Le passage d'aujourd'hui est parfois appelé par les commentateurs le « petit Apocalypse ». Ce nom est évidemment lié au fait que le récit de Jésus sur la fin des temps rapporté ici rappelle certaines descriptions de la « grande Apocalypse », le livre de l'Apocalypse de Jean. Et pourtant les différences entre eux ne sont pas moins nombreuses que les concordances...
Le passage d'aujourd'hui est parfois appelé par les commentateurs le « petit Apocalypse ». Ce nom est évidemment lié au fait que le récit de Jésus sur la fin des temps rapporté ici rappelle certaines descriptions de la « grande Apocalypse », le livre de l'Apocalypse de Jean. Et pourtant les différences entre eux ne sont pas moins nombreuses que les concordances. La principale tient au fait que Jésus parle à ses disciples d'événements qui se produiront encore du vivant de la première génération de chrétiens. Seule fait exception la fin du récit, qui décrit le retour du Christ dans la gloire (v. 29-31). Jésus la relie, à ce qu'on voit, aux événements de l'an 70 apr. J.-C., lorsque, à la suite de l'insurrection antirromaine soulevée par les zélotes, Jérusalem fut détruite par les Romains après un long siège, et qu'il fut interdit aux Juifs de s'installer en Judée (v. 15; par « l'abomination de la désolation » dont parle le livre de Daniel, Jésus entend manifestement la profanation et la destruction du Temple par les soldats romains lors de la prise de la ville).
Du reste, comme le rapporte l'historien Josèphe, témoin oculaire de ces événements, les chrétiens et les pharisiens quittèrent la ville avant même le début du siège; les chrétiens, à ce qu'il apparaît, suivaient dans ce cas l'indication directe de leur Maître (v. 16-20). Quant à ceux qui restèrent dans la ville, d'après les témoignages du même Josèphe, de lourdes calamités leur échurent réellement, celles dont Jésus avait averti ses disciples (v. 21). L'insurrection fut précédée d'une période d'attentes messianiques fiévreuses, où des prétendants au messianisme apparaissaient littéralement chaque jour. Ce n'est pas par hasard que Jésus jugea nécessaire de mettre ses disciples en garde contre l'attrait de tels faux messies (v. 23-25). Mais la bonne nouvelle du véritable Messie avait elle aussi retenti dans tout l'Empire romain avant l'an 70 (v. 14).
Ici surgit une question légitime: si le récit de Jésus parle d'événements survenus dans les premières décennies de l'histoire chrétienne, comment faut-il comprendre ses paroles sur la fin de l'histoire, qui devait venir après ces événements? Le récit de Jésus était si bien connu de la première génération chrétienne que ceux d'entre eux qui survécurent à la catastrophe de l'an 70 demeurèrent dans une perplexité complète: tout ce que le Maître avait prédit s'était accompli, et pourtant il ne revenait toujours pas. Or Jésus lui-même n'avait rien dit des délais: il avait seulement indiqué les événements de l'an 70 comme la fin de l'histoire terrestre. Tout ce qui suit se déploie manifestement déjà comme une part d'un autre processus, non déterminé par cette histoire.
Une autre histoire commence: l'histoire du Royaume qui entre dans le monde. Une histoire à laquelle chacun de nous devra participer d'une manière ou d'une autre. Et la nature exacte de cette participation ne dépend que de nous.