Le Second Zacharie prononce une autre prophétie sur la venue du Messie ; comme la précédente, elle parle du tragique...
Le Second Zacharie prononce une autre prophétie sur la venue du Messie ; comme la précédente, elle parle du mystère tragique du rejet du Christ. Le prophète voit le Royaume à venir non comme une marche victorieuse à travers pays et territoires, soumettant les nations à la foi d'Israël et à son Roi, mais comme un temps de tension et de lutte. L'hostilité entre Israël et les peuples étrangers atteindra la frénésie, et le poids de l'affrontement sera insupportable pour tous ; seule Jérusalem sera forte de la foi de ses habitants.
C'est au cœur de cette tension que le salut du Seigneur et la fin de l'hostilité viendront à un peuple loin d'être uni spirituellement. Bien des prophètes, comme le Second Zacharie, utilisent cette image de la victoire sur les ennemis pour montrer que, dans le Royaume du Messie, Dieu Lui-même protégera les hommes et que la vie humaine ne sera plus déterminée par les dangers et les affrontements terrestres. Mais il ne s'agit pas d'armées célestes qui combattraient à la place des hommes, ni même à leurs côtés. La protection de Dieu consiste à fortifier les hommes eux-mêmes, brûlés par la flamme du renouveau. Le prophète dit que, sous la protection du Seigneur, le plus faible des habitants de Jérusalem « sera comme David, et la maison de David sera comme Dieu, comme l'Ange du Seigneur ». Il est donc question de la force spirituelle intérieure des fidèles, qui les rend inaccessibles au mal régnant dans le monde. Aussi les paroles sur le Descendant de la maison de David cessent-elles d'être une simple image poétique pour devenir une prophétie de Sa nature divine et humaine.
Cette capacité intérieure à résister au mal se révélera chez les hommes avec la venue du Messie, parce que Dieu répandra Son Esprit sur eux : l'Esprit de grâce et de tendre componction, qui donne la capacité de voir Dieu et de comprendre Son intervention salvatrice. Joël prophétisait cette effusion de l'Esprit dans les mêmes années que le Second Zacharie. Mais ce dernier parle du chagrin et des pleurs qui saisiront Jérusalem à cause de ce qu'elle a fait. De quoi s'agit-il ? Le texte du prophète admet différentes traductions : « ils regarderont vers Moi qu'ils ont transpercé » et « ils regarderont vers Lui qu'ils ont transpercé ». Mais le sens de ces paroles est sans ambiguïté. Le prophète parle d'un cœur transpercé ; puisqu'il a parlé plus haut du Descendant de David, qui sera la Présence de Dieu parmi les hommes, il s'agit du cœur transpercé du Fils de Dieu, le Messie d'Israël. Toute Jérusalem, qui symbolise ici les hommes aimés de Dieu, contemplera le Transpercé et pleurera sur Lui comme sur un Fils premier-né et unique.
La manière dont le prophète inspiré par Dieu choisit ses mots restera pour nous à jamais un mystère. Nous n'en voyons que le fruit : volontairement ou non, il prononce précisément les paroles qui correspondent le plus exactement, au sens théologique, au mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu. Peut-être pensait-il au Messie comme au fils unique de David ; mais en lisant ces mots, nous ne pouvons pas ne pas nous rappeler le chant liturgique « Fils unique et Verbe de Dieu… ».
La lamentation sur le Messie Transpercé est en outre marquée par un trait important du culte du Dieu unique dans l'Ancien Testament : chaque tribu, chaque partie du peuple élu, accomplit cette lamentation « à part », séparément des autres. C'est ainsi que la loi prescrit d'offrir à Dieu un sacrifice solennel. Cette séparation dans la lamentation indique elle aussi le mystère de Sa nature divine et humaine.
Mais tout cela est dominé par le message essentiel que le prophète veut transmettre à ses auditeurs et à ses lecteurs. Le Royaume du Messie viendra lorsque les hommes pleureront à la vue de l'Oint de Dieu Transpercé. Le prophète y voit le moment central, le tournant de l'histoire spirituelle de l'humanité. La souffrance que les hommes infligent à Dieu en trahissant Son amour deviendra visible, s'incarnera dans les blessures du Christ. Pour le Second Zacharie, cela rend pleinement concrète l'horreur qui saisissait tant de prophètes à la pensée du Jour de la Visitation. Mais c'est seulement dans cette douleur et ces pleurs qu'il discerne une source de purification, une source de vie, une source de force pour les hommes.
« Ils regarderont Celui qu'ils ont transpercé », comme résonne cette prophétie pendant la Semaine sainte : ces paroles sont étroitement liées aux événements de l'Exode, lorsque Moïse éleva le serpent sur un bâton en forme de croix et que ceux qui regardaient ce bâton devenaient invulnérables au venin des serpents. La prophétie prend toute sa clarté dans les paroles du Seigneur Jésus à Nicodème : « Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l'homme, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3:14–15).
Cette prophétie se conclut par les paroles que les copistes ont placées au premier verset du chapitre 13. « En ce jour-là, dit le prophète, une source s'ouvrira pour la maison de David et les habitants de Jérusalem, afin de laver le péché et l'impureté. » D'une part, il voit que la douleur devant les blessures du Messie Transpercé, les larmes versées sur Lui, sont la seule chose qui puisse purifier le cœur humain et le délivrer du péché qui s'y cache. Mais, en même temps, à la lecture de ces mots, on ne peut pas ne pas penser à la véritable source de purification : le Sang qui coule des blessures du Christ.
Au début du chapitre 13, le Second Zacharie place une brève prophétie sur la venue du Jour du Seigneur, où il parle de nouveau de la libération des hommes de l'idolâtrie et de tout mensonge. Il brosse un tableau redoutable, dont le sens est que rien de terrestre ne triomphera de la justice de Dieu. Cela signifie avant tout que les hommes ne se glorifieront pas de leur force spirituelle ni de leurs dons spirituels, mais accompliront humblement les commandements de l'Esprit.
Le Second Zacharie se tourne ici vers les paroles célèbres du premier de ses prédécesseurs, le prophète Amos. Au milieu du VIIIe siècle avant Jésus-Christ, face à une tentative de le faire taire, Amos déclara qu'il ne prophétisait pas de sa propre volonté. « Je ne suis pas prophète… j'étais berger et je cueillais les figues des sycomores, dit Amos ; mais le Seigneur m'a pris derrière les brebis et m'a dit : “Va, prophétise…” » (Am 7:14). Parlant du Royaume du Messie, le Second Zacharie cite ces paroles : « Chacun dira : je ne suis pas prophète, je suis cultivateur, car quelqu'un a fait de moi un esclave… » Avec la venue du Messie, accomplir les commandements de Dieu deviendra l'unique mobile des hommes, et leur force spirituelle ne sera déterminée que par cela.
Mais ici encore, le Second Zacharie ne peut détourner les yeux de l'essentiel que le Seigneur lui a révélé. L'obéissance d'Amos devient ainsi pour lui le symbole de l'obéissance du Messie, cette obéissance dont l'apôtre Paul dira : « Il S'est humilié, Se faisant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur la croix » (Ph 2:8). Tel est le sens des mystérieuses paroles du prophète sur les cicatrices aux mains de celui qui entre dans le Royaume de Dieu par le chemin de l'obéissance. Les mots « J'ai été frappé dans la maison de ceux qui m'aiment » deviennent ici une prophétie du chemin de Croix du Christ et de ceux qui Le suivent.
Les trois derniers versets du chapitre contiennent une autre prophétie, consacrée de nouveau au destin du Messie et des hommes. Le prophète voit l'épée levée sur le Pasteur d'Israël, ainsi que le trouble et la dispersion de Ses brebis. « Frappe le pasteur, et les brebis seront dispersées » : il voit la solitude du Messie, Son abandon à l'heure terrible de Son arrestation. Mais il voit aussi qu'il n'y a et ne peut y avoir personne pour se tenir à Ses côtés, car nul ne Lui est semblable. La défaite du Messie deviendra donc, pour Ses brebis désemparées, le creuset où leurs cœurs seront refondus et reprendront vie. Dans cette défaite du Messie et dans leur propre dispersion, Ses brebis, les disciples, trouveront Dieu Lui-même, comme le disent les derniers mots du chapitre. Ainsi, malgré leur dispersion, les brebis du Pasteur d'Israël deviendront l'or pur de l'Église, cet or dont parlait le prophète Ézéchiel et dont parlera plus tard l'apôtre Pierre.
12:2 k) Cette phrase est sans doute une addition.
12:4 l) Incise à replacer avant le v. 5.
12:5 m) « pour les habitants » Targ. ; « pour moi, les habitants » hébr.
12:8 n) À l’époque du salut, la maison de David sera rétablie.
12:10 o) Selon l’hébr. et le grec, Dieu s’identifie à son représentant. Théodotion a compris « vers celui qu’ils ont transpercé », et cette lecture est aussi celle de l’évangile de Jean. La mort du Transpercé se situe dans un contexte eschatologique levée du siège de Jérusalem, deuil national et ouverture d’une source salutaire. Il y aura donc une souffrance et une mort mystérieuses qui prendront place dans l’accomplissement du salut. C’est un parallèle, mais nationalisé et rétréci, à la figure du Serviteur d’Isa 52.13-53.12 ; cf. aussi Ps 69.27 ; Ez 37. Jn 19.37 y a vu une prophétie de la Passion du Christ.
12:12 p) Il s’agit de Natân, fils de David, 2 S 5.14s.
12:13 q) Shiméï, descendant de Gershom, fils de Lévi, Nb 3.21.
13:1 r) Littéralement « pour le péché et la souillure ». — Sur la fontaine ou la source qui arrosera la Jérusalem de l’ère messianique, cf. Isa 12.3 ; Ez 47.1. Ici, à la différence de 14.8, elle sert à la purification du peuple, cf. Ez 36.25.
13:2 s) Disparition de l’institution prophétique, condamnée par les abus des faux prophètes, cf. Jr 23.9s ; Ez 13.
13:5 t) « la terre est mon bien » ’adamah qinyanî conj. ; « un homme m’a acquis » ’adam hiqnanî hébr.
13:6 u) « sur ta poitrine », litt. « entre tes mains ». — Les anciens prophètes se faisaient des incisions sur le corps, cf. 1 R 18.28, etc. L’homme qui porte de telles cicatrices est accusé d’être prophète ; il se défend en alléguant une rixe avec des camarades.
13:7 v) Texte messianique peut-être indépendant. Le « pasteur » est ici, non plus le bon pasteur de 11.4-14, ni le mauvais, 11.15-16, mais sans précisions le chef du peuple, lieutenant de Yahvé. L’épée qui va le frapper livrera le peuple tout entier à l’épreuve dernière, qui doit précéder le temps du salut. Cette épreuve est décrite sous les images classiques des brebis sans pasteur, Ez 34.5, du reste, Isa 4.3, du tiers, Ez 5.1-4, du feu qui épure, Jr 6.29-30. Alors le peuple sera prêt pour la Nouvelle Alliance, cf. Jr 31.31.
13:9 w) « je dirai » grec, syr. ; « j’ai dit » hébr. (waw initial omis).
Le livre de Zacharie se compose de deux parties bien distinctes : 1-8 et 9-14. Après une introduction, datée d’octobre-novembre 520, deux mois après la première prophétie d’Aggée, le livre rapporte huit visions du prophète datées de février 519, 1.7 – 6.8, suivies du couronnement symbolique de Zorobabel (les réviseurs ont substitué le nom du grand prêtre Josué lorsque se fut évanoui l’espoir qu’on avait mis en Zorobabel et que le sacerdoce détint tout le pouvoir), 6.9-14. Le chap. 7 fait un retour sur le passé national et le chap. 8 ouvre des perspectives de salut messianique, l’un et l’autre à propos d’une question sur le jeûne, posée en novembre 518.
Cet ensemble bien daté et de pensée homogène est certainement authentique ; il porte cependant les marques d’une révision, faite par le prophète lui-même ou par ses disciples. Par exemple, les annonces universalistes de 8.20-23 ont été ajoutées après 8.18-19 qui est une conclusion.
Comme Aggée, Zacharie se préoccupe de la reconstruction du Temple. Mais il fait une part plus large à la restauration nationale et à ses exigences de pureté et de moralité, et l’attente eschatologique est plus pressante. Cette restauration doit ouvrir une ère messianique où le sacerdoce représenté par Josué sera exalté, 3.1-7, mais où la royauté sera exercée par le « Germe », 3.8, terme messianique que 6.12 applique à Zorobabel. Les deux Oints, 4.14, gouverneront en parfait accord, 6.13. Ainsi Zacharie fait renaître la vieille idée du messianisme royal mais l’associe aux préoccupations sacerdotales d’Ézéchiel, dont l’influence se marque sur bien des points : rôle prépondérant des visions, tendance apocalyptique, souci de la pureté. Les mêmes traits et la part faite aux anges préludent à Daniel.
La deuxième partie, 9-14, qui s’ouvre d’ailleurs par un nouveau titre, 9.1, est toute différente. Les pièces sont sans date et anonymes. Il n’est plus question ni de Zacharie, ni de Josué, ni de Zorobabel, ni de la construction du Temple. Le style est différent et fait un fréquent usage des livres antérieurs, surtout Jr et Ez. L’horizon historique n’est plus le même ; Assur et l’Égypte viennent comme les noms symboliques de tous les oppresseurs.
Ces chapitres ont très vraisemblablement été composés dans les dernières décennies du IVe siècle av. J.-C., après la conquête d’Alexandre. Malgré les efforts récemment renouvelés pour prouver leur unité, il faut admettre qu’ils sont disparates. On distingue deux sections introduites chacune par un titre, 9-11 et 12-14 ; la première est presque entièrement en vers, la seconde est presque entièrement en prose. On parle d’un Deutéro-Zacharie et d’un Trito-Zacharie. En fait ce sont deux collections elles-mêmes composites. La première utilise peut-être d’anciens morceaux poétiques, préexiliques, et se réfère à des faits d’histoire qu’il est difficile de préciser (l’application de 9.1-8 à la conquête d’Alexandre reste la plus vraisemblable). La seconde partie, 12-14, décrit en termes d’apocalypse les épreuves et les gloires de la Jérusalem des derniers temps. Mais l’eschatologie n’est pas absente de la première partie et certains thèmes se retrouvent dans les deux sections, ainsi celui des « pasteurs » du peuple, 10.2-3 ; 11.4-14 ; 13.7-9.
Cette partie du livre est importante surtout par sa doctrine messianique, d’ailleurs peu unifiée : relèvement de la maison de David, 12 Passim, attente d’un Roi messie humble et pacifique, 9.9-10, mais annonce mystérieuse du Transpercé, 12.10, théocratie guerrière, 10.3 – 11.3, mais aussi cultuelle à la manière d’Ézéchiel, 14. Ces traits s’harmoniseront dans la personne du Christ et le Nouveau Testament cite souvent ces chapitres de Zacharie ou au moins y fait allusion, ainsi Mt 21.4-5 ; 27.9 (combiné avec Jérémie) ; Mt 26.31 = Mc 14.27 ; Jn 19.37.