Désormais, depuis le Trône de gloire et depuis la Tente céleste, le sens du Jugement et de la colère de Dieu se révèle à Jean autrement qu’auparavant, lorsqu’il les voyait comme de l’intérieur de l’histoire de ce monde déchu auquel, en règle générale, se limite l’horizon spirituel de l’homme déchu. Alors le Jugement se révélait à l’apôtre comme une série de catastrophes liées au fait que le monde, n’étant pas prêt à rencontrer Dieu, se détruisait inévitablement dans son ancienne qualité en changeant et en se transfigurant.
Désormais, le Jugement est lié avant tout au témoignage et à la présence devant le Trône de gloire de ceux qui ont gardé fidélité au Christ tout au long de l’époque précédente, y compris dans les derniers temps. La force de Dieu se retourne pour le monde en plaies et en coupes de la colère de Dieu. Ce n’est pas étonnant : maintenant l’apôtre voit la situation telle qu’elle se révèle depuis la plénitude du Royaume, qui se prépare à entrer dans le monde dans cette plénitude. Le Royaume est l’espace du souffle de Dieu et de l’amour de Dieu, et depuis le Trône de gloire, depuis son centre spirituel, il se voit précisément ainsi.
Mais, vu depuis le centre spirituel du Royaume, tout le monde apparaît comme Royaume, à l’exception de la partie qui s’est trouvée arrachée au Royaume par une volonté mauvaise opposée à Dieu. Et cette partie de la création arrachée au Royaume est justement ce que l’Évangile appelle habituellement les « ténèbres extérieures ». Si l’on se trouve dans cet espace, on peut voir tout un monde demeurant, sinon dans l’obscurité complète, du moins dans la pénombre semblable aux longs crépuscules hivernaux du Nord ; mais de l’extérieur il n’est perçu que comme un abîme sombre et sans fond, que seul peut remplir Celui qui a créé le monde.
Et Il le remplit de Sa présence, de Sa force, mais non de Son amour : non parce que Son amour ne suffirait pas à l’abîme obscur ou que Son souffle n’y pénétrerait pas, mais parce que le souffle de Dieu, rejeté comme amour, devient pour ceux qui le rejettent une force destructrice qui les tue, bien qu’elle ne puisse les tuer jusqu’au bout, car Dieu ne veut pas anéantir Sa création. Ainsi l’amour de Dieu devient Jugement, et le souffle de Dieu se change, pour ceux qui demeurent dans les « ténèbres extérieures », en plaies et en coupes de la colère de Dieu.
