltation, after he had been lower than them, Heb 2:9.So much higher than the angels - It was extremely proper to observe this, because the Jews gloried in their law, as it was delivered by the ministration of angels. How much more may we glory in the gospel, which was given, not by the ministry of angels, but of the very Son of God! As he hath by inheritance a more excellent name - Because he is the Son of God, he inherits that name, in right whereof he inherits all things His inheriting that name is more ancient than all worlds; his inheriting all things, as ancient as all things. Than they - This denotes an immense pre - eminence. The angels do not inherit all things, but are themselves a portion of the Son's inheritance, whom they worship as their Lord.
3 e) Ces deux métaphores empruntées à la théologie alexandrine de la Sagesse et du Logos, Sg 7.25-26, expriment l’identité de nature entre le Père et le Fils autant que la distinction des personnes. Le Fils est le « resplendissement » ou le reflet de la gloire lumineuse (cf. Ex 24.16) du Père, Lumen de Lumine . Et il est « l’effigie », cf. Col 1.15, de sa substance, comme l’empreinte exacte que laisse un sceau, cf. Jn 14.9.
À la différence de toutes les précédentes, l’épître aux Hébreux a vu son authenticité mise en question dès l’Antiquité. Sa canonicité a été rarement contestée, mais l’Église d’Occident a refusé jusqu’à la fin du IVe siècle de l’attribuer à saint Paul ; et si celle d’Orient a accepté cette attribution, ce ne fut pas sans faire parfois des réserves en ce qui concerne sa forme littéraire (Clément d’Alexandrie, Origène). C’est qu’en effet la langue et le style de cet écrit sont d’une pureté élégante qui n’appartient pas à saint Paul. La manière de citer et d’utiliser l’AT n’est pas la sienne. L’adresse et le préambule par lesquels il a coutume de commencer ses lettres font ici défaut.
On peut toutefois reconnaître des résonances de la pensée paulinienne là où est développé le thème de la foi : la Loi ancienne a été donnée par l’intermédiaire des anges (2.2 ; cf. Ga 3.19), la défaillance de la génération sortie d’Égypte et disparue pendant la traversée du désert constitue un avertissement pour les croyants (3.7-4.2 ; cf. 1 Co 10.1-13), les destinataires sont comme des enfants qui ont besoin du lait maternel (5.12, cf. 1 Co 3 ;1-3 ; 1 P 2.2), Abraham est l’exemple de la foi (6.12-15 ; 11.19 ; cf. Rm 4.17-21), l’Alliance du Sinaï s’oppose à la Jérusalem nouvelle (12.18-24 ; cf. Ga 4.24-26), etc. Un « billet » final cite Timothée et le langage de cet écrit rappelle parfois les épîtres pastorales et celles de la prison.
Ces considérations ont amené nombre de critiques catholiques et protestants à admettre un rédacteur évoluant dans la mouvance paulinienne, mais l’accord n’existe plus quand il s’agit d’identifier l’auteur anonyme. Toutes sortes de noms ont été proposés, tels que Barnabé, Aristion, Silas, Apollos, Priscilla, etc. Il semble plus simple d’essayer d’en tracer le portrait : il s’agit d’un Juif de culture hellénistique, familier de l’art oratoire, attentif à une interprétation ponctuelle des passages vétérotestamentaires qu’il utilise, souvent d’après la version des LXX, pour appuyer ses arguments.
Le lieu et la date de composition, ainsi que les destinataires, ne sont pas non plus assurés. Il semble que l’écrit ait été envoyé depuis l’Italie (13.24, mais l’expression n’est pas claire) et qu’il ait été rédigé avant la destruction de Jérusalem. Mais, s’il parle effectivement de la liturgie vétérotestamentaire comme d’une réalité encore actuelle (8.4s ; 13.10), il ne fait jamais allusion au Temple détruit par Tite en 70 après J.-C. et se réfère toujours à la Tente du désert et aux textes qui la décrivent, encore en vigueur au-delà des vicissitudes historiques concernant le sanctuaire. Même la résonance de certains passages de 1.1-13 dans la Prima Clementis – que l’on accepte ou non l’hypothèse d’un fonds commun de références bibliques – n’est pas très utile, compte tenu des difficultés de datation de l’écrit clémentin. Hébreux fait ensuite allusion à une persécution désormais finie (10.32-34) ou en voie d’extinction (13.3), mais ces données sont trop minces pour nous aider à décider d’une date. Ce qui est sûr, en revanche, c’est une certaine distance dans le temps par rapport à la prédication apostolique (2.3-4) et à la première annonce reçue par les destinataires eux-mêmes faite par des « chefs » qui ne sont pas mieux identifiés (13.7 ; cf. 10.32). Hébreux réserve au seul Christ le titre d’« apôtre » (3.1).
Étant donné que la préoccupation principale de l’écrivain semble être celle de mettre en garde contre le danger d’apostasie (6.4-8 ; 10.19-39) et de conforter ceux qui semblent regretter la splendeur du culte mosaïque et le côté rassurant – y compris du point de vue psychologique – d’une religion officielle que les jeunes communautés chrétiennes n’étaient pas en mesure de garantir (9.9b-10), on peut penser que les destinataires étaient des Hébreux convertis en milieu hellénistique ou bien des gentils fascinés par la culture hébraïque, à l’image des lecteurs auxquels s’adresse Philon d’Alexandrie. Ce qui est sûr c’est qu’ils devaient être familiarisés – à travers la catéchèse ou l’exégèse juive contemporaine – avec un certain jargon technique issu de la lecture des LXX (cf. 5.10 ; 7.11) ainsi qu’avec certaines interprétations traditionnelles (7.1-3 ; 11.17-19). On ne peut pas en dire autant en ce qui concerne le Temple : les descriptions de lieux et de rites sont abondantes mais elles ne sont pas toujours précises (cf. 9.1-4 ; 10.11 ; 13.21).
Il y a aussi discussion à propos du genre littéraire auquel appartiendrait He : lettre, discours, traité sous forme épistolaire ? La langue a, en effet, la spontanéité du langage parlé (p. ex. : 2.5 ; 7.4 ; 9.5 ; 11.32), en même temps, l’ensemble présente des décrochages subits (3.1 ; 8.1 ; 10.1 ; 13.1), des répétitions (2.1-4 ; 12.25 ; 2.17-18 ; 4.14-16 ; 6.4-8 ; 10.26-31) et surtout des reprises du thème principal après de longs intervalles qui cadrent mal dans le contexte (4.4-16 ; 5.9-10 ; 6.20 ; 8.1-2 ; 9.11 ; 10.19-23). Tout cela ne rappelle pas le genre de l’homélie qui, elle, doit tenir en haleine un auditoire du début jusqu’à la fin. En outre, la disposition quasi concentrique des thèmes cadre encore moins avec le genre du discours : apparemment on parle du sacerdoce et du sacrifice du Christ dans un passage central (7.1-10.8) ; de la persévérance dans la foi, dans deux passages symétriques (3.1-4.14 ; 10.19-12.13) encadrés par deux discours, l’un sur les anges (1 ;5-2.18) l’autre étant une parénèse aux teintes apocalyptiques (12.14-13.19). Il n’y aurait pas d’auditeur qui ne s’y perde !
Encore est-il possible de reconnaître deux parcours argumentaires. Le premier prend son élan de l’exégèse christologique de Ps 8 en 2.5-18, il se prolonge en 5.1-10 pour atteindre son plein développement en 7.1-28 ; 10.1-18 est enrichi d’une parénèse (10.26-36 et 12.14-17) et arrive à sa conclusion en 13.20-21. Ce premier parcours est spécifiquement consacré au sacerdoce du Christ. Le second parcours développe le thème de la foi, suivant l’exemple du peuple de l’Exode et il est reconnaissable surtout en 1.1-3 ; 2.1-4 ; 3.1-4.13 ; 10.36-12.3 ; 12.18-25. C’est bien à l’intérieur de ce thème que sont concentrés les traits les plus marqués d’inspiration paulinienne. L’insertion (cf. 13.1) des chapitres 8 et 9, qui brise la continuité entre 7.28 et 10.1, (qui présente des doublets avec 10.1-18 et qui constitue le thème auquel on fait le plus souvent appel dans les reprises du sujet, ci-dessus citées) peut être considérée comme un développement complémentaire du premier parcours argumentaire.
Vraisemblablement deux homélies, écrites pour être prononcées, ont été fusionnées dans la phase rédactionnelle de façon à regrouper les parénèses vers la fin du texte. C’est à cette phase que l’on pourrait attribuer l’insertion de 8-9, les reprises et la récapitulation de 13.9-15. Certes, n’importe quelle subdivision a son côté arbitraire ; je suivrai celle-ci dans la présentation de la traduction du texte.
Le premier auteur conçoit la révélation biblique comme un « continuum » (1.1-2) en quatre temps : le temps des Patriarches et des promesses (6.13-18) ; le temps de la Loi, « ombre » (8.5 ; 10.1) et réalisation « charnelle » (7.16) ; la relance des promesses à travers David et les Prophètes (4.7 ; 7.28 ; 8.7-13 ; l’« image » de 10.1) ; et enfin l’ère eschatologique, l’« aujourd’hui » (4.7) qui nous englobe (11.39-40) inauguré par le Christ. L’auteur ébauche les traits de ce temps à partir d’une conception de l’univers constitué en deux plans, les « éons »: l’univers immanent que nous ne voyons pas encore soumis au Christ (2.8) et l’univers divin, fondement de la réalité selon la mentalité hellénistique et selon certains courants de l’apocalyptique juive, dans lequel Jésus est rentré en tant que roi (1.6) et comme prêtre après avoir été libéré du pouvoir de la mort (5.7 ; 13.20). Une réédition postérieure (chap. 8-9) présente l’action sacerdotale éternelle qu’il exerce, en continuité avec l’offre de soi-même accomplie pendant sa vie. Cela permet au croyant de s’approcher de Dieu en pleine confiance, sans médiation humaine.
En effet, la vie du fidèle doit être considérée comme un exode continu vers une patrie promise (4.1-6) qui ne peut pas être identifiée avec un lieu terrestre quel qu’il soit (4.8 ; 11.13 ; 13.14).
Cette affirmation, qui est loin d’être banale pour des Hébreux – même hellénisés – vivant entre deux révoltes juives (64-135 ap. J.-C.), doit être intégrée à l’idée que l’existence terrestre, vécue dans l’obéissance au Christ (5.9) précurseur et guide du salut (6.20 ; 2.10), est elle-même une liturgie (13.15-16).