Bible-Centre

Lectionnaire catholique pour le 10 mars 2022

La Bible de Jérusalem (fr)

Esther, Chapitre 4

III. Les Juifs menacés> 1 Mardochée et Esther vont conjurer le péril., 17 Prière de Mardochée., 17 Prière d’Esther.
1 Sitôt instruit de ce qui venait d’arriver, Mardochée déchira ses vêtements et prit le sac et la cendre. Puis il parcourut toute la ville en l’emplissant de ses cris de douleur, 2 et il alla jusqu’en face de la Porte Royale que nul ne pouvait franchir revêtu d’un sac. 3 Dans les provinces, partout où parvinrent l’ordre et le décret royal, ce ne fut plus, parmi les Juifs, que deuil, jeûne, larmes et lamentations. Le sac et la cendre devinrent la couche de beaucoup. 4 Les servantes et eunuques d’Esther vinrent l’avertir. La reine fut saisie d’angoisse. Elle fit envoyer des vêtements à Mardochée pour qu’il les mît et abandonnât son sac. Mais il les refusa. 5 Mandant alors Hataq, l’un des eunuques mis par le roi à son service, Esther le dépêcha à Mardochée avec mission de s’enquérir de ce qui se passait et de lui demander les motifs de sa conduite. 6 Hataq sortit et s’en vint vers Mardochée, sur la place, devant la Porte Royale. 7 Mardochée le mit au courant des événements et, notamment, de la somme qu’Aman avait offert de verser au Trésor du roi pour l’extermination des Juifs.
8 Il lui remit aussi une copie de l’édit d’extermination publié à Suse : il devait la montrer à Esther pour qu’elle soit renseignée. Et il enjoignait à la reine d’aller chez le roi implorer sa clémence et plaider la cause du peuple auquel elle appartenait. 8a « Souviens-toi, lui fit-il dire, des jours de ton abaissement où je te nourrissais de ma main. Car Aman, le second personnage du royaume, a demandé au roi notre mort. 8b Prie le Seigneur, parle pour nous au roi, arrache-nous à la mort ! » 9 Hataq revint et rapporta ce message à Esther. 10 Celle-ci répondit, avec ordre de répéter ses paroles à Mardochée : 11 « Serviteurs du roi et habitants des provinces, tous savent que pour quiconque, homme ou femme, pénètre sans convocation chez le roi jusque dans le vestibule intérieur, il n’y a qu’une loi : il doit mourir, à moins qu’en lui tendant son sceptre d’or le roi ne lui fasse grâce de la vie. Et il y a trente jours que je n’ai pas été invitée à approcher le roi ! » 12 Ces paroles d’Esther furent transmises à Mardochée, 13 qui répondit à son tour : « Ne va pas t’imaginer que, parce que tu es dans le palais, seule d’entre les Juifs tu pourras être sauvée. 14 Ce sera tout le contraire. Si tu t’obstines à te taire quand les choses en sont là, salut et délivrance viendront aux Juifs d’un autre lieu, et toi et la maison de ton père vous périrez. Qui sait ? Peut-être est-ce en prévision d’une circonstance comme celle-ci que tu as accédé à la royauté ? » 15 Esther lui fit dire : 16 « Va rassembler tous les Juifs de Suse. Jeûnez à mon intention. Ne mangez ni ne buvez de trois jours et de trois nuits. De mon côté, avec mes servantes, j’observerai le même jeûne. Ainsi préparée, j’entrerai chez le roi malgré la loi et, s’il faut périr, je périrai. »
17 Mardochée se retira et exécuta les instructions d’Esther. 17a Priant alors le Seigneur au souvenir de toutes ses grandes œuvres il s’exprima en ces termes : 17b « Seigneur, Seigneur, Roi tout-puissant,
tout est soumis à ton pouvoir
et il n’y a personne qui puisse te tenir tête
dans ta volonté de sauver Israël.
 17c Oui, c’est toi qui as fait le ciel et la terre
et toutes les merveilles qui sont sous le firmament.
Tu es le Maître de l’univers
et il n’y a personne qui puisse te résister, Seigneur.
 17d Toi, tu connais tout !
Tu le sais, toi, Seigneur,
ni suffisance, ni orgueil, ni gloriole
ne m’ont fait faire ce que j’ai fait :
refuser de me prosterner
devant l’orgueilleux Aman.
Volontiers je lui baiserais la plante des pieds
pour le salut d’Israël.
 17e Mais ce que j’ai fait, c’était
pour ne pas mettre la gloire d’un homme
plus haut que la gloire de Dieu ;
et je ne me prosternerai devant personne
si ce n’est devant toi, Seigneur,
et ce que je ferai là ne sera pas orgueil.
 17f Et maintenant, Seigneur Dieu,
Roi, Dieu d’Abraham,
épargne ton peuple !
car on machine notre ruine,
on projette de détruire ton antique héritage.
 17g Ne délaisse pas cette part qui est ta part,
que tu t’es rachetée de la terre d’Égypte !
 17h Exauce ma prière,
sois propice à ta part d’héritage
et tourne notre deuil en joie,
afin que nous vivions pour chanter ton nom, Seigneur.
Et ne laisse pas disparaître
la bouche de ceux qui te louent. »
 17i Et tout Israël criait de toutes ses forces, car la mort était devant ses yeux. 17k La reine Esther cherchait aussi refuge près du Seigneur dans le péril de mort qui avait fondu sur elle. Elle avait quitté ses vêtements somptueux pour prendre des habits de détresse et de deuil. Au lieu de fastueux parfums, elle avait couvert sa tête de cendres et d’ordures. Elle humiliait durement son corps, et les tresses de sa chevelure défaite remplissaient tous les lieux témoins ordinaires de ses joyeuses parures. Et elle suppliait le Seigneur Dieu d’Israël en ces termes : 17l « Ô mon Seigneur, notre Roi, tu es l’Unique !
Viens à mon secours, car je suis seule
et n’ai d’autre recours que toi,
et je vais jouer ma vie.
 17m J’ai appris, dès le berceau,
au sein de ma famille,
que c’est toi, Seigneur, qui as choisi
Israël entre tous les peuples
et nos pères parmi tous leurs ancêtres,
pour être ton héritage à jamais ;
et tu les as traités comme tu l’avais dit.
 17n Et puis nous avons péché contre toi,
et tu nous as livrés aux mains de nos ennemis
pour les honneurs rendus à leurs dieux.
Tu es juste, Seigneur !
 17o Mais ils ne se sont pas contentés
de l’amertume de notre servitude ;
ils ont mis leurs mains dans celles de leurs idoles

en vue d’abolir l’arrêt sorti de tes lèvres,
de faire disparaître ton héritage,
de clore les bouches qui te louent,
d’éteindre ton autel et la gloire de ta maison ;
 17p et d’ouvrir à la place la bouche des nations
pour la louange des idoles de néant,
et pour s’extasier à jamais devant un roi de chair.
 17q N’abandonne pas ton sceptre,
Seigneur,
à ceux qui ne sont pas.
Point de sarcasmes sur notre ruine !
Retourne ces projets contre leurs auteurs,
et du premier de nos assaillants,
fais un exemple !
 17r Souviens-toi, Seigneur, manifeste-toi
au jour de notre tribulation !
Et moi, donne-moi du courage,
Roi des dieux et dominateur de toute autorité.
 17s Mets sur mes lèvres un langage charmeur
lorsque je serai en face du lion,
et tourne son cœur à la haine de notre ennemi,
pour que celui-ci y trouve sa perte
avec tous ses pareils.
 17t Et nous, sauve-nous par ta main
et viens à mon secours, car je suis seule
et n’ai rien à part toi, Seigneur !
 17u De toute chose tu as connaissance
et tu sais que je hais la gloire des impies,
que j’abhorre la couche des incirconcis
et celle de tout étranger.
 17w Tu sais la nécessité qui me tient,
que j’ai horreur de l’insigne de ma grandeur,
qui ceint mon front dans mes jours de représentation,
la même horreur que d’un linge souillé,
et ne le porte pas dans mes jours de tranquillité.
 17x Ta servante n’a pas mangé à la table d’Aman,
ni prisé les festins royaux,
ni bu le vin des libations.
 17y Ta servante ne s’est pas réjouie
depuis le jour de son changement jusqu’à présent,
si ce n’est en toi, Seigneur, Dieu d’Abraham.
 17z Ô Dieu, dont la force l’emporte sur tous,
écoute la voix des désespérés,
tire-nous de la main des méchants
et libère-moi de ma peur ! »
Lire la suite:Esther, Chapitre 5
Notes:
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Notes sur la partie

3 t) Marques de deuil et de pénitence, cf. Isa 37.1 ; Jdt 4.10 ; 1 M 3.47, etc.


4 u) Afin qu’il puisse entrer au palais et venir lui parler.


8 v) La Vet. Lat. ajoute ici au grec « Lève-toi, pourquoi restes-tu assise en silence ? Car tu es livrée, toi et ta maison et celle de ton père et tout ton peuple et toute ta postérité. Lève-toi ! Voyons s’il est possible de lutter et de souffrir pour notre peuple, pour que Dieu lui devienne propice »


9 w) La Vet. Lat. peint en ces termes la douleur d’Esther « Comme Esther lisait le message de son frère, elle déchira son vêtement et s’exclama d’une voix douloureuse. Elle versa de grands pleurs et son corps devint effrayant, sa chair s’affaissa. »


14 x) L’auteur du texte hébreu évite d’écrire le nom de Dieu.


17 y) Les prières de Mardochée et d’Esther sont toutes pétries de la piété de l’AT, avec, toutefois, une analyse des sentiments de l’orant, préoccupé de sa propre justification, que l’on ne retrouve pas dans les textes plus anciens.


17 z) C’est par la famille que se transmettait la tradition israélite sur toutes les merveilles accomplies par Dieu en faveur de son peuple, cf. Dt 6.20-25.


17 a) Geste de serment, peut-être d’alliance.


Le livre d’Esther raconte, comme celui de Judith, une délivrance de la nation par l’intermédiaire d’une femme. Les Juifs établis en Perse sont menacés d’extermination par la haine d’un vizir omnipotent, Aman, et sont sauvés grâce à l’intervention d’Esther, une jeune compatriote devenue reine, elle-même dirigée par son oncle Mardochée ; c’est un retournement complet de la situation : Aman est pendu, Mardochée prend sa place, les Juifs massacrent leurs ennemis. La fête des Purim est instituée pour commémorer cette victoire et on recommande aux Juifs de la célébrer chaque année.

Ce récit illustre l’hostilité dont les Juifs étaient l’objet dans le monde antique, à cause de la singularité de leur vie qui les mettait en opposition avec la loi du prince (comparer la persécution d’Antiochus Épiphane) ; leur nationalisme exacerbé est une réaction de défense. Sa violence nous choque mais nous devons nous souvenir que le livre est antérieur à la révélation chrétienne. Il faut aussi faire la part de la convention littéraire : ces intrigues de harem et ces tueries ne servent qu’à la présentation dramatique d’une thèse, qui est une thèse religieuse. L’élévation de Mardochée et d’Esther et la délivrance qui en résulte rappellent l’histoire de Daniel, et surtout celle de Joseph, opprimé puis exalté pour le salut de son peuple. Dans le récit de la Genèse sur Joseph, Dieu ne manifeste pas extérieurement sa puissance et cependant il dirige les événements. De même, dans le livre hébreu d’Esther, qui évite de nommer Dieu, la Providence conduit toutes les péripéties du drame. Les acteurs le savent et mettent toute leur confiance en Dieu, qui réalisera son dessein de salut, même si défaillent les instruments humains qu’il a choisis, cf. Est 4.13-17 qui donne la clé du livre. Les additions grecques sont d’un ton plus religieux (elles ont fourni tous les passages d’Esther utilisés par la liturgie chrétienne), mais elles ne font qu’expliciter ce que l’auteur hébreu laissait deviner.

La version grecque existait en 114 (ou 78) av. J.-C., où elle est envoyée en Égypte pour authentiquer la fête des Purim, Est 10.3l. Le texte hébreu est antérieur ; d’après 2 M 15.36, les Juifs de Palestine célébraient, en 160 av. J.-C., un « jour de Mardochée », qui suppose connus l’histoire d’Esther et peut-être le livre lui-même. Celui-ci peut avoir été composé dans le deuxième quart du IIe siècle av. J.-C. Son rapport original avec la fête des Purim est incertain : le passage d’Est 9.20-32 est d’un style différent et paraît être une addition. Les origines de la fête sont obscures et il est possible que le livre lui ait été rattaché secondairement (2 M 15.36 ne donne pas le nom de « Purim » au « jour de Mardochée ») et ait servi à la justifier historiquement.

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Matthieu, Chapitre 7,  vers 7-12

II. La promulgation du Royaume des Cieux> 6 Ne pas profaner les choses saintes., 7 Efficacité de la prière., 12 La Règle d’or.
« Demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira.
Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira.
Quel est d’entre vous l’homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre ?
10 Ou encore, s’il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent ?
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l’en prient !
12 « Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes.
Lire la suite:Matthieu, Chapitre 7
Notes:
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Notes sur la partie

12 c) Cette maxime de conduite était bien connue de l’Antiquité, notamment dans le judaïsme cf. Tb 4.15 ; lettre d’Aristée, Targum de Lv 19.18, Hillel, Philon, etc., mais sous forme négative ne pas faire à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’il nous fasse. Jésus, et après lui les écrits chrétiens, donnent à cette maxime un tour positif, qui est bien plus exigeant.


Les grandes lignes de la vie de Jésus que nous rencontrons chez saint Marc se retrouvent dans l’évangile de saint Matthieu, mais l’accent est mis de façon différente. Le plan d’abord est autre. Récits et discours alternent : 1-4, récit : enfance et début du ministère ; 5-7, discours : sermon sur la montagne (béatitudes, entrée dans le Royaume) ; 8-9, récit : dix miracles montrant l’autorité de Jésus, invitation aux disciples ; 10 : discours missionnaire ; 11-12, récit : Jésus rejeté par « cette génération »; 13, discours : sept paraboles sur le Royaume ; 14-17, récit : Jésus reconnu par les disciples ; 18, discours : la vie communautaire dans l’Église ; 9-22, récit : autorité de Jésus, dernière invitation ; 23-25, discours apocalyptique : malheurs, venue du Royaume ; 26-28, récit : mort et résurrection. On remarquera la correspondance des récits (nativité et vie nouvelle, autorité et invitation, refus et reconnaissance), et le rapport entre le premier et le cinquième discours, et entre le deuxième et le quatrième ; le troisième discours forme le centre de la composition. Comme par ailleurs Matthieu reproduit beaucoup plus complètement que Marc l’enseignement de Jésus (qu’il a en grande partie en commun avec Luc) et insiste sur le thème du « Royaume des Cieux », 3.2 ; 4.17, on peut caractériser son évangile comme une instruction narrative sur la venue du Royaume des Cieux.

Ce Royaume de Dieu (= des Cieux), qui doit rétablir parmi les hommes l’autorité souveraine de Dieu comme Roi enfin reconnu, servi et aimé, avait été préparé et annoncé par l’Ancienne Alliance. Aussi Matthieu, écrivant pour une communauté de chrétiens venus du judaïsme et sans doute discutant avec les rabbins, s’attache-t-il particulièrement à montrer dans la personne et l’œuvre de Jésus l’accomplissement des Écritures. À chaque tournant de son œuvre, il se réfère à l’AT pour prouver comment la Loi et les Prophètes sont « accomplis », c’est-à-dire non seulement réalisés dans leur attente, mais encore menés à une perfection qui les couronne et les dépasse. Il le fait pour la personne de Jésus, confirmant de textes scripturaires sa race davidique, 1.1-17, sa naissance d’une vierge, 1.23, à Bethléem, 2.6, son séjour en Égypte, son établissement à Capharnaüm, 4.14-16, son entrée messianique à Jérusalem, 21.5, 16 ; il le fait pour son œuvre, de guérisons miraculeuses, 11.4-5, d’enseignement qui « accomplit » la Loi, 5.17, en lui donnant une interprétation nouvelle et plus intérieure, 5.21-48 ; 19.3-9, 16-21. Et il ne souligne pas moins fortement comment l’humilité de cette personne et l’échec apparent de cette œuvre se trouvent aussi accomplir les Écritures : le massacre des Innocents, 2.17s, l’enfance cachée de Nazareth, 2.23, la mansuétude compatissante du « Serviteur », 12.17-21 ; cf. 8.17 ; 11.29 ; 12.7, l’abandon des disciples, 26.31, le prix dérisoire de la trahison, 27.9-10, l’arrestation, 26.54, l’ensevelissement durant trois jours, 12.40, tout cela était le dessein de Dieu annoncé par l’Écriture. Et de même l’incrédulité des foules, 13.13-15, et surtout des disciples des pharisiens, attachés à leurs traditions humaines, 15.7-9 et auxquels ne peut être donné qu’un enseignement mystérieux en paraboles, 13.14-15, 35, ceci encore était annoncé par les Écritures. Sans doute les autres synoptiques utilisent-ils aussi cet argument scripturaire, mais Matthieu le renforce notablement, au point d’en faire un trait marquant de son évangile. Ceci, joint à la construction systématique de son exposé, fait de son ouvrage la charte de l’économie nouvelle qui accomplit les desseins de Dieu dans le Christ.

Pour Matthieu Jésus est le Fils de Dieu et Emmanuel, Dieu avec nous dès le début. À la fin de l’évangile, Jésus en tant que Fils de l’homme est doté de toute autorité divine sur le Royaume de Dieu, aux cieux comme sur la terre. Le titre Fils de Dieu revient aux moments décisifs du récit : le baptême, 3.17 ; la confession de Pierre, 16.16 ; la transfiguration, 17.5 ; le procès de Jésus et sa crucifixion, 26.63 ; 27.40, 43, 54. Lié à ce titre-là, on trouve celui de Fils de David (dix fois, ainsi 9.27), en vertu duquel Jésus est le nouveau Salomon, guérisseur et sage. En effet Jésus parle comme la Sagesse incarnée, 11.25-30 et 23.37-39. Le titre Fils de l’homme, qui parcourt l’évangile, culminant à la dernière scène majestueuse, 28.18-20, vient de Dn 7.13-14, où il se trouve en rapport étroit avec le thème du Royaume.

L’annonce de la venue du Royaume entraîne une conduite humaine qui dans Matthieu s’exprime surtout par la poursuite de la justice et l’obéissance à la Loi. La justice, thème préféré de Matthieu (3.15 ; 5.6, 10, 20 ; 6.1, 33 ; 21.32), est ici la réponse humaine d’obéissance à la volonté du Père, plutôt que le don divin du pardon qu’elle est pour saint Paul. La validité de la Loi (Torah) mosaïque est affirmée, 5.17-20, mais son développement par les pharisiens est rejeté en faveur de son interprétation par Jésus, qui insiste surtout sur les préceptes éthiques, sur le Décalogue et sur les grands commandements de l’amour de Dieu et du prochain, et qui parle d’autres sujets (le divorce, 5.31-32 ; 19.1-10) dans la mesure où ils revêtent un aspect moral.

Parmi les évangélistes Matthieu se distingue aussi par son intérêt explicite pour l’Église, 16.18 ; 18.18 (deux fois). Il cherche à donner à la communauté des croyants des principes de conduite et des chefs autorisés. Ces principes sont évoqués dans les grands discours, surtout au chap. 18 qui contient des principes en vue de prendre des décisions et de résoudre des conflits : la sollicitude pour la brebis égarée et pour les petits, le pardon et l’humilité. Matthieu n’a pas le triple ministère des évêques, des presbytres et des diacres, mais il mentionne les sages ou les chefs instruits, et en particulier les apôtres, avec Pierre à leur tête, 10.2, qui participent à l’autorité de Jésus lui-même, 10.40 ; 9.8 ; il mentionne aussi les prophètes, les scribes, les sages, 10.41 ; 13.52 ; 23.34. Comme juge de dernière instance il y a Pierre, 16.19. Puisque le pouvoir, bien que nécessaire, est dangereux, les chefs ont besoin de l’humilité, 18.1-9. Matthieu ne se fait aucune illusion au sujet de l’Église. N’importe qui peut échouer (même Pierre, 26.69-75) ; les prophètes peuvent dire le faux, 7.15 ; dans l’Église saints et pécheurs sont mélangés jusqu’au dernier tri, 13.36-43 ; 22.11-14 ; 25. Néanmoins, les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle, 16.18, et elle est envoyée en mission au monde entier, 28.18-20. Le style de vie apostolique ou missionnaire est décrit en 9.36-11.1. Tout l’évangile est encadré par le formulaire selon lequel Dieu est uni avec son peuple par Jésus Christ, Mt 1.23 ; 28.18-20. Les rejetés de l’ancien Israël, 21.31-32, unis aux païens convertis, deviennent de nouveau le peuple de Dieu, 21.43. On comprend que cet évangile si complet et si bien organisé, rédigé dans une langue moins savoureuse mais plus correcte que celle de Marc, ait été reçu et utilisé par l’Église naissante avec une faveur marquée.

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