Le serment, en tout temps et chez tous les peuples, liait l'homme qui devait l'accomplir, faute de quoi retombaient sur sa tête des conséquences qu'il aurait à regretter. Ce n'est pas par hasard que les anciens (y compris les yahvistes) juraient par les noms de leurs dieux ; et dans le yahvisme aussi il était d'usage de jurer par le nom de Dieu, le nom de Yahvé. Ainsi l'homme appelait comme témoins et garants de sa promesse ceux qu'il était soit tout simplement impossible de tromper, soit, au minimum, mortellement dangereux de tromper.
Cependant, une question légitime se posait : toute promesse plaisait-elle à ceux qui devaient, selon l'intention de celui qui jurait, en garantir l'accomplissement ? Prenons, par exemple, le serment d'Hérode : lui aussi, très probablement, jura par le nom de Yahvé, en qui peut-être il ne croyait pas vraiment ; mais cela signifie-t-il que Yahvé soit réellement devenu le garant du serment d'Hérode ? La question est rhétorique : car jurer par le nom de n'importe lequel des dieux, à plus forte raison par celui de l'Unique, supposait une implication dans des relations profondes avec celui par le nom de qui l'on jurait. On ne peut pas dire cela d'Hérode et de Yahvé : leurs relations étaient des plus superficielles, si elles existaient seulement.
Il y avait en revanche autre chose : une fausse vanité, qui pousse parfois l'homme, par désir de paraître « fort », à faire ce qu'il regrettera très probablement ensuite amèrement. C'est ce qui arriva à Hérode. Il haïssait Jean et le craignait, mais en même temps le respectait involontairement, au point que, tout en le gardant en prison pour criminels particulièrement dangereux, Hérode venait néanmoins plus d'une fois parler avec lui. Il est peu douteux qu'il ne souhaitait pas la mort de Jean ; il voulait seulement que Jean se taise, que ses dénonciations des péchés et des crimes d'Hérode ne retentissent pas publiquement.
Cependant, les choses se passèrent autrement : un serment irréfléchi et le refus de « perdre la face » aux yeux de l'entourage firent d'Hérode un meurtrier. Certes, ce meurtre n'était ni le premier ni le dernier de sa vie, mais ici il s'agissait du meurtre d'un prophète, d'un homme de Dieu, qu'Hérode, de surcroît, ne voulait pas tuer. Ainsi l'amour-propre et les fausses notions de l'honneur prennent l'homme en captivité, le contraignant à faire ce qu'autrement il n'aurait jamais fait. Cas terrible, mais pour le monde déchu, hélas, tout à fait conforme à sa logique.
