Comme on le voit, le témoignage au sujet du Royaume peut se retourner pour le monde non seulement en parole de l’amour de Dieu, mais aussi en effusion de la...
Comme on le voit, le témoignage au sujet du Royaume peut se retourner pour le monde non seulement en parole de l’amour de Dieu, mais aussi en effusion de la colère de Dieu. À première vue, un tel tournant des événements paraît étrange pour le Dieu d’amour. Mais cela s’explique, semble-t-il, par le fait qu’il s’agit de la fin de l’histoire, d’une situation où chacun a déjà fait son choix définitif et en récolte désormais les fruits. Celui qui reçoit Dieu et le Messie envoyé par Lui entre dans le Royaume, et le souffle de Dieu qui pénètre ce Royaume se révèle à lui comme souffle d’amour. Celui qui rejette Dieu ressent Son souffle comme une force de feu, purifiante, qui lui paraît impitoyable parce que, dans le monde en train d’être renouvelé, il n’y a pas pour lui de place, cette place qu’il avait lui-même auparavant refusée.
Auparavant, vu de la terre, l’annonce du jour prochain du Jugement et du triomphe du Royaume se révélait à Jean comme le son des trompettes angéliques ; maintenant, vu du ciel, depuis le Trône, elle se révèle à lui comme les coupes de la colère de Dieu versées sur la terre. Elles sont sept, tout comme les sept trompettes angéliques. Les quatre premières coupes, comme les quatre premières trompettes, touchent la nature et l’homme (v. 2–9 ; cf. Ap 8:7–13). La « grêle de feu », provoquant chez ceux qu’elle atteint certaines « plaies », la « montagne de feu » qui s’abat dans la mer et y fait périr tout ce qui vit, l’« étoile du ciel » à cause de laquelle l’eau des fleuves devient « sanglante » et impropre à boire, les rayons du soleil qui brûlent les hommes : tout cela, bien sûr, peut s’expliquer par des causes naturelles, mais il faut alors reconnaître que les cataclysmes naturels deviennent la norme à la fin de l’histoire. Manifestement, Dieu n’a plus de raison de retenir le monde du chaos en observant l’alliance conclue jadis avec Noé : car il ne reste plus de justes dans le monde.
Les trois autres coupes touchent déjà directement le « trône de la bête », provoquant la résistance des forces obscures, qui mène finalement à l’affrontement décisif, à cette dernière bataille des forces de la lumière contre les forces des ténèbres qui précède le triomphe définitif du Royaume (v. 10–21 ; cf. Ap 9). Jean décrit son avènement en recourant à la langue et au style des derniers prophètes (v. 18–21 ; cf. Is 2:19–21). D’ailleurs, pour ceux qui refusent de percevoir la réalité du Royaume, ce qui arrive apparaît non comme le renouvellement et la transfiguration du monde, mais comme une catastrophe qui détruit tout l’ordre des choses auquel ils sont habitués. Mais même alors, ils ne se souviennent de Dieu que pour L’accuser de tous leurs malheurs et de toutes leurs souffrances (v. 21).