À la fin de sa lettre à l'Église de Corinthe, Paul, comme...
À la fin de sa lettre à l'Église de Corinthe, Paul, comme toujours, mentionne les personnes qui partageaient avec lui ses travaux et son ministère. Des unes, nous savons quelque chose par d'autres livres du Nouveau Testament; des autres, nous ne pouvons que conjecturer, car nous ne connaissons que leurs noms. Il est probable que certaines de ces personnes étaient peu connues de l'Église de Corinthe, voire pas connues du tout. Et pourtant l'apôtre demande aux frères de Corinthe de les accueillir comme les leurs.
Or il n'existait pas alors d'hôtelleries ecclésiales semblables à celles qui existent aujourd'hui auprès de certaines églises, de sorte qu'accueillir les personnes dont parle Paul aurait dû se faire chez l'un des frères, dans sa propre maison. Mais, à ce qu'on voit, cela ne trouble pas l'apôtre; il ne demande pas d'accueillir ses compagnons si la possibilité ou le désir se présente, il est absolument sûr que les chrétiens de Corinthe trouveront et la possibilité et le désir. S'il s'agissait des lois et des normes de notre monde pas encore transfiguré, une telle attitude pourrait être considérée, au mieux, comme de l'indiscrétion. Mais Paul, dans ce cas, agit selon d'autres lois, selon les lois du Royaume, où il n'y a pas d'étrangers, et où il ne peut donc pas arriver qu'un frère venu de loin doive passer la nuit dans la rue.
Et cette certitude de l'apôtre que cela est possible, qu'il peut compter sur les chrétiens de Corinthe en matière d'hospitalité, témoigne que, dans l'Église en général et dans l'Église de Corinthe en particulier, la situation spirituelle était normale malgré tout ce que Paul lui-même avait écrit à ses frères de Corinthe. Car accueillir chez soi une personne que l'on voit pour la première fois n'est possible que lorsque les relations avec elle s'établissent aussitôt, au premier regard, ou bien existent déjà depuis longtemps. L'un et l'autre ne sont possibles que par la grâce et seulement dans le Royaume; quant à la nature de notre monde pas encore transfiguré, elle agit de manière destructrice sur toutes les relations, qui, sous cette influence, se refroidissent ou se formalisent, à moins que les personnes ne soient liées par quelque chose de naturel. Et le fait même que Paul ne doute pas un seul instant de ses frères de Corinthe est le meilleur témoignage de la réalité de l'Église comme communauté de personnes vivant dans le Royaume et selon les lois du Royaume. L'Église telle qu'elle doit être, telle qu'elle a été voulue et créée par son Fondateur.
1 w) Sur cette collecte, voir Rm 15.26-28 ; Ga 2.10 ; 2 Co 8-9 ; Ac 24.17. Les « saints » (cf. 2 Co 8.4) sont les chrétiens de Jérusalem qui, de très bonne heure, eurent besoin d’être secourus, Ac 11.29-30. Cette collecte tint une grande place dans les préoccupations de Paul, qui voyait là le signe et le gage de l’unité entre les Églises fondées par lui et celles des judéo-chrétiens.
2 x) C’est-à-dire le « jour du Seigneur », cf. Ac 20.7 ; Ap 1.10 ; Mt 28.1, le dimanche.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.