Bible-Centre

La réflexion principale pour le 4 novembre 2022

Paul oppose au strict formalisme religieux sur lequel insistaient certains « maîtres » de l'Église ce qui peut paraître de simples règles morales. Pourtant, dans ces règles simples se trouve l'essence de la Torah, et avant tout de la Torah extérieure. Il s'agit de l'observation la plus ordinaire des commandements, sans religiosité particulière, sans la multitude de normes et de règles de pureté rituelle qui perdent leur actualité pour l'habitant du Royaume: dans le Royaume, la division yahviste traditionnelle, et juive, entre pur et impur devient sans pertinence, car là tout est pur.

Mais si l'on va plus loin, il apparaît que l'observation des commandements, même purement extérieure, suppose une certaine dynamique de relations avec les personnes les plus diverses, et que ces relations doivent être construites consciemment, non simplement en suivant des automatismes socialement conditionnés. Ce n'est pas par hasard que l'apôtre mentionne ensuite non seulement les communautés ecclésiales les plus problématiques, les « anciens » et les « anciennes », mais aussi les esclaves dans leur rapport à leurs maîtres. Le point commun est ici une sorte de « naturalité » du statut, aussi bien des « anciens » et des « anciennes » de l'Église que des esclaves. En effet, beaucoup de ces « anciens » et « anciennes » que Paul mentionne voyaient sans doute leur position dans l'Église non comme un ministère consciemment choisi, mais comme une situation qui s'était formée d'elle-même.

Beaucoup d'entre eux sont sans doute devenus « anciens » et « anciennes » non parce qu'ils avaient pris conscience de leur vocation aux ministères correspondants, mais parce qu'à un âge avancé ils n'avaient nulle part où aller, et que toute leur vie se trouvait liée à l'Église: ainsi soit-il, la voie directe menait donc aux « anciens » ou aux « anciennes ». Un peu comme au Moyen Âge on entrait au monastère, surtout les jeunes filles et les femmes, non parce qu'on avait pris conscience de sa vocation monastique, mais parce que la vie n'avait pas réussi et qu'aucune autre alternative ne se dessinait.

Un tel automatisme détruit spirituellement l'homme: car la place où il s'est retrouvé suppose précisément un ministère conscient, et quand il n'y a pas de conscience, donc pas de ministère à part entière, commence la dégradation spirituelle inévitable d'un tel « serviteur ». Mais de la même manière, même si c'est peut-être plus lentement, l'homme se dégrade aussi dans la société s'il n'a pas conscience de lui-même et de ses relations avec les personnes avec lesquelles il doit communiquer. L'automatisme social ne vaut pas mieux que l'automatisme « spirituel », même s'il paraît au premier regard moins dangereux. Voilà les automatismes dont Paul met Tite en garde, les considérant comme un problème bien plus grand que le manque de religiosité chez les membres de l'Église.

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