L'idée selon laquelle les tribulations, endurées par les chrétiens dans ce monde, deviennent dans le Royaume leur gloire, est déjà probablement devenue un lieu commun. Et pourtant: que veut dire l'apôtre, parlant des tribulations, qui dans «l’invisible», dont il faut seulement regarder et dont il faut uniquement avoir en vue...
L'idée selon laquelle les tribulations, endurées par les chrétiens dans ce monde, deviennent dans le Royaume leur gloire, est déjà probablement devenue un lieu commun. Et pourtant: que veut dire l'apôtre, parlant des tribulations, qui dans «l’invisible», dont il faut seulement regarder et dont il faut uniquement avoir en vue, se retournent en gloire? Ses mots ne signifient-ils que dans la vie éternelle, dans la plénitude du Royaume «personne n'est oublié, rien n'est oublié», et chaque exploit de la foi de chaque chrétien recevra dans sa nouvelle vie l'estimation digne? Probablement, et cela aussi. Mais seulement cela? Qu'est-ce que c'est, en réalité, cette gloire, dont écrit Paul? La grandeur, la célébrité ? Probablement, non tout de même.
Au moins, dans les livres bibliques de langue grecque ce mot correspond à celui juif, qui désigne la gloire, comme la présence de Dieu, cette présence rayonnante, qui accompagnait le peuple juif tout au long de son histoire, commençant par l’Exode. Et si nous parlons d’une telle gloire, alors il faut déjà parler non de la mémoire et même pas des récompenses, ici il ne s’agit pas de l'encouragement des héros, même ceux qui l'ont tout à fait mérité. Il faut parler ici de cette mesure de la plénitude de la présence de Dieu, qui est donnée à l’homme qui cherche le Royaume et se joint à lui.
Et alors il s’avère que ces persécutions et tribulations, qu’endure le chrétien pour sa foi et pour sa fidélité, ouvrent non seulement à lui-même la plénitude de la vie du Royaume, mais aussi le sanctifient, faisant un porteur vivant de cette présence de Dieu, qui pendant des siècles accompagnait le peuple de Dieu et qui pénètre le Royaume. Et le problème ici n’est pas dans le fait que les tribulations en elles-mêmes rapprochent l’homme du Royaume.
Le problème est en ce que le Sauveur Lui-même avait déjà parlé, rappelant l'inévitabilité des persécutions : ces persécutions sont une sorte de compas montrant que le persécuté n'a pas fait fausse route. Bien sûr, ces persécutions peuvent prendre de différentes formes, mais l'aversion par le monde déchu de ceux qui apportent à ce monde la présence de Dieu, était, est et sera, sinon le monde déchu cesserait d'être soi-même.
Viendra le temps, lorsque ça se passera ainsi, le jour du triomphe du Royaume, quand ses habitants et les porteurs de la gloire de Dieu deviendront dans le monde les siens. Mais pour cela le monde doit entièrement se transformer, sa nature elle-même doit devenir autre, transparente pour l'action du souffle de Dieu et lui obéissant entièrement. Mais pour le moment le conflit est inévitable, et «une légère tribulation» ouvre «une masse éternelle de gloire». «Légère» parce que tout ce qui est lié à la nature déchue du monde non transformé, est passager. «Masse éternelle» parce que le Royaume est pour toujours.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.