Paul attire l’attention sur le fait que la vie du chrétien est directement liée à la vie et à la personne du Christ Lui-même, « cachée dans le Christ », comme l’appelle l’apôtre. Cela se comprend : car le Royaume lui-même est inséparable des relations qui unissent le Fils au Père, et la vie de chaque chrétien individuel l’est d’autant plus. Cette vie est visible au monde dans la mesure où le Royaume lui-même lui est visible, et il se révèle à lui à mesure de la transfiguration. Dans la mesure où le monde est transfiguré, la vie du Royaume, et donc celle de ses habitants, lui devient visible ; dans la mesure où il demeure encore non transfiguré, elle lui reste inconnue. Mais au jour de la transfiguration complète du monde et du retour du Sauveur, tout ce qui était auparavant invisible deviendra visible et manifeste pour tous, de sorte qu’il ne restera plus rien de secret pour le monde.
Cependant, pour que la vie d’un chrétien concret soit pleine, elle ne doit pas se réduire à une simple présence passive dans le Royaume, dans l’espace des relations qui unissent le Père et le Fils. D’ailleurs, demeurer passivement dans le Royaume est à peine possible : car lui-même n’existe que dans une dynamique continue, dans la mesure où toute relation est toujours dynamique et ne peut exister qu’en se renouvelant constamment. Mais outre cette dynamique extérieure, il doit nécessairement y avoir aussi dans la vie du chrétien une dynamique intérieure, liée au renouvellement spirituel et à la transfiguration de sa propre nature humaine. Après la transfiguration complète, la nature de tout homme doit devenir telle qu’est devenue la nature humaine du Sauveur après Sa Résurrection. Mais la transfiguration n’est pas un acte instantané ; c’est un processus lié à la personne même du Sauveur, à Sa vie et au processus par lequel le Royaume entre dans le monde.
L’achèvement du chemin du chrétien, et donc de la transfiguration de sa nature humaine, coïncide avec l’achèvement de la transfiguration de toute la nature restante, de toute la création. Et, bien sûr, ce chemin ne se limite pas au cadre de la vie terrestre de l’homme, puisqu’il continue après sa fin. Mais il commence à l’étape actuelle, terrestre, du chemin, et Paul le décrit de manière imagée comme le fait pour l’homme de « se dépouiller » de son ancienne nature et de « revêtir » la nouvelle, correspondant à l’état spirituel que suppose la présence dans le Royaume. Bien sûr, le changement de la nature physique de l’homme est impossible à l’étape actuelle de son chemin ; en revanche, le changement de sa nature psychique, de son âme, est tout à fait possible, ce que l’apôtre rappelle aux destinataires de sa lettre en les appelant à exclure de leur vie la débauche sous toutes ses formes, l’impureté, la cupidité, la colère et tout le reste de ce qui est propre à la nature psychique de l’homme dans son état déchu. Et s’ils y parviennent, ils auront fait le premier pas vers la pleine transfiguration de leur nature, et donc vers la plénitude de la vie du Royaume.
