En parlant des relations entre chrétiens, Paul attire particulièrement l'attention sur la nécessité d'éviter les ambitions et la vaine gloire. Bien sûr, dans toute affaire, l'ambition et la vaine gloire font plus de mal que de bien. L'une comme l'autre peuvent pousser l'homme à l'activité et même parfois l'obliger...
En parlant des relations entre chrétiens, Paul attire particulièrement l'attention sur la nécessité d'éviter les ambitions et la vaine gloire. Bien sûr, dans toute affaire, l'ambition et la vaine gloire font plus de mal que de bien. L'une comme l'autre peuvent pousser l'homme à l'activité et même parfois l'amener à obtenir des résultats. Mais le bien apporté par un homme dans un tel état est d'ordinaire largement annulé par le déséquilibre que son ambition et sa vanité introduisent dans l'oeuvre commune et dans l'atmosphère de l'équipe.
Cependant l'apôtre n'a pas en vue seulement cet aspect du problème. Il s'agit aussi de l'état intérieur, spirituel, de l'homme.
Ce n'est pas un hasard si Paul mentionne ce que l'on traduit habituellement en russe par «humilité de pensée»: une intelligence qui s'est abaissée, qui est devenue petite et discrète. Et il ne s'agit pas ici du fait que l'apôtre serait contre la raison, ou que l'activité intellectuelle comme telle lui répugnerait. Il comprend simplement qu'aucune activité humaine ne peut être laissée à elle-même, y compris l'activité intellectuelle. Et lorsqu'il s'agit de disputes et de discussions, c'est précisément et tout particulièrement l'activité intellectuelle qui est concernée.
En effet, l'intelligence, comme toute faculté psychique de l'homme, est un phénomène purement naturel. Si l'on parle de la vie intérieure de l'homme, seule la volonté peut être considérée comme sa composante spirituelle. C'est précisément la volonté, l'intention, qui détermine l'état spirituel de l'homme et son activité spirituelle. L'intelligence, comme les sentiments, est liée à des processus psychiques purement naturels. Or la nature, on le sait, a horreur du vide, et toute substance naturelle remplit tout l'espace qui lui est accessible. Les émotions, l'imagination et les constructions intellectuelles, si on leur laisse libre cours, peuvent s'emparer entièrement du monde intérieur de l'homme. Alors tout ce qui se trouve au-delà de leurs frontières cesse d'avoir de l'importance: le prochain, le problème discuté comme tel, même la réalité elle-même.
L'appel à placer le prochain au-dessus de soi dans la discussion n'est qu'un moyen de limiter l'activité intellectuelle autosuffisante, de faire sortir la volonté de l'homme hors de ses frontières. Et il ne s'agit pas seulement du prochain, qu'il est facile de ne pas remarquer. Il s'agit aussi du fait qu'en se laissant emporter par son activité intérieure, on peut facilement ne pas remarquer la vie elle-même. Y compris la vie du Royaume. Et cela relève déjà du salut, qu'il est mortellement dangereux de négliger.
Philippes, ville importante de Macédoine et colonie romaine, avait été évangélisée par Paul lors de son deuxième voyage, entre l’automne 48 et l’été 49, Ac 16.12-40. Il y repassa à deux reprises au cours du troisième voyage, en hiver 54-55, Ac 20.1-2, et à Pâques 56, Ac 20.3-6. Les fidèles qu’il y gagna au Christ témoignèrent d’une affection touchante pour leur apôtre en lui envoyant des secours à Thessalonique, 4.16, puis à Corinthe, 2 Co 11.9. Et quand Paul leur écrit, c’est précisément pour les remercier de nouveaux subsides qu’il vient de recevoir par l’intermédiaire de leur délégué, Épaphrodite, 4.10-20 ; en agréant leur offrande, lui qui craignait d’ordinaire de paraître intéressé, Ac 18.3, il marque à leur égard une confiance toute particulière.
Paul est prisonnier au moment où il leur écrit, 1.7, 12-17, et l’on a longtemps pensé qu’il s’agissait de sa première captivité romaine. Cependant les échanges fréquents et apparemment très faciles que les Philippiens ont avec lui, et avec Épaphrodite alors près de lui, 2.25-30, surprennent s’il se trouve dans la lointaine Rome. Surtout on comprend mal, si Paul est à Rome (ou à la rigueur à Césarée de Palestine, autre lieu d’une captivité connue de nous), que leur envoi d’argent par Épaphrodite soit la première occasion qu’ils aient trouvée d’aider l’Apôtre depuis leurs charités du deuxième voyage, 4.10, 16, puisqu’il est repassé deux fois chez eux au cours du troisième voyage. Tout s’explique mieux si Paul écrit avant ces deux nouvelles visites, c’est-à-dire à Éphèse entre 52 et 54. Les allusions au « Prétoire », 1.13, et à la « maison de César », 4.22, ne font pas difficulté, car il y avait des détachements de prétoriens dans les grandes villes, en particulier à Éphèse, aussi bien qu’à Rome. Notre ignorance d’une captivité de Paul à Éphèse n’est pas non plus un obstacle insurmontable, car Luc nous a dit fort peu de choses sur ce séjour de presque trois ans, et Paul laisse entendre qu’il y rencontra de bien graves difficultés, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10.
Si l’on admet cette hypothèse, il faut dissocier Ph de Col, Ep, Phm et la rapprocher des « grandes épîtres », en particulier de 1 Co. Loin de s’y opposer, le style et la doctrine de l’épître favorisent plutôt ce rapprochement. Aussi bien cet écrit est-il peu doctrinal. C’est plutôt une effusion du cœur, un échange de nouvelles, une mise en garde contre les « mauvais ouvriers » qui ravagent ailleurs les travaux de l’Apôtre et pourraient bien s’attaquer aussi à ses chers Philippiens, enfin et surtout un appel à l’unité dans l’humilité qui nous vaut l’admirable passage sur les souffrances du Christ, 2.6-11 : que cette hymne rythmée soit citée par saint Paul ou qu’elle soit bien de lui, de toute façon elle apporte un témoignage de première valeur sur la foi primitive.
L’authenticité de Ph ne fait pas de doute mais son unité a été sérieusement mise en question. Pour beaucoup de critiques, ce pourrait être le résultat du regroupement de trois lettres. La division probablement la plus satisfaisante est la suivante : lettre A : 4.10-20 ; lettre B : 1.1–3.1, 4.2-9, 21-23 ; lettre C : 3.2 – 4.1. La lettre A, antérieure aux deux autres, aura été envoyée dès la réception du don apporté par Épaphrodite. La lettre C est probablement la dernière. C’est une brûlante polémique contre des missionnaires judéo-chrétiens dont il n’apparaît aucune trace dans la lettre B ; celle-ci est un appel serein à l’unité et à la persévérance, ainsi qu’au témoignage résolu à la vérité.