L'un des interdits rituels juifs traditionnels, connu aussi bien dans la pratique religieuse yahviste que dans la pratique juive, est l'interdiction de manger de la viande avec le sang...
L'un des interdits rituels juifs traditionnels, connu aussi bien dans la pratique religieuse yahviste que dans la pratique juive, est l'interdiction de manger de la viande avec le sang. On pourrait se demander pourquoi interdire le sang alors que l'animal est déjà tué et destiné à être mangé. De toute façon, ce sang tombera à terre : on ne rendra pas la vie à l'animal tué. La réponse la plus simple pourrait consister à rappeler que l'homme n'a été autorisé à manger la chair des animaux qu'après la chute, lorsque fut conclue l'alliance avec Noé.
Le sang versé sur la terre rappelle en quelque sorte qu'il s'agit de quelque chose d'extraordinaire, de quelque chose qui, normalement, s'il n'y avait pas eu la chute, n'aurait pas dû exister du tout. Il existe aussi une explication plus profonde. Il s'agit du sang comme symbole et réceptacle de la vie.
Selon la représentation biblique, l'« âme », ou la vie, aussi bien de l'animal que de l'homme déchu, se trouve dans le sang et lui est précisément liée. Le sang est utilisé pendant le sacrifice pour la sanctification de l'homme, avec la chair sacrificielle, bien sûr ; mais le repas sacrificiel n'a pas lieu à chaque sacrifice, tandis que l'aspersion du sang a toujours lieu.
On ne peut offrir un sacrifice qu'auprès de la Demeure ; tout autre sacrifice est considéré comme païen. Cela se comprend : Dieu a indiqué le lieu de Sa présence là où Il l'a indiqué, et il n'appartient pas à l'homme de fixer les lieux de rencontre avec Lui. Il faut cependant manger partout, et non seulement là où se trouve la Demeure, et Dieu n'interdit pas à l'homme de manger de la viande là où il doit vivre.
Il en va autrement du sang : il appartient à Dieu, qu'il s'agisse du sang de l'animal ou de l'homme. Il n'est pas destiné à nourrir, il est destiné à la sanctification, et seulement à la sanctification. Le consommer comme nourriture, de la même manière que l'on consomme la viande, c'est porter atteinte au sanctuaire, à ce qui appartient et doit appartenir seulement à Dieu. Voilà pourquoi le Lévitique prescrit de verser le sang sur la terre : la terre appartient à Dieu, et ce qui y tombe retourne à Dieu. De même que toute vie doit retourner à Lui, vie dont le sang est devenu dans la Bible le symbole et le réceptacle.