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La Bible en cinq ans pour le 5 janvier 2022

La Bible de Jérusalem (fr)

1 Samuel, Chapitre 4

I. Samuel> 1 2. L’ARCHE CHEZ LES PHILISTINS, 1 Défaite des Israélites et capture de l’arche., 12 Mort d’Éli., 19 Mort de la femme de Pinhas.
1 La parole de Samuel s’adressait à tout Israël. Or Israël sortit à la rencontre des Philistins pour le combat. Ils campèrent près d’Ében-ha-Ézèr, tandis que les Philistins étaient campés à Apheq.
2 Les Philistins se rangèrent en ordre de bataille pour faire face à Israël. Le combat s’étendit et Israël fut battu devant les Philistins qui tuèrent lors de cette bataille en rase campagne environ quatre mille hommes.
3 Le peuple revint au camp et les anciens d’Israël dirent : « Pourquoi Yahvé nous a-t-il fait battre aujourd’hui par les Philistins ? Allons prendre à Silo l’arche de l’alliance de Yahvé, qu’elle vienne au milieu de nous et qu’elle nous sauve de la main de nos ennemis. »
4 Le peuple envoya des hommes à Silo et de là on emmena l’arche de l’alliance de Yahvé Sabaot qui siège sur les chérubins ; là se trouvaient les deux fils d’Éli, Hophni et Pinhas, avec l’arche de l’alliance de Dieu.
5 Dès que l’arche de l’alliance de Yahvé arriva au camp, tout Israël poussa une grande acclamation et la terre trembla.
6 Les Philistins entendirent le bruit de l’acclamation et dirent : « Que signifie cette grande acclamation au camp des Hébreux ? », et ils surent que l’arche de Yahvé était arrivée au camp.
7 Alors les Philistins eurent peur, car ils se disaient : « Dieu est venu au camp ! » Ils dirent : « Malheur à nous ! Car une chose pareille n’est pas arrivée auparavant.
8 Malheur à nous ! Qui nous délivrera de la main de ce Dieu puissant ? C’est lui qui a frappé l’Égypte de toutes sortes de plaies au désert.
9 Prenez courage et agissez en hommes, Philistins, pour n’être pas asservis aux Hébreux comme ils vous ont été asservis ; agissez en hommes et combattez ! »
10 Les Philistins livrèrent bataille et Israël fut battu, chacun s’enfuyant vers sa tente ; ce fut un très grand massacre et trente mille hommes de pied tombèrent du côté d’Israël.
11 L’arche de Dieu fut prise et les deux fils d’Éli moururent, Hophni et Pinhas.
12 Un homme de Benjamin courut hors des lignes et atteignit Silo le même jour, les vêtements déchirés et la tête couverte de poussière.
13 Lorsqu’il arriva, Éli était assis sur son siège, au bord de la route qu’il épiait, car son cœur tremblait pour l’arche de Dieu. Cet homme donc vint apporter la nouvelle à la ville, et toute la ville poussa des cris.
14 Éli entendit les cris et demanda : « Que signifie cette grande rumeur ? » L’homme se hâta et vint avertir Éli. —
15 Celui-ci avait quatre-vingt-dix-huit ans ; ses yeux étaient fixes et il ne pouvait plus voir. —
16 L’homme dit à Éli : « C’est moi qui arrive des lignes, je me suis enfui des lignes aujourd’hui », et celui-ci demanda : « Que s’est-il passé, mon fils ? »
17 Le messager répondit : « Israël a fui devant les Philistins, ce fut même une grande défaite pour le peuple ; tes deux fils sont morts, Hophni et Pinhas, et l’arche de Dieu a été prise ! »
18 À cette mention de l’arche de Dieu, Éli tomba de son siège à la renverse, contre un élément de la porte, sa nuque se brisa et il mourut, car l’homme était âgé et pesant. Il avait jugé Israël pendant quarante ans.
19 Or sa bru, la femme de Pinhas, était enceinte et sur le point d’accoucher. Dès qu’elle eut appris la nouvelle relative à la prise de l’arche de Dieu et à la mort de son beau-père et de son mari, elle s’accroupit et elle accoucha, car ses douleurs l’avaient assaillie.
20 Comme elle était à la mort, celles qui se tenaient près d’elle lui dirent : « Ne crains pas, car tu as enfanté un fils », mais elle ne répondit pas et n’y fit pas attention.
21 Elle appela l’enfant Ikabod, disant : « La gloire a été bannie d’Israël », à cause de la prise de l’arche de Dieu et à cause de son beau-père et de son mari.
22 Elle dit : « La gloire a été bannie d’Israël, parce que l’arche de Dieu a été prise. »
Lire la suite:1 Samuel, Chapitre 5
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 h) Cette histoire, 4-7, n’a avec la précédente que des liens accessoires, les mentions de Silo, d’Éli et de ses fils. Samuel apparaît au début (4.1) et à la fin de cet ensemble (7.2-17) comme dominant toute la période. L’arche (cf. Ex 25.10 et 2 S 6.7) est maintenant le sujet principal. Par son contenu, son cadre géographique et son humour à l’égard des Philistins, le récit s’apparente à l’histoire de Samson, Jg 13-16. D’abord indépendant, il a servi de préface à l’histoire monarchiste de l’institution de la royauté, 9-11, qui se poursuit avec la reprise des guerres philistines, 13-14. Pour avoir la suite de l’histoire de l’arche, il faut passer à 2 S 6, puis à 1 R 8.1-11.


1 i) Aujourd’hui Ros el-Aïn, à 25 km à l’ouest de Jérusalem.


3 j) Le mot « peuple » désigne ici l’ensemble des hommes armés qui font la guerre ; c’est souvent le cas dans les récits guerriers.


3 k) L’arche est le signe de la présence de Yahvé, v. 7, mais ce même v. indique qu’elle n’accompagnait l’armée qu’exceptionnellement, cf. Jos 6.6 ; 2 S 11.11.


4 l) Première mention de ce titre qui est en relation avec le sanctuaire de Silo, cf. 1.3. Les chérubins sont les sphinx ailés qui flanquaient les trônes divins ou royaux de l’ancienne Syrie. À Silo comme dans le Temple de Jérusalem, 1 R 8.6, les chérubins et l’arche sont le trône de Yahvé, le « siège » de la présence invisible.


5 m) Ce cri religieux et guerrier appartenait au rituel de l’arche, cf. Nb 10.5.


8 n) L’hébr. permettait de traduire « Qui nous délivrera de la main de ces dieux puissants ? Ce sont ces dieux qui ont frappé de toutes sortes de plaies au désert. » Le rédacteur considère alors les Philistins comme polythéistes, ce qui permet de comprendre un pluriel inhabituel.


18 o) Éli est improprement assimilé aux Juges d’Israël, cf. Jg 3.7. « Quarante ans » est un chiffre rond exprimant la durée d’une génération.


21 p) Ey-kabôd « où est la gloire ? » Cette gloire est celle de Yahvé qui trône sur l’arche.


Les livres de Samuel ne formaient qu’un seul ouvrage dans la Bible hébraïque. La division en deux livres remonte à la traduction grecque, qui a également joint Samuel et Rois sous un même titre : les quatre livres des Règnes ; la Vulgate les appelle les quatre livres des Rois. Le Samuel hébreu correspond aux deux premiers. Ce titre provient de la tradition qui attribuait au prophète Samuel la composition de cet écrit.

Le texte est l’un des plus mal conservés de l’Ancien Testament. La traduction grecque des Septante donne un texte assez souvent différent, qui remonte à un prototype dont les grottes de Qumrân ont livré d’importants fragments. Il existait donc plusieurs recensions hébraïques des livres de Samuel.

On y distingue cinq parties : a) Samuel, 1 S 1-7 ; b) Samuel et Saül, 1 S 8-15 ; c) Saül et David, 1 S 16 à 2 S 1 ; d) David, 2 S 2-20 ; e) suppléments, 2 S 21-24.

L’ouvrage combine ou juxtapose des sources et des traditions diverses sur les débuts de la période monarchique. Il y a une histoire de l’arche et de sa captivité chez les Philistins, 1 S 4-6, où Samuel ne paraît pas et qui se continuera dans 2 S 6. Elle est encadrée par un récit de l’enfance de Samuel, 1 S 1-3, et par un récit qui présente Samuel comme le dernier des Juges et anticipe la libération du joug philistin, 7. Samuel joue un rôle essentiel dans l’histoire de l’institution de la royauté, 1 S 8-12, où l’on a distingué depuis longtemps deux groupes de traditions : 1 S 9 ; 10.1-16 ; 11 d’une part et 1 S 8 ; 10.17-24 ; 12 d’autre part. On a appelé le premier groupe une version « monarchiste » de l’événement et le second, une version « anti-monarchiste »; cette dernière serait postérieure. En fait, les deux traditions sont anciennes et représentent seulement des tendances différentes ; de plus, le second courant n’est pas si « anti-monarchiste » qu’on le dit, il est seulement opposé à une royauté qui ne respecterait pas les droits de Dieu. Les guerres de Saül contre les Philistins sont racontées dans 13-14, avec une première version du rejet de Saül, 13.7b-15a ; une seconde version de ce rejet est donnée dans 15, en liaison avec une guerre contre les Amalécites. Ce rejet prépare l’onction de David par Samuel, 1 S 16.1-13. Sur les débuts de David et ses démêlés avec Saül, des traditions parallèles et, semble-t-il, également anciennes ont été recueillies dans 1 S 16.14 – 2 S 1, où les doublets sont fréquents. La fin de cette histoire se trouve dans 2 S 2-5 : la royauté de David à Hébron, la guerre philistine et la prise de Jérusalem assurent la confirmation de David comme roi sur tout Israël, 2 S 5.12. Le chap. 6 reprend l’histoire de l’arche ; la prophétie de Natân, 7, est ancienne mais a été remaniée ; le chap. 8 est un sommaire rédactionnel. À partir de 2 S 9 commence un long récit qui ne s’achèvera qu’au début des Rois, 1 R 1-2. C’est l’histoire de la famille de David et des luttes autour de la succession au trône, écrite dans la première moitié du règne de Salomon peut-être en utilisant des témoignages directs. Elle est interrompue par 2 S 21-24, qui rassemble des pièces d’origine diverse sur le règne de David.

En dehors de la grande histoire de 2 S 9-20, il est possible que d’autres ensembles aient été constitués dès les premiers siècles de la monarchie : un premier cycle de Samuel, deux histoires de Saül et de David. Il se peut aussi que ces ensembles aient déjà été combinés aux environs de l’an 700, mais les livres ne reçurent leur forme définitive que dans la grande histoire deutéronomiste. Cependant l’influence du Deutéronome est ici beaucoup moins apparente que dans Juges et Rois. On la décèle en particulier dans les premiers chapitres de l’ouvrage, notamment 1 S 2.22-36 ; 7 et 12, peut-être dans un remaniement de la prophétie de Natân, 2 S 7, mais le récit de 2 S 9-20 a été conservé à peu près sans retouche.

Les livres de Samuel couvrent la période qui va des origines de la monarchie israélite à la fin du règne de David. L’expansion des Philistins – la bataille d’Apheq, 1 S 4, se situe vers 1050 – mettait en danger l’existence même d’Israël et imposa la monarchie. Saül, vers 1030, débute comme un continuateur des Juges, mais sa reconnaissance par toutes les tribus lui confère une autorité générale et permanente : la royauté est née. La guerre de libération commence et les Philistins sont rejetés chez eux, 1 S 14 ; les rencontres ultérieures se font en bordure du territoire israélite, 1 S 17 (Vallée du Térébinthe), 28 et 31 (Gelboé). Ce dernier combat tourne au désastre et Saül y meurt, vers 1010. L’unité nationale est à nouveau compromise, David est sacré roi à Hébron par les Judéens, et les tribus du Nord lui opposent Ishbaal, descendant de Saül, réfugié en Transjordanie. Cependant, le meurtre d’Ishbaal rend l’union possible et David est reconnu comme roi par Israël.

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