Les généalogies, les listes de filiation, sont l’un des genres les plus caractéristiques de la Bible. Dans chaque cas, ce genre a son sens et sa portée propres, même si les généalogies demeurent ce qu’elles sont : des listes de lignées de telle ou telle origine...
Les généalogies, les listes de filiation, sont l’un des genres les plus caractéristiques de la Bible. Dans chaque cas, ce genre a son sens et sa portée propres, même si les généalogies demeurent ce qu’elles sont : des listes de lignées de telle ou telle origine. Dans le cas présent, il s’agit de listes généalogiques dont l’origine est inconnue, et les noms qui y sont mentionnés ne disent rien à l’historien moderne. On peut seulement remarquer que des généalogies semblables existent chez différents peuples du Proche-Orient ancien : on les rencontre en Égypte, à Sumer et en Grèce.
Presque toujours, de telles généalogies se révèlent, à l’examen, à moitié mythiques ; cela se comprend, car à cette époque la mythologie ne se séparait pas encore de l’histoire, l’une passait doucement et souvent imperceptiblement dans l’autre. Il reste seulement à ajouter que le mythe du déluge était largement répandu dans l’Antiquité, et presque partout où ce mythe est présent, on trouve aussi des généalogies antédiluviennes : des listes de chefs de tribus ou de souverains de villes et d’États qui auraient vécu, si l’on en croit les rédacteurs de ces généalogies, avant le déluge. L’auteur sacré n’a très probablement pas composé lui-même les généalogies du livre de la Genèse, mais s’est servi de celles qui existaient déjà à son époque. Quant à leur origine et à leur auteur, il ne reste qu’à le conjecturer.
La durée de vie fantastiquement longue des personnes mentionnées dans les généalogies saute aux yeux, mais seulement si l’on parle réellement de personnes concrètes. En effet, dans l’Antiquité en général, et dans les généalogies anciennes en particulier, un nom pouvait désigner non seulement une personne concrète, mais aussi le clan dont cette personne était le fondateur, ou, s’il s’agissait de souverains, la dynastie dont il était devenu le fondateur.
Dans les généalogies citées, on voit qu’un même nom est d’ordinaire mentionné deux fois : une première fois, il est question de la naissance d’un certain héritier, et l’on mentionne alors généralement une durée de vie tout à fait normale et naturelle pour un homme ; une seconde fois, il est question de la naissance, par ce même homme, de « fils et de filles » en nombre que l’on ne peut que deviner, et c’est là précisément que la durée de vie du fondateur du clan est donnée comme tout à fait fantastique. Fantastique, si l’on pense qu’il s’agit d’un homme.
Mais si l’on admet que, dans le second cas, le nom de clan est mentionné précisément comme tel, qu’il désigne ici le clan et la durée d’existence du clan, et non un individu et la longueur de sa vie, alors tout commence à paraître beaucoup moins fantastique : la durée d’existence d’un clan peut parfaitement se mesurer en siècles.
Alors les généalogies prennent leur place dans le livre de la Genèse et dans cette histoire symbolique de l’humanité que contient le Prologue du livre : elles décrivent le peuplement de la terre par les hommes, elles le décrivent symboliquement, mais au fond avec une grande exactitude, car l’humanité s’est réellement répandue sur la terre par clans et par tribus. Les nations, les États, tout cela viendra plus tard, avec le temps. Après le déluge.