À en juger par le premier chapitre de la lettre de Paul, ses précédentes visites à l’Église de Corinthe ne furent pas du tout sans difficulté. Il ne nous reste qu’à deviner ce qu’il entend...
À en juger par le premier chapitre de la lettre de Paul, ses précédentes visites à l’Église de Corinthe ne furent pas du tout sans difficulté. Il ne nous reste qu’à deviner ce qu’il entend par les «tristesses» causées aux chrétiens de Corinthe lors de sa visite précédente. Une chose est claire: la conversation fut sérieuse et, très probablement, peu agréable.
Paul s’empresse néanmoins d’assurer aux frères de Corinthe que cela n’annule ni ne détruit en rien cette unité spirituelle qui les unit tous comme membres de l’unique Église du Christ. Il ne s’agit bien sûr pas d’une unité extérieure et formelle, mais d’une unité essentielle. L’apôtre l’exprime ainsi: au jour du Seigneur, c’est ainsi que les premiers chrétiens appelaient le jour du retour du Sauveur, nous, dit l’apôtre en son nom et au nom de ses compagnons, nous nous glorifierons devant Dieu de vous, et vous de nous.
Et il ne s’agit pas seulement du fait que Paul aurait réussi à faire des Corinthiens de bons chrétiens, qu’il pourrait présenter au Christ au jour de Son retour comme preuve de la réussite incontestable de son ministère terrestre. Il s’agit du fait que l’on ne peut se glorifier, au sens où l’apôtre emploie ce mot, que de ceux avec qui l’on demeure dans la plénitude de la communion. Dans l’unité spirituelle.
Et qu’en est-il de toutes les paroles, apparemment dures et peu agréables, que Paul a dites auparavant aux chrétiens de Corinthe? Manifestement, elles n’ont pas détruit l’unité mentionnée. Car il ne s’agit pas seulement des paroles; il s’agit aussi de la manière dont elles sont dites: avec amour ou avec haine. Avec le désir d’aider ou avec le désir de repousser, de s’affirmer, de triompher d’un adversaire terrassé.
Il s’agit de l’intention qui se tient derrière les paroles, intention positive ou négative, constructive ou destructrice. Et si les paroles sont dites avec amour, elles ne détruisent pas les relations et ne rompent pas l’unité spirituelle, bien qu’elles puissent causer non seulement de l’inconfort, mais aussi de la douleur. Sans amour, aucune parole, même la plus agréable, ne crée rien et n’établit aucune relation. Cela signifie que, pour le Royaume, elles sont inutiles: elles n’y parviennent tout simplement pas. Car le Royaume est le milieu de l’amour, et tout ce qui n’a pas de rapport avec l’amour demeure donc hors du Royaume. Avec toutes les conséquences qui en découlent.
12 g) Var. « sainteté ».
15 h) Var. « joie ».
16 i) Paul a donc modifié l’itinéraire qu’il projetait, 1 Co 16.5-6.
18 j) La fidélité de Dieu est avant tout sa « solidité ». Il est le rocher d’Israël, Dt 32.4, on peut prendre appui sur lui en toute sécurité. Cette solidité explique la constance dans ses desseins, la fidélité à ses promesses, Ps 89.1-9, 25s ; et, surtout dans le NT, la fidélité de Dieu à son dessein de miséricorde et de salut, 1 Co 1.9 ; 10.13 ; 1 Th 5.24 ; 2 Th 3.3.
19 k) Silvain est le disciple que les Actes nomment Silas.
19 l) La fidélité de Dieu à ses promesses, 1.18, s’est exprimée avec plénitude en Jésus Christ. Il serait donc contradictoire que Paul, pour qui l’annonce du Christ est l’unique raison d’être, démente son message par une attitude de duplicité.
20 m) Amen signifie « c’est solide, c’est digne de confiance »; c’est la réponse de la fidélité de l’homme à la fidélité de Dieu en Jésus Christ. Cf. Rm 1.25.
22 n) Ce sceau et cette onction désignent soit le don de l’Esprit accordé à tous les croyants (avec peut-être une allusion aux rites de l’initiation chrétienne), cf. Ep 1.13 ; 4.30 ; 1 Jn 2.20, 27, soit la consécration au ministère apostolique (« nous » étant opposé à « vous », v. 21) par un don spécial de l’Esprit faisant de l’apôtre le messager fidèle de la fidélité divine dans le Christ (vv. 17-20). Noter la formulation trinitaire des vv. 21-22.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.