Si l'on suit la logique du texte présenté dans le Livre de l'Exode et placé par son auteur dans la bouche de Moïse, la coutume de consacrer à Dieu tout premier-né et de racheter le premier-né humain remonte à cette...
Si l'on suit la logique du texte présenté dans le Livre de l'Exode et placé par son auteur dans la bouche de Moïse, la coutume de consacrer à Dieu tout premier-né et de racheter le premier-né humain remonte à cette célébration de la Pâque qui eut lieu à la veille de l'Exode. Il est difficile de dire à quel point cette coutume elle-même est ancienne ; il n'est pas exclu que Moïse ne l'institue pas, mais se contente de la rappeler comme quelque chose qui avait autrefois été connu et qui, en Égypte, avait été profondément oublié.
En tout cas, son lien avec la compréhension de la fête reflétée dans le Livre de l'Exode est évident. La Pâque elle-même y est comprise comme une fête de la vie, ou plutôt comme la fête du triomphe de la vie sur la mort. De la vie de Dieu, car c'est Dieu qui libère Son peuple de l'épée de l'ange de la mort qui frappa les maisons des Égyptiens. La vie appartient à Dieu, et à Lui seul : tel est le sens de la coutume que Moïse établit ou rétablit.
S'il en est ainsi, alors c'est clair : les premiers fruits, les premiers-nés du bétail, tout ce qui est premier appartient à Dieu. Non pas seulement pour que, comme on le pense habituellement, Il sanctifie ensuite ce qui suivra : les fruits qui naîtront après les prémices, ou le bétail né après le premier-né. Simplement, la vie doit revenir à sa source première. À Celui qui l'a donnée. La question est seulement de savoir que faire ici de l'homme. Pour les plantes et les animaux, c'est clair : ils sont créés par Dieu, comme le dit la Bible, « selon leur espèce », conformément au dessein divin qui leur correspond. Un prototype pour chaque genre, espèce, sous-espèce, et la vie d'un individu particulier n'est pas si importante.
D'autre part, on peut alors sanctifier d'un coup toute la portée en sanctifiant un seul animal sacrificiel : car chez les animaux d'un même genre, d'une même espèce, d'une même sous-espèce, et plus encore chez les individus d'un même troupeau, la vie est une pour tous. Il n'en va pas ainsi de l'homme : chacun y est unique. Les hommes, même appartenant à une même lignée ou à une même tribu, ne se sanctifient pas comme les animaux. De plus, la vie des hommes n'est pas une pour tous, chacun a la sienne. Que faire alors ? La solution est simple : l'homme est sanctifié de manière humaine, c'est-à-dire consciemment, comme il convient à l'homme d'être sanctifié par le sacrifice, au moyen du repas sacrificiel ; mais le nourrisson est sanctifié par ses parents. Ce sont eux qui laissent entrer Dieu dans leur vie et dans celle de leur enfant.
Chez les animaux d'une même espèce, il y a une seule âme pour tous : l'un est offert en sacrifice, et tous sont sanctifiés. Chez les hommes, les âmes sont différentes, mais chez les époux elles s'unissent en une seule, et l'âme de l'enfant entre dans le cercle de leur communion. Quand les parents laissent entrer Dieu dans leur vie commune, Il sanctifie non seulement leur vie, mais aussi celle de leur premier-né, dans l'unique espace de relations qui le relie à ses parents et les parents entre eux. Ainsi l'homme est sanctifié, en laissant entrer Dieu dans sa vie.