En parlant des derniers temps, Paul mentionne certains faux docteurs à la « conscience cautérisée » qui, selon lui...
En parlant des derniers temps, Paul mentionne certains faux docteurs à la « conscience cautérisée » qui, selon lui, tenteront d'interdire aux fidèles ce que Dieu ne leur interdit nullement (v. 1–5). Apparemment, certains de ces faux docteurs essayaient déjà de prêcher dans l'Église quelque chose de semblable, si l'on admet que les « fables de vieilles femmes » mentionnées par l'apôtre (v. 7–9) ont un rapport avec les faux enseignements dont il parle. Paul, à ce qu'il semble, ne mentionne pas ici par hasard les exercices physiques : le mot grec correspondant pouvait désigner non seulement la gymnastique au sens où nous en parlons aujourd'hui, mais aussi, plus généralement, un certain système de maintien du corps dans un état déterminé, y compris peut-être un système que nous appellerions aujourd'hui plutôt non pas gymnastique, mais ascèse.
Bien sûr, on voit clairement ici l'attitude réservée et sceptique, propre au judaïsme, envers l'ascèse telle qu'elle existait dans certains systèmes religieux et philosophiques païens, y compris grecs. Par la suite, des pratiques de ce genre sont partiellement entrées dans la vie de l'Église, mais cela s'est produit sensiblement plus tard, déjà au Moyen Âge. Quant à l'Église des premiers chrétiens, d'après tout ce que nous savons d'elle aujourd'hui, elle les évitait, en s'orientant davantage vers la piété juive traditionnelle, où le rôle clé n'était pas joué par l'ascèse extérieure et corporelle, mais par la pratique de la prière continuelle et les efforts liés à l'acquisition de la Torah intérieure.
Mais, apparemment, il ne s'agissait pas seulement de cela. Paul, à en juger par toutes ses épîtres, n'accordait généralement pas une importance particulière à la religiosité et à la piété, les considérant comme peu importantes pour la vie spirituelle. Mais il s'est toujours opposé résolument à ce que la religion ou la piété traditionnelle se dressent sur le chemin de celui qui veut vivre la vie du Royaume dans toute sa plénitude. Et maintenant, l'apôtre, à ce qu'il semble, ne s'oppose pas à une forme de piété au profit d'une autre, mais aux restrictions qui sont absolument inutiles à l'homme sur le chemin du Royaume. Il comprend parfaitement que l'ascèse est souvent liée non pas tant au désir d'accomplir la volonté de Dieu qu'au désir de s'affirmer soi-même, pour lequel les accomplissements ascétiques constituent un excellent terreau. C'est pourquoi l'apôtre s'élève avec vigueur contre ceux qui font de l'ascèse le centre et le sens de la vie spirituelle, indiquant avec justesse qu'un tel déplacement des accents n'a rien de commun avec la révélation chrétienne.
Et cela n'a rien d'étonnant : car l'ascèse comprise de cette manière suppose non pas cette « vie en abondance », selon les paroles du Sauveur, qu'Il a apportée au monde en ouvrant au monde le Royaume, mais une privation et une autolimitation éternelles. Une religiosité de ce genre amenait involontairement à penser que Dieu n'est pas du tout un Père aimant, qui ne manque de rien, mais un administrateur sévère et peu miséricordieux, distribuant avec parcimonie ses dons à ceux qui sont prêts à souffrir pour lui, à souffrir non pas parce que le monde gît dans le mal, mais parce que ces souffrances sont nécessaires à l'administrateur lui-même. Une telle religiosité n'était pas un témoignage, mais un contre-témoignage. Un contre-témoignage avec lequel l'apôtre ne pouvait ni ne voulait composer, en permettant à ceux qui le portaient d'obscurcir le visage de Dieu et d'égarer ceux qui cherchent le Royaume hors du bon chemin.
1 z) Sur cette période de crise qui doit marquer les derniers jours, voir encore 2 Th 2.3-12 ; 2 Tm 3.1 ; 4.3-1 ; 2 P 3.3 ; Jude 18 ; cf. Mt 24.6s ; Ac 20.29-30. — Par ailleurs, l’ère eschatologique étant déjà commencée, 2.6 ; Mc 1.15 ; Rm 3.26, ces temps d’épreuve peuvent être considérés comme déjà actuels, cf. 1 Co 7.26 ; Ep 5.16 ; 6.13 ; Jc 5.3 ; 1 Jn 2.18 ; 4.1, 3 ; 2 Jn 7.
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.