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La Bible en cinq ans pour le 22 février 2022

La Bible de Jérusalem (fr)

2 Samuel, Chapitre 15

IV. David> 1 Les intrigues d’Absalom., 7 Révolte d’Absalom., 13 Fuite de David., 24 Le sort de l’arche., 30 David s’assure le concours de Hushaï.
Il arriva après cela qu’Absalom se procura un char et des chevaux, et cinquante hommes couraient devant lui.
Levé de bonne heure, Absalom se tenait au bord du chemin qui mène à la porte, et chaque fois qu’un homme, ayant un procès, devait venir au tribunal du roi, Absalom l’interpellait et lui demandait : « De quelle ville es-tu ? » Il répondait : « Ton serviteur est de l’une des tribus d’Israël. »
Alors Absalom lui disait : « Vois ! Ta cause est bonne et juste, mais tu n’auras personne qui t’écoute de la part du roi. »
Absalom continuait : « Ah ! qui m’établira juge dans le pays ? Tous ceux qui ont un procès et un jugement viendraient à moi et je leur rendrais justice ! »
Et lorsque quelqu’un s’approchait pour se prosterner devant lui, il tendait la main, l’attirait à lui et l’embrassait.
Absalom agissait de la sorte envers tous les Israélites qui en appelaient au tribunal du roi et Absalom captait le cœur des gens d’Israël.
Au bout de quatre ans, Absalom dit au roi : « Permets que j’aille m’acquitter à Hébron du vœu que j’ai fait à Yahvé.
Car, lorsque j’étais à Geshur en Aram, ton serviteur a fait ce vœu : Si Yahvé me ramène à Jérusalem, je rendrai un culte à Yahvé. »
Le roi lui dit : « Va en paix. » Il se mit donc en route et alla à Hébron.
10 Absalom envoya des émissaires à toutes les tribus d’Israël pour dire : « Quand vous entendrez le son du cor, vous pourrez dire : Absalom est devenu roi à Hébron. »
11 Avec Absalom étaient partis deux cents hommes de Jérusalem ; c’étaient des invités qui étaient venus en toute innocence, n’étant au courant de rien.
12 Absalom chargea d’une mission Ahitophel le Gilonite, conseiller de David, à partir de sa ville de Giloh, alors qu’il offrait des sacrifices. La conjuration devint puissante et, autour d’Absalom, la foule des partisans allait en augmentant.
13 Un informateur vint dire à David : « Le cœur des gens d’Israël est tourné vers Absalom. »
14 Alors David dit à tous ses serviteurs qui étaient avec lui à Jérusalem : « En route, et fuyons ! Autrement nous n’échapperons pas à Absalom. Hâtez-vous de partir ; sinon il pourrait foncer, nous rattraper, nous infliger le pire et frapper la ville au fil de l’épée. »
15 Les serviteurs du roi lui dirent : « Quelque choix que fasse Monseigneur le roi, tes serviteurs sont là. »
16 Le roi sortit à pied avec toute sa famille ; cependant le roi laissa dix concubines pour garder le palais.
17 Le roi sortit à pied avec tout le peuple et ils s’arrêtèrent à la dernière maison.
18 Tous ses serviteurs défilaient près de lui. Tous les Kérétiens, tous les Pelétiens, tous les Gittites, six cents hommes venus de Gat à sa suite, défilaient devant le roi.
19 Le roi dit à Ittaï le Gittite : « Pourquoi viens-tu aussi avec nous ? Retourne et demeure avec le roi, car tu es un étranger, tu es même exilé de ton pays.
20 Tu es arrivé d’hier, et aujourd’hui je te ferais errer avec nous, quand je m’en vais à l’aventure ! Retourne et remmène tes frères avec toi, et que Yahvé te témoigne miséricorde et bonté. »
21 Mais Ittaï répondit au roi : « Par la vie de Yahvé et par la vie de Monseigneur le roi, partout où sera Monseigneur le roi, pour la mort et pour la vie, là aussi sera ton serviteur. »
22 David dit alors à Ittaï : « Va et passe. » Et Ittaï le Gittite passa avec tous ses hommes et toute sa smala.
23 Tout le monde pleurait à grands sanglots et le roi défilait dans le torrent du Cédron, et tout le peuple défilait face au chemin qui longe le désert.
24 Et voici qu’arrivèrent aussi Sadoq et tous les lévites portant l’arche de l’alliance de Dieu. On déposa l’arche de Dieu, et Ébyatar était là, jusqu’à ce que tout le peuple eût fini de défiler hors de la ville.
25 Le roi dit à Sadoq : « Rapporte en ville l’arche de Dieu. Si je trouve grâce aux yeux de Yahvé, il me ramènera et me permettra de le revoir ainsi que sa demeure,
26 et s’il dit : « Tu me déplais », me voici : qu’il me fasse comme bon lui semble. »
27 Le roi dit au prêtre Sadoq : « Vois-tu la situation ? Retourne en paix à la ville. Ton fils Ahimaaç et Yehonatân, le fils d’Ébyatar, vos deux fils sont avec vous.
28 Voyez, moi je m’attarderai dans les passes du désert jusqu’à ce que vienne un mot de vous qui m’apporte des nouvelles. »
29 Sadoq et Ébyatar ramenèrent donc l’arche de Dieu à Jérusalem et ils y demeurèrent.
30 David montait par la Montée des Oliviers, il montait en pleurant, la tête voilée et les pieds nus, et tout le peuple qui l’accompagnait avait la tête voilée et montait en pleurant.
31 On avertit alors David qu’Ahitophel était parmi les conjurés avec Absalom, et David dit : « Rends fous, Yahvé, les conseils d’Ahitophel ! »
32 Comme David arrivait au sommet, là où l’on se prosterne devant Dieu, il vit venir à sa rencontre Hushaï l’Arkite, la tunique déchirée et de la terre sur la tête.
33 David lui dit : « Si tu pars avec moi, tu me seras à charge.
34 Mais si tu retournes en ville et si tu dis à Absalom : « Je serai ton serviteur, Monseigneur le roi ; auparavant je servais ton père, maintenant je te servirai », alors tu déjoueras à mon profit les conseils d’Ahitophel.
35 Sadoq et Ébyatar, les prêtres, ne seront-ils pas avec toi ? Tout ce que tu entendras du palais, tu le rapporteras aux prêtres Sadoq et Ébyatar.
36 Il y a avec eux leurs deux fils, Ahimaaç pour Sadoq, et Yehonatân pour Ébyatar : vous me communiquerez par leur intermédiaire tout ce que vous aurez appris. »
37 Hushaï, le familier de David, rentra en ville au moment où Absalom arrivait à Jérusalem.
Lire la suite:2 Samuel, Chapitre 16
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

2 i) Sans doute ici les tribus du Nord par opposition à Juda. Absalom exploite l’opposition latente des deux groupes qui composaient la nation, voir 19.42s.


7 j) « quatre » grec luc. ; « quarante » hébr.


7 k) Après avoir travaillé le Nord, Absalom cherche des appuis dans le Sud : Hébron, la première capitale, 2.1s, pouvait avoir gardé rancune à David de lui avoir préféré Jérusalem.


14 l) David ne croit pas tout perdu, puisqu’il laisse dans la place des partisans, vv. 27s et 34s. Mais, pris entre les révoltés du Nord et ceux du Sud, il opère une retraite stratégique.


20 m) « et que Yahvé te témoigne » grec ; omis par hébr.


24 n) La mention du prêtre Ébyatar à cet endroit est curieuse, car en 15.27-29 ; 19.12 il est cité à côté de Sadoq. L’entrée des lévites comme porteurs de l’arche a pu entraîner un déplacement d’Ébyatar à l’intérieur du v.


30 o) Coutumes de deuil, 19.5 ; Ez 24.17, devenues marques de douleur, Jr 14.3s ; Est 6.12 ; Mi 1.8.


31 p) « On avertit alors David » grec ; « David avertit » hébr.


32 q) Peut-être le sanctuaire de Nob, 1 S 21.2. — Après « hushai l’arkite », grec ajoute « le familier de David », cf. v. 37.


34 r) « Monseigneur » conj. ; « moi » hébr.


Les livres de Samuel ne formaient qu’un seul ouvrage dans la Bible hébraïque. La division en deux livres remonte à la traduction grecque, qui a également joint Samuel et Rois sous un même titre : les quatre livres des Règnes ; la Vulgate les appelle les quatre livres des Rois. Le Samuel hébreu correspond aux deux premiers. Ce titre provient de la tradition qui attribuait au prophète Samuel la composition de cet écrit.

Le texte est l’un des plus mal conservés de l’Ancien Testament. La traduction grecque des Septante donne un texte assez souvent différent, qui remonte à un prototype dont les grottes de Qumrân ont livré d’importants fragments. Il existait donc plusieurs recensions hébraïques des livres de Samuel.

On y distingue cinq parties : a) Samuel, 1 S 1-7 ; b) Samuel et Saül, 1 S 8-15 ; c) Saül et David, 1 S 16 à 2 S 1 ; d) David, 2 S 2-20 ; e) suppléments, 2 S 21-24.

L’ouvrage combine ou juxtapose des sources et des traditions diverses sur les débuts de la période monarchique. Il y a une histoire de l’arche et de sa captivité chez les Philistins, 1 S 4-6, où Samuel ne paraît pas et qui se continuera dans 2 S 6. Elle est encadrée par un récit de l’enfance de Samuel, 1 S 1-3, et par un récit qui présente Samuel comme le dernier des Juges et anticipe la libération du joug philistin, 7. Samuel joue un rôle essentiel dans l’histoire de l’institution de la royauté, 1 S 8-12, où l’on a distingué depuis longtemps deux groupes de traditions : 1 S 9 ; 10.1-16 ; 11 d’une part et 1 S 8 ; 10.17-24 ; 12 d’autre part. On a appelé le premier groupe une version « monarchiste » de l’événement et le second, une version « anti-monarchiste »; cette dernière serait postérieure. En fait, les deux traditions sont anciennes et représentent seulement des tendances différentes ; de plus, le second courant n’est pas si « anti-monarchiste » qu’on le dit, il est seulement opposé à une royauté qui ne respecterait pas les droits de Dieu. Les guerres de Saül contre les Philistins sont racontées dans 13-14, avec une première version du rejet de Saül, 13.7b-15a ; une seconde version de ce rejet est donnée dans 15, en liaison avec une guerre contre les Amalécites. Ce rejet prépare l’onction de David par Samuel, 1 S 16.1-13. Sur les débuts de David et ses démêlés avec Saül, des traditions parallèles et, semble-t-il, également anciennes ont été recueillies dans 1 S 16.142 S 1, où les doublets sont fréquents. La fin de cette histoire se trouve dans 2 S 2-5 : la royauté de David à Hébron, la guerre philistine et la prise de Jérusalem assurent la confirmation de David comme roi sur tout Israël, 2 S 5.12. Le chap. 6 reprend l’histoire de l’arche ; la prophétie de Natân, 7, est ancienne mais a été remaniée ; le chap. 8 est un sommaire rédactionnel. À partir de 2 S 9 commence un long récit qui ne s’achèvera qu’au début des Rois, 1 R 1-2. C’est l’histoire de la famille de David et des luttes autour de la succession au trône, écrite dans la première moitié du règne de Salomon peut-être en utilisant des témoignages directs. Elle est interrompue par 2 S 21-24, qui rassemble des pièces d’origine diverse sur le règne de David.

En dehors de la grande histoire de 2 S 9-20, il est possible que d’autres ensembles aient été constitués dès les premiers siècles de la monarchie : un premier cycle de Samuel, deux histoires de Saül et de David. Il se peut aussi que ces ensembles aient déjà été combinés aux environs de l’an 700, mais les livres ne reçurent leur forme définitive que dans la grande histoire deutéronomiste. Cependant l’influence du Deutéronome est ici beaucoup moins apparente que dans Juges et Rois. On la décèle en particulier dans les premiers chapitres de l’ouvrage, notamment 1 S 2.22-36 ; 7 et 12, peut-être dans un remaniement de la prophétie de Natân, 2 S 7, mais le récit de 2 S 9-20 a été conservé à peu près sans retouche.

Les livres de Samuel couvrent la période qui va des origines de la monarchie israélite à la fin du règne de David. L’expansion des Philistins – la bataille d’Apheq, 1 S 4, se situe vers 1050 – mettait en danger l’existence même d’Israël et imposa la monarchie. Saül, vers 1030, débute comme un continuateur des Juges, mais sa reconnaissance par toutes les tribus lui confère une autorité générale et permanente : la royauté est née. La guerre de libération commence et les Philistins sont rejetés chez eux, 1 S 14 ; les rencontres ultérieures se font en bordure du territoire israélite, 1 S 17 (Vallée du Térébinthe), 28 et 31 (Gelboé). Ce dernier combat tourne au désastre et Saül y meurt, vers 1010. L’unité nationale est à nouveau compromise, David est sacré roi à Hébron par les Judéens, et les tribus du Nord lui opposent Ishbaal, descendant de Saül, réfugié en Transjordanie. Cependant, le meurtre d’Ishbaal rend l’union possible et David est reconnu comme roi par Israël.

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