Il n'est pas étonnant que le fondement de la fête juive de Pessa'h (la Pâque vétérotestamentaire) soit devenu le sacrifice (v. 3-7), car dans l'Antiquité tous les peuples et toutes les tribus sans exception le percevaient comme une forme de communion avec les puissances supérieures, avec les dieux et les esprits. Et dans le yahvisme, dont l'histoire commence avec l'appel d'Abram et s'achève en 70 apr. J.-C. avec la destruction du Second Temple, le sacrifice est aussi devenu le fondement du culte, car là encore il était le principal moyen de communion avec Dieu. On considérait le repas sacrificiel comme un repas commun de Dieu et des hommes, que rien ne pouvait remplacer. Et ce que Dieu sanctifiait avant tout, c'était le sang sacrificiel : car le sang était tenu dans l'Antiquité pour le réceptacle du principe vital, que la Bible appelle souvent « âme » (Gn 9:4, 10, 12, 15). Ainsi, le principe de vie sanctifié par Dieu unissait l'homme à Dieu.
Mais Moïse parle au peuple d'autre chose : il parle du sang sanctifié qui délivre d'une mort autrement inévitable (v. 12-13). À première vue, cela peut paraître quelque peu étrange. Mais si l'on y réfléchit, nous avons en réalité devant nous un cas concret qui reflète l'état général des choses. Celui-ci consiste en ce que la vie en général, et la vie humaine en particulier, n'est pas un droit inaliénable, mais un don de Dieu, que l'homme n'a pas et ne peut pas avoir sans relation avec Dieu.
Dans le monde animal, où Dieu ne crée pas des individus isolés mais des espèces entières, de sorte que chaque animal est créé selon l'image propre à son espèce (« selon leur espèce », comme l'exprime le langage de l'Ancien Testament, Gn 1:24-25), la vie d'un individu particulier ne compte pour rien devant Dieu ; seule est précieuse l'espèce dont l'existence entre dans le dessein de Dieu sur le monde. Avec l'homme, créé non selon l'image de son espèce biologique mais selon l'image et la ressemblance de Dieu, la situation est différente, mais elle ne peut l'être que si la relation de l'homme avec Dieu n'est pas détruite. Si cette relation n'existe pas, l'homme se trouve devant Dieu dans la position de l'animal, n'étant plus que le représentant de son espèce biologique. Bien sûr, Dieu voit encore l'homme comme Son image et Sa ressemblance ; mais sans relation avec Dieu, cette image se déforme dans l'homme, et rien ne peut y être changé sans la volonté de l'homme, car si l'homme ne veut pas laisser Dieu entrer dans sa vie, Il n'y fera pas irruption de force. Alors l'homme est voué à la mort. Il y est voué comme représentant de son espèce, parce que selon les lois de la nature le plus fort survit, et la vie de chaque représentant concret de telle ou telle espèce biologique n'est en rien garantie par Dieu. Et il y est voué comme phénomène de la nature vivante, mortelle en tant que telle : il n'y avait apparemment pas d'animaux immortels dans le dessein de Dieu.
Ce n'est que dans le contexte de la relation avec Dieu que l'homme reçoit l'espérance de la vie. Pour l'instant, dans la nuit de la Pâque de l'Ancien Testament, l'espérance d'une vie temporelle. Le temps viendra où, dans une autre nuit, la nuit de la Pâque de la Nouvelle Alliance, il recevra l'espérance de la vie éternelle.
