Comment comprendre les paroles de Paul selon lesquelles le Messie est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ? Et pourquoi Paul se considère-t-il comme le premier des pécheurs ? La réponse la plus simple pourrait consister à dire que...
Comment comprendre les paroles de Paul selon lesquelles le Messie est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ? Et pourquoi Paul se considère-t-il comme le premier des pécheurs ? La réponse la plus simple pourrait consister à dire que les êtres humains sont pécheurs en général et que, s'il faut les sauver, il faudra par définition sauver des pécheurs, tout simplement parce qu'il n'y en a pas d'autres. Mais ce n'est peut-être qu'une partie de la réponse.
Une autre partie de cette réponse est peut-être suggérée par les paroles de Paul à son propre sujet, lorsqu'il se présente comme le premier des pécheurs. En effet, que signifie, au fond, le salut ? Manifestement, la libération de la domination du mal et du péché. Et comment peut-on s'en affranchir de façon certaine ? Seulement en entrant dans le Royaume. Mais c'est précisément le péché qui empêche l'homme d'y entrer. Manifestement, l'homme déchu doit commencer à participer à la vie du Royaume tout en s'opposant à son propre péché. Et, sans doute, plus l'homme s'approche de cette plénitude de la vie du Royaume à laquelle il est appelé, plus ce péché devient visible.
Non seulement Paul, mais aussi d'autres justes chrétiens se considéraient comme les plus grands des pécheurs, et ce n'était ni de l'autoflagellation ni de la pose. Il s'agit ici, sans doute, d'autre chose. Un jour, lors d'une réunion scientifique, on discutait de la possibilité de vols interstellaires à des vitesses subluminiques. Parmi d'autres problèmes, il en apparut un assez inattendu : il s'avéra que de tels vols pouvaient être empêchés par la matière interstellaire. Sa densité est infime ; du point de vue des vitesses auxquelles nous sommes habitués, on peut même considérer l'espace interstellaire comme vide : quelques atomes par kilomètre cube, c'est négligeable. Mais à des vitesses subluminiques, ils se « densifient » et deviennent, pour d'éventuels voyageurs, un mur infranchissable. Il en va de même du péché : une multitude de petits péchés, semblables à de la poussière, sont constamment présents dans notre vie, et tant que nous ne nous approchons pas du Royaume, nous ne les remarquons pas parce qu'ils ne nous gênent pas. Mais il suffit de faire un pas dans cette direction pour que ce qui était auparavant imperceptible devienne visible. L'intensité de la vie spirituelle augmente, et ce que nous ne remarquions même pas auparavant commence à nous gêner sérieusement. Et lorsque la vie spirituelle devient ce qu'elle doit être dans le Royaume, ces mêmes péchés, presque invisibles auparavant, deviennent un lourd fardeau qui détourne du but. Et seule l'aide du Sauveur permet de surmonter ce fardeau.
15 i) Cette formule est caractéristique des Pastorales, 3.1 ; 4.9 ; 2 Tm 2.11 ; Tt 3.8. Elle est une manière d’attirer l’attention, peut-être de souligner une allusion ou une citation que les lecteurs reconnaissent.
17 j) « incorruptible »; var. (Vulg.) « immortel ». — Cette doxologie solennelle est probablement d’origine liturgique. Dans les épîtres de Paul les doxologies sont fréquentes, Rm 16.27.
18 k) Comme en 4.14, Paul rappelle à Timothée l’intervention des « prophètes » au moment de son investiture apostolique. Ac 13.1-3 ; 11.27.
20 l) Peine d’exclusion qui devait permettre au coupable de s’amender, cf. 1 Co 5.5.
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.