Le Lévitique prescrit une purification mensuelle spéciale pour les péchés du peuple. Elle est liée à l'épisode où certaines personnes, sans être prêtres, décidèrent d'offrir un sacrifice et moururent...
Le Lévitique prescrit une purification mensuelle spéciale pour les péchés du peuple. Elle est liée à l'épisode où certaines personnes, sans être prêtres, décidèrent d'offrir un sacrifice et moururent à cause de la profanation du sanctuaire. Cet épisode est mentionné dans le Lévitique sans détails. Il est décrit un peu plus en détail dans le livre des Nombres, mais là encore les détails sont peu nombreux. Une chose est claire : il s'agit de la profanation du sanctuaire, qui peut devenir mortelle pour l'homme.
Dans le cas décrit, il s'agit d'un mépris délibéré des normes et règles prescrites ; mais les rites de purification prescrits supposent la purification de tout le peuple d'une impureté que le peuple peut même ignorer. Une telle conception de l'impureté peut paraître étrange si l'on ne tient pas compte du fait que, pensait-on alors, ce n'était pas seulement le péché qui pouvait souiller l'homme. Bien sûr, lorsqu'il s'agit du peuple, on pourrait fort bien parler de péchés passés inaperçus ou oubliés.
On dirait que si l'homme ne connaît pas ou ne se souvient pas de son péché, il ne peut être question d'aucun repentir : il est impossible de se repentir de ce que l'on ne connaît pas. Si l'on parle du péché comme tel, c'est bien ainsi. Ici pourtant, il ne s'agit pas seulement du péché, mais aussi de ses conséquences, et même d'abord de ses conséquences : ce sont elles précisément qui souillent l'homme et l'empêchent d'être sanctifié. Si un tel homme, non prêt à la sanctification, s'approche de l'autel, il peut souiller l'autel, et peut-être même mourir.
La raison en est que la sanctification suppose un changement de la qualité de la vie de l'homme, dans lequel le courant de son âme, car l'« âme vivante » dans la Bible est précisément un courant, un processus, une dynamique, se transforme, à tel point que l'homme peut en principe participer à la vie du Royaume. À l'époque où fut écrit le Lévitique, le temps de la proximité du Royaume n'était pas encore venu, mais l'action de Dieu sur l'homme était alors la même qu'aujourd'hui. Or l'homme souillé s'approchait de l'autel dans un état où sa vie s'épuisait plutôt qu'elle ne se remplissait.
L'état de souillure n'est en effet rien d'autre que le processus continu, persistant, d'épuisement du courant de vie, opposé à la sanctification comme à son remplissement. Deux influences spirituelles aussi opposées peuvent, dans certains cas, être réellement mortelles pour l'homme et destructrices pour le peuple. C'est pour éviter quelque chose de semblable que sont prescrits des rites particuliers de purification pour le peuple, afin que la souillure que le peuple ignore ne détruise pas sa vie.