Décrivant la vie spirituelle du chrétien telle qu'elle doit être selon l'apôtre, Paul place en son centre la prière, une prière continuelle et nécessairement accompagnée d'action de grâce...
Décrivant la vie spirituelle du chrétien telle qu'elle doit être selon l'apôtre, Paul place en son centre la prière, une prière continuelle et nécessairement accompagnée d'action de grâce. Toute la vie du chrétien se construit autour d'une telle prière. Il semblerait impossible de prier sans cesse : il y a dans la vie d'autres affaires dont il faut s'occuper, si bien qu'il faudra de toute façon se distraire de la prière d'une manière ou d'une autre. Mais cela ne paraît ainsi qu'à celui pour qui la prière n'est que certaines paroles qu'il faut dire à Dieu.
Or les paroles ne sont que la forme extérieure de la prière. Dans certains cas, on peut même s'en passer entièrement : dans toutes les traditions spirituelles, du moins celles qui remontent à Abraham, existe une pratique de la prière sans paroles, de la prière silencieuse, ou de la prière où l'on utilise de brèves formules de prière. On peut facilement les répéter en soi, à voix basse ou même mentalement, n'importe où, pratiquement en toutes circonstances. Il n'est pas exclu que Paul ait en vue quelque chose de semblable : parmi les Juifs croyants de son temps, une telle prière était connue et appréciée. Comme formule de prière, on utilisait d'ordinaire soit la prière « Shema » (« Écoute, Israël... »), soit simplement l'invocation du nom sacré, le nom de Yahvé, qu'il était interdit de prononcer à haute voix mais que personne n'interdisait d'invoquer mentalement. Dans la pratique ecclésiale, surtout en Orient, s'est ensuite répandue la prière intérieure que l'on appelle d'ordinaire prière de Jésus, parce que dans cette prière, qui existe en plusieurs variantes, se trouve le nom de Jésus, invoqué par celui qui prie.
Mais quelle que soit la formule de prière, elle demeure seulement un moyen de diriger la volonté de celui qui prie vers Celui à qui il veut s'adresser, vers Dieu ou vers le Christ. Le but demeure précisément l'union de la volonté humaine avec la volonté de Dieu ou avec la volonté de Jésus. Idéalement, il ne doit rester aucun écart entre les deux volontés ; elles doivent former un seul tout, tout en demeurant chacune elle-même, comme il en fut pour Jésus lui-même avec son Père céleste. Une telle unité de l'homme avec Dieu rend possible tout le reste que Paul énumère dans son épître : la joie constante, l'attention à chaque souffle du souffle de Dieu, l'écoute des révélations prophétiques. Mais le plus important est qu'elle crée cet espace de relations entre Dieu et l'homme hors duquel une vie spirituelle normale est absolument impossible. C'est pourquoi l'apôtre place la prière au centre de la vie spirituelle des chrétiens : elle rend possible en elle tout le reste, ce que Paul rappelle aux chrétiens de Thessalonique.