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La Bible en cinq ans pour le 1 octobre 2022

La Bible de Jérusalem (fr)

2 Rois, Chapitre 8

VI. Le cycle d’Élisée> 1 Épilogue à l’histoire de la Shunamite., 7 Élisée et Hazaël de Damas., 16 Règne de Joram en Juda (848-841)., 25 Règne d’Ochozias en Juda (841).
Élisée avait dit à la femme dont il avait fait revenir le fils à la vie : « Lève-toi, va-t’en avec ta famille et séjourne où tu pourras, car Yahvé a appelé la famine, déjà elle vient sur le pays, pour sept ans. »
La femme se leva et fit ce qu’avait dit l’homme de Dieu : elle partit, elle et sa famille, et séjourna sept ans au pays des Philistins.
Au bout de sept années, cette femme revint du pays des Philistins et elle alla faire appel au roi pour sa maison et pour son champ.
Or le roi s’entretenait avec Géhazi, le serviteur de l’homme de Dieu : « Raconte-moi, disait-il, toutes les grandes choses qu’Élisée a faites. »
Il racontait justement au roi comment il avait fait revivre l’enfant mort quand la femme dont Élisée avait ressuscité le fils en appela au roi pour sa maison et pour son champ, et Géhazi dit : « Monseigneur le roi, voici cette femme, et voici son fils qu’Élisée a fait revenir à la vie. »
Le roi interrogea la femme et elle lui fit le récit. Alors le roi lui donna un eunuque, auquel il commanda : « Qu’on lui restitue tout ce qui est à elle et tous les revenus du champ depuis le jour où elle a quitté le pays jusqu’à maintenant. »
Élisée vint à Damas. Le roi d’Aram, Ben-Hadad, était malade et on lui annonça : « L’homme de Dieu est venu jusque chez nous. »
Alors le roi dit à Hazaël : « Prends avec toi un présent, va au-devant de l’homme de Dieu et consulte par lui Yahvé pour savoir si je guérirai de ce mal que j’ai. »
Hazaël alla au-devant d’Élisée et emporta en présent tout ce qu’il y avait de meilleur à Damas, la charge de quarante chameaux. Il vint et, se tenant devant lui : « Ton fils Ben-Hadad roi d’Aram, dit-il, m’a envoyé te demander : Guérirai-je de mon mal présent ? »
10 Élisée lui répondit : « Va lui dire : “Tu peux guérir”, mais Yahvé m’a fait voir que sûrement il mourra. »
11 Puis ses traits se figèrent, il les figea à l’extrême, et l’homme de Dieu pleura.
12 Hazaël dit : « Pourquoi Monseigneur pleure-t-il ? » Élisée répondit : « C’est que je sais le mal que tu feras aux Israélites : tu mettras le feu à leurs places fortes, tu tueras par l’épée l’élite de leurs guerriers, tu écraseras leurs petits enfants, tu éventreras leurs femmes enceintes. »
13 Hazaël dit : « Mais qu’est ton serviteur ? Comment ce chien pourrait-il accomplir cette grande chose ? » Élisée répondit : « Dans une vision de Yahvé, je t’ai vu roi d’Aram. »
14 Hazaël quitta Élisée et alla chez son maître, qui lui demanda : « Que t’a dit Élisée ? » Il répondit : « Il m’a dit que tu pourrais guérir. »
15 Le lendemain, il prit une couverture, qu’il trempa dans l’eau et étendit sur sa figure. Ben-Hadad mourut et Hazaël régna à sa place.
16 La cinquième année de Joram fils d’Achab, roi d’Israël — Josaphat étant roi de Juda —, Joram fils de Josaphat devint roi de Juda.
17 Il avait trente-deux ans à son avènement et régna huit ans à Jérusalem.
18 Il imita la conduite des rois d’Israël, comme avait fait la maison d’Achab, car c’était une fille d’Achab qu’il avait prise comme épouse, et il fit ce qui déplaît à Yahvé.
19 Cependant Yahvé ne voulut pas détruire Juda, à cause de son serviteur David, selon la promesse qu’il lui avait faite de lui laisser une lampe, ainsi qu’à ses fils, pour toujours.
20 De son temps, Édom s’affranchit de la domination de Juda et se donna un roi.
21 Joram passa à Çaïr, et avec lui tous les chars... Il se leva de nuit et força la ligne des Édomites qui l’encerclaient, et les commandants de chars avec lui ; le peuple s’enfuit à ses tentes.
22 Ainsi Édom s’affranchit de la domination de Juda, jusqu’à ce jour ; Libna aussi se révolta. Dans ce temps-là...
23 Le reste de l’histoire de Joram, tout ce qu’il a fait, cela n’est-il pas écrit au livre des Annales des rois de Juda ?
24 Joram se coucha avec ses pères et on l’enterra avec ses pères dans la Cité de David. Son fils Ochozias régna à sa place.
25 La douzième année de Joram fils d’Achab, roi d’Israël, Ochozias fils de Joram devint roi de Juda.
26 Ochozias avait vingt-deux ans à son avènement et il régna un an à Jérusalem. Le nom de sa mère était Athalie, fille d’Omri, roi d’Israël.
27 Il imita la conduite de la famille d’Achab et fit ce qui déplaît à Yahvé, comme la famille d’Achab, car il lui était allié.
28 Il alla avec Joram fils d’Achab pour combattre Hazaël, roi d’Aram, à Ramot de Galaad. Mais les Araméens blessèrent Joram.
29 Le roi Joram revint à Yizréel pour faire soigner les blessures reçues des Araméens à Ramot lorsqu’il combattait Hazaël roi d’Aram, et Ochozias fils de Joram, roi de Juda, descendit à Yizréel pour visiter Joram fils d’Achab parce qu’il était souffrant.
Lire la suite:2 Rois, Chapitre 9
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 t) Suite naturelle de 2 R 4.37.


3 u) Devenus bien domaniaux, sous juridiction du roi.


7 v) Ben-Hadad II comme en 1 R 20.1.


8 w) Avant son usurpation, v. 15, Hazaël apparaît comme un officier de Ben-Hadad.


10 x) La traduction se fonde sur une valeur de l’infinitif absolu préposé, attestée en Gn 2.16 et ailleurs. Pour décharger Élisée d’un mensonge, l’hébr. a remplacé « lui » par la négation lo’ « va dire tu ne guériras pas ». En réalité Ben-Hadad importe peu ; la révélation concerne d’abord Hazaël, qui supplantera Ben-Hadad. Élisée n’incite pas au meurtre, il prévoit comme inévitable la réalisation des desseins de Dieu.


11 y) Ce sont des signes physiques de l’extase.


13 z) « chien », ici simple terme d’humilité, cf. 1 S 24.15 ; 2 S 9.8. Hazaël s’étonne de la glorieuse destinée qu’on lui prédit.


15 a) Le sujet de la phrase n’est pas exprimé, mais il doit s’agir de l’usurpateur en personne, Hazaël. Les annales de Salmanasar III le qualifient de « fils de personne », confirmant que Hazaël n’est pas issu d’une dynastie royale.


18 b) C’est Athalie, cf. 11, fille d’Omri et sour d’Achab, cf. v. 26 et 2 Ch 22.2, ou fille d’Achab, ici (hébr.) et 2 Ch 21.6. La chronologie favorise la première solution.


20 c) Édom, cf. Nb 20.23, était un royaume vassal de Juda sous Josaphat, 1 R 22.48, et encore au début du règne de Joram, 2 R 3.9.


21 d) Localité inconnue en Transjordanie. La suite du texte est mutilée on a cherché à effacer le souvenir d’un échec. De même au v. 22.


22 e) La ville passa alors aux Philistins.


Comme ceux de Samuel, les livres des Rois ne formaient d’abord qu’un ouvrage de la Bible hébraïque. Ils correspondent aux deux derniers livres des Règnes dans la traduction grecque et des Rois dans la Vulgate.

Ils font immédiatement suite aux livres de Samuel et 1 R 1-2 contient la fin du grand document de 2 S 9-20. Le long récit du règne de Salomon, 1 R 3-11, détaille l’excellence de sa sagesse, la splendeur de ses constructions, surtout du Temple de Jérusalem, l’étendue de ses richesses. C’est une époque glorieuse, certes, mais l’esprit conquérant du règne de David a disparu : on conserve, on organise, surtout on exploite. L’opposition entre les deux fractions du peuple se maintient et, à la mort de Salomon, en 931, le royaume se divise : les dix tribus du Nord font une sécession aggravée d’un schisme religieux, 1 R 12-13. L’histoire parallèle des deux royaumes d’Israël et de Juda se développe de 1 R 14 à 2 R 17 : c’est souvent l’histoire des luttes entre ces royaumes frères, c’est aussi celle des assauts extérieurs de l’Égypte contre Juda et des Araméens dans le Nord. Le danger devient plus pressant quand les armées assyriennes interviennent dans la région, d’abord au IXe siècle, plus fortement au VIIIe siècle, où Samarie tombe sous leurs coups en 721, cependant que Juda s’est déjà déclaré vassal. L’histoire de Juda seul se continue jusqu’à la ruine de Jérusalem en 587 dans 2 R 18-25.21. Le récit s’étend surtout sur deux règnes, celui d’Ézéchias, 2 R 18-20, et celui de Josias 2 R 22-23, marqués par un réveil national et une réforme religieuse. Les grands événements politiques sont alors l’invasion de Sennachérib sous Ézéchias en 701, en réponse au refus du tribut assyrien, et, sous Josias, la ruine de l’Assyrie et la formation de l’empire chaldéen. Juda dut se soumettre aux nouveaux maîtres de l’Orient, mais se révolta bientôt. Le châtiment ne tarda pas : en 597, les armées de Nabuchodonosor prirent Jérusalem et déportèrent une partie de ses habitants ; dix ans après, un sursaut d’indépendance amena une nouvelle intervention de Nabuchodonosor, qui s’acheva en 587 par la ruine de Jérusalem et une seconde déportation. Les Rois s’achèvent par deux courts appendices, 2 R 25.22-30.

L’ouvrage cite nommément trois de ses sources, une Histoire de Salomon, les Annales des rois d’Israël et les Annales des rois de Juda, mais il en eut d’autres : outre la fin du grand document davidique, 1 R 1-2, une description du Temple, d’origine sacerdotale, 1 R 6-7, surtout une histoire d’Élie composée vers la fin du IXe siècle et une histoire d’Élisée un peu postérieure ; ces deux histoires sont à la base des cycles d’Élie, 1 R 172 R 1, et d’Élisée, 2 R 2-13. Les récits du règne d’Ézéchias qui mettent en scène Isaïe, 2 R 18.17-20.19, proviennent des disciples de ce prophète.

Lorsque l’utilisation des sources n’y contrevient pas, les événements sont enfermés dans un cadre uniforme : chaque règne est traité pour lui-même et entièrement, le début et la fin des règnes sont marqués par des formules à peu près constantes, où ne manque jamais un jugement sur la conduite religieuse du roi. Tous les rois d’Israël sont condamnés à cause du « péché originel » de ce royaume, la fondation du sanctuaire de Béthel ; parmi les rois de Juda, huit seulement sont loués pour leur fidélité générale aux prescriptions de Yahvé. Mais cette louange est six fois restreinte par la remarque que « les hauts lieux ne disparurent pas »; seuls Ézéchias et Josias reçoivent une approbation sans réserve.

Ces jugements s’inspirent évidemment de la loi du Deutéronome sur l’unité du sanctuaire. Il y a davantage : la découverte du Deutéronome sous Josias et la réforme religieuse qu’elle inspira marquent le point culminant de toute cette histoire, et l’ouvrage entier est une démonstration de la thèse fondamentale du Deutéronome, qui est reprise dans 1 R 8 et 2 R 17 : si le peuple observe l’alliance conclue avec Dieu, il sera béni, s’il la transgresse, il sera châtié. Cette influence deutéronomiste se retrouve dans le style, chaque fois que le rédacteur développe ou commente ses sources.

Il est vraisemblable qu’une première rédaction deutéronomiste fut faite avant l’Exil, avant la mort de Josias à Megiddo en 609, et la louange décernée à ce roi, 2 R 23.25 (moins les derniers mots), serait la conclusion de l’ouvrage primitif. Une seconde édition, également deutéronomiste, fut donnée pendant l’Exil, après 562 Si on lui attribue la fin actuelle du livre, 2 R 25.22-30, un peu plus tôt si on l’arrête après le récit de la seconde déportation, 2 R 25.21, qui a l’allure d’une conclusion. Il y eut enfin quelques additions, pendant et après l’Exil.

Les livres des Rois doivent être lus dans l’esprit où ils ont été écrits, comme une histoire du salut. L’ingratitude du peuple élu, la ruine successive des deux fractions de la nation paraissent tenir en échec le plan de Dieu, mais il y a toujours pour sauvegarder l’avenir du groupe de fidèles qui n’ont pas plié le genou devant Baal, un reste de Sion qui garde l’Alliance. La stabilité des résolutions divines se manifeste dans la permanence étonnante de la lignée davidique, dépositaire des promesses messianiques, et le livre, sous sa forme dernière, se clôt sur la grâce fait à Joiakîn, comme sur l’aurore d’une rédemption.

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