Que veut dire l'apôtre lorsqu'il appelle ses compagnons dans la foi à « veiller sur eux-mêmes » afin de ne pas perdre la récompense promise ? De quelle perte est-il question...
Que veut dire l'apôtre lorsqu'il appelle ses compagnons dans la foi à « veiller sur eux-mêmes » afin de ne pas perdre la récompense promise ? De quelle perte est-il question ? Et sur quoi exactement faut-il veiller pour que tout soit en ordre ?
À en juger par le contexte de cette parole, on peut penser qu'il s'agit de doctrine, d'orthodoxie, qu'il faut préserver, sinon il y a un risque de perdre le Royaume et, avec lui, le salut. À première vue, un tel appel est tout à fait naturel : les représentants de tout enseignement religieux, et d'ailleurs de tout autre enseignement, se préoccupent toujours, à un degré ou à un autre, de la pureté de leurs propres rangs, y compris de la pureté, pour ainsi dire, de la vision du monde. Après tout, toute communauté religieuse a besoin d'adhérents capables de propager l'enseignement et d'attirer de nouveaux membres. Mais le christianisme n'est pas une religion ; il est la vie dans le Royaume apporté dans le monde par le Sauveur. Pour en être habitant, il faut la fidélité non à une idée, non à une doctrine et non à un credo, mais à Dieu et au Christ, à la Torah et à l'Évangile. C'est une question moins de convictions que de vie pratique, moins d'orthodoxie que d'orthopraxie.
Mais alors, quel rapport les questions de juste croyance ont-elles avec cela ? Peuvent-elles influencer cette vie même dans le Royaume qui constitue l'essence du christianisme ? Il est évident que si une telle influence est possible, elle ne l'est que sous un seul aspect : celui des relations qui lient un habitant du Royaume à Dieu, au Christ et aux prochains. Les relations de l'homme avec Dieu et les prochains sont décrites et réglées de façon exhaustive par la Torah ; le Décalogue leur suffit. Mais les relations avec Jésus dépendent à bien des égards de celui que voit en lui l'homme qui s'approche de lui. La question de Jésus, « Qui dit-on que je suis ? Et vous, qui dites-vous que je suis ? », s'adresse en réalité à chacun de nous. Et il faut y répondre chaque fois que l'on veut partager le repas avec lui lors de la fraction du pain dans l'assemblée ecclésiale.
Apparemment, déjà au temps de Jean, il y avait dans l'Église et autour d'elle beaucoup de gnostiques pour qui Jésus n'était jamais un Homme, et qui étaient prêts à voir en lui plutôt un ange ou quelque esprit supérieur. Le danger spirituel ne résidait pas ici dans la fausse croyance comme telle, mais dans le fait qu'une telle vision de Jésus rendait impossible la transformation de l'homme, et donc impossible la participation au Royaume, du moins dans cette vie. Alors la fraction du pain et l'existence même de l'Église perdaient leur sens : selon la définition d'un autre apôtre, elle ne pouvait en aucune manière être le « corps du Christ » dans un tel cas, et en toute autre qualité elle ne pouvait donner à l'homme rien que la Synagogue ne puisse lui donner.
L'orthodoxie n'a jamais été nécessaire à l'Église en elle-même ; en elle-même, elle pouvait n'être nécessaire qu'à des structures ecclésiastiques parasitant sur elle. Pour l'Église elle-même, en fait, elle n'a toujours été nécessaire que du point de vue de la question principale que Jésus posa un jour aux apôtres : qui dites-vous que je suis ? Car la possibilité même de la vie dans le Royaume dépend de la réponse à cette question. Et donc aussi la possibilité du salut.
8 f) Var. (Vulg.) « vos travaux ».
En plus de l’évangile, trois épîtres nous ont été conservées par la tradition sous le nom de Jean. Elles offrent avec l’évangile sous sa forme actuelle une telle parenté littéraire et doctrinale qu’il est difficile de ne pas les attribuer au même auteur, probablement ce « Jean l’Ancien » dont parlait Papias (cf. 2 Jn 1 ; 3 Jn 1). La troisième épître est vraisemblablement la première en date ; elle tend à régler un conflit d’autorité qui avait surgi dans une des Églises relevant de l’autorité de Jean. La deuxième épître met en garde une autre Église particulière contre la propagande de faux docteurs niant la réalité de l’Incarnation. Quant à la première épître, de beaucoup la plus importante, elle se présente plutôt comme une lettre encyclique destinée aux communautés d’Asie, menacées par les déchirements des premières hérésies. Jean y a condensé l’essentiel de son expérience religieuse ; partant de thèmes parallèles successifs (lumière, 1 Jn 1.5s ; justice, 1 Jn 2.29s ; amour, 1 Jn 4.7-8s ; vérité, 1 Jn 5.6s), il veut montrer le lien intime qui existe entre notre état d’enfants de Dieu et la rectitude de notre vie morale, considérée comme fidélité au double commandement de la foi en Jésus et de l’amour fraternel (1 Jn 3.23-24). C’est un des écrits du NT les plus marqués par la pensée qui s’exprime dans les écrits de la secte de Qumrân : le double dualisme « lumière-ténèbres » et « vérité-mensonge » (1 Jn 1.5-7 ; 2.9-11 ; 2.21-22) ; le discernement des « esprits » (2 Jn 4.1-6) qui se termine par l’opposition entre « esprit de vérité et esprit d’erreur », comme à Qumrân. Dans l’évangile, une telle influence qumranienne est limitée à de rares passages, spécialement 3.19-21.
1 Jn 2.18-21 fait état d’un schisme qui se serait produit dans les milieux « johanniques ». Face à des dissidents tentés par la gnose, pour qui seul le message du Fils de Dieu compte, l’épître rappelle que le Sauveur du monde (1 Jn 4.14) était aussi un homme de chair (1 Jn 4.2 ; 2 Jn 7) et de sang (1 Jn 1.7 ; 5.5-6), avec un nom bien humain, Jésus (1 Jn 1.7 ; 2.22 ; 4.3 ; 5.1, 5), et que le disciple doit suivre son exemple (1 Jn 2.6 ; 3.16-18 ; 4.11, 20). De fait, la première épître contient une des affirmations les plus bouleversantes de toute la Bible : « Dieu est Amour » (1 Jn 4.8, 16).