Le passage d'aujourd'hui est consacré à ce à quoi il ne nous est d'ordinaire pas du tout joyeux de penser et qu'il n'est nullement agréable de rappeler...
Le passage d'aujourd'hui est consacré à ce à quoi il ne nous est d'ordinaire pas du tout joyeux de penser et qu'il n'est nullement agréable de rappeler: la faiblesse humaine. Car la prière de Jésus à Gethsémani a révélé non seulement les souffrances de l'âme de Jésus lui-même, mais aussi la faiblesse de ses disciples, qui se sont trouvés tout à fait incapables de le soutenir (v. 33-41). Il est remarquable qu'à la fin ils se soient tous dispersés (v. 50-52), alors que tout récemment encore ils exprimaient unanimement leur disposition à mourir avec leur Maître (v. 27-31).
Bien sûr, le plus simple serait d'expliquer tout cela par l'emportement et peut-être par un maximalisme juvénile, qui trahit souvent celui qui en est possédé au moment le plus inopportun. Mais parmi les apôtres il y avait des hommes d'âges et de tempéraments divers, et beaucoup d'entre eux n'étaient déjà plus des garçons. De toute évidence, la résolution exprimée par les apôtres de suivre Jésus, si nécessaire jusqu'à la mort, n'était pas le fruit des seules émotions. Et pourtant, au moment où le Maître avait tant besoin de soutien, les disciples, même les plus proches, n'ont pas tenu et se sont endormis.
Mais à quoi n'ont-ils pas résisté? À la tension de l'attente? À une nuit sans sommeil? Sans doute aussi à cela. Mais il y avait autre chose: ici, au jardin de Gethsémani, ils ont vu pour la première fois leur Maître ainsi: souffrant, épuisé par l'angoisse, suppliant le Père d'avoir pitié, demandant que la coupe préparée pour lui s'éloigne de lui d'une manière ou d'une autre, par quelque miracle invraisemblable. Ils avaient toujours et partout vu le Maître fort; et soudain, de façon tout à fait inattendue, ils le virent faible. Ils étaient habitués à toujours espérer en lui, à s'appuyer sur lui dans toutes les vicissitudes qui leur étaient arrivées jusque-là; et voilà que maintenant le Maître lui-même leur demande de l'aide et cherche auprès d'eux un appui.
À cela les apôtres n'étaient manifestement pas préparés. Ils étaient certes prêts à mourir près de lui, mais ils pensaient sans doute que ce serait une mort héroïque dans la lutte pour le triomphe de ce Royaume dont le Maître avait tant et si souvent parlé, et non une perte absurde dans une guerre qui n'avait même pas encore commencé. Il n'est pas étonnant que la seule réaction de l'un des disciples à l'apparition de ceux qui venaient arrêter Jésus ait été un coup d'épée (v. 47): s'il faut périr, que ce soit tout de même au combat. Et lorsqu'il s'avéra qu'il n'y aurait pas de combat, tous se dispersèrent aussitôt, ne voyant plus de sens à rester là, sur le lieu de ce qui leur semblait alors une catastrophe totale et définitive.
Et c'est maintenant, lorsque les apôtres se dispersent, que devient compréhensible la raison pour laquelle aucun des trois n'a pu tenir sans s'endormir pendant la prière du Maître: ils ont évidemment compris, pas moins que Jésus lui-même, que ce qui les attendait n'était pas du tout ce qu'ils avaient attendu. C'était impossible à supporter, et, comme il arrive souvent en de telles minutes, leur conscience s'est simplement éteinte, incapable de soutenir la tension. Les apôtres ont peut-être même fui d'une manière tout à fait inattendue pour eux-mêmes, comme cela arrive parfois à un homme en état de choc, lorsqu'il ne sait tout simplement pas comment réagir à une situation survenue de façon absolument inattendue.
Et nous avons ici devant nous un exemple très instructif, qui révèle la cause principale de toute faiblesse humaine: l'absence de préparation spirituelle à accepter la situation telle qu'elle est. En règle générale, nous sommes prêts à ce que nous attendons, et tout à fait démunis devant l'inattendu. Or la disponibilité à l'inattendu suppose précisément une préparation spirituelle, et non seulement psychologique. À ce que nous attendons, nous nous préparons d'avance: nous élaborons des modèles de conduite possibles, nous préparons des réponses aux questions possibles. Parfois cela fonctionne, mais il importe de se souvenir que notre psychisme est une partie de la nature au même titre que notre corps. Et notre «moi» spirituel, le centre véritable de notre personnalité, ce que la Bible appelle le coeur, se manifeste lorsque toutes les préparations domestiques, tous les plans et toutes les attentes se révèlent inconsistants et inutiles.
Et c'est ici que commence pour nous l'essentiel: car ce n'est que lorsque la décision est prise par notre «moi» spirituel qu'elle peut être juste dans n'importe quelle situation, même la plus inattendue. Alors deviennent impossibles les situations de trahison «accidentelle» et de perfidie irréfléchie, «automatique».