En parlant de la vie spirituelle, Paul attire l'attention sur les relations qui forment le fondement du milieu familial comme du milieu social de son époque: les relations conjugales (v. 18-19), les relations des enfants avec les parents (v. 20-21), les relations des esclaves avec leurs maîtres (22-4:1). L'appel de l'apôtre à ce thème pourrait être considéré comme tout à fait traditionnel: les prophètes aussi, en effet, abordaient souvent dans leur prédication des thèmes sociaux. Mais ce n'était jamais pour eux une fin en soi; les prophètes soulignaient seulement la nécessité de suivre la Torah non seulement dans la vie personnelle, mais aussi dans la vie sociale, considérant la Torah comme une base tout à fait adéquate pour organiser la société. On pourrait dire que Paul suit lui aussi cette tradition prophétique. Mais il va encore plus loin. En effet, les prophètes qui vécurent avant la venue dans le monde du Messie-Christ parlaient de ce qui était accessible en leur temps: du chemin de la justice et de l'observance de la Torah comme moyen permettant de marcher sur ce chemin.
Paul, lui, parle de davantage: du chemin du Royaume, qui ne s'est ouvert à l'homme qu'avec la venue du Christ. Ce n'est pas par hasard qu'il fait précéder son discours sur les relations dans la famille et dans la société par la description de la vie du Royaume, au centre de laquelle se trouve la mention de l'amour qui unit ses habitants (v. 12-17). Car dans le Royaume, l'amour n'est déjà plus seulement une relation qui relie les hommes, ce qu'il est dans notre monde encore non transfiguré. Dans le Royaume, l'amour est aussi le milieu spirituel dans lequel existent toutes les relations, une sorte de substance spirituelle sans laquelle il n'y a pas de Royaume. Et l'Église, comme communauté de personnes vivant dans le Royaume, doit être la manifestation du Royaume dans notre monde en voie de transfiguration, mais pas encore transfiguré jusqu'au bout. Elle doit devenir pour chacun un exemple montrant qu'il est possible dès maintenant de construire des relations selon les lois du Royaume et qu'aucune structure sociale, en elle-même, n'y fait obstacle, pourvu que les personnes soient réellement liées entre elles par les relations d'amour propres aux habitants du Royaume. Ainsi, chacun qui cherche une alternative aux lois du monde non transfiguré verra qu'une telle alternative existe, qu'il est possible de vivre selon les lois du Royaume ici et maintenant.
