Les prophètes ont bien des fois dit qu’ils rencontreront le Messie promis par Dieu et que ce n’est pas tout le peuple qui entrera au Royaume messianique, mais le reste, qui par définition est composé non pas par la majorité, mais par la minorité du peuple. Zacharie parle...
Les prophètes ont bien des fois dit qu’ils rencontreront le Messie promis par Dieu et que ce n’est pas tout le peuple qui entrera au Royaume messianique, mais le reste, qui par définition est composé non pas par la majorité, mais par la minorité du peuple. Zacharie parle dans ce cas d’un tiers du peuple. Probablement, il faut considérer ce nombre symbolique : car, la communauté juive de la Babylone qui a survécu la captivité, les membres dont on pouvait considérer comme le reste, que parlaient les prophètes, était beaucoup moins d'un tiers des nombres du peuple juif d’avant la captivité.
Mais voici que tous les prophètes disent la même chose sur le sens de ce qui s’est passé. Zacharie fait recours ici aux symboles: il parle du «feu purificateur», de «la fusion» du peuple. Il est particulièrement remarquable que tout ceci soit dit déjà dans l'époque d’avant captivité.
Comme on voit, il était révélé au prophète qu'avant l'arrivée du Messie le peuple attend encore une épreuve, semblable à celle qu'il a éprouvée pendant l'invasion babylonienne. Une telle épreuve pouvait historiquement être considérée les persécutions d'Antiochus Épiphane et la réponse suivante à elles les guerres de Maccabées.
Certes, il ne faut pas parler et dans ce cas de la destruction d’un tiers du peuple pendant les persécutions, mais, comme on voit, il s'agissait de cette proportion, qui est caractéristique du processus technologique correspondant mentionné par le prophète, dont les additions contenues dans le minerai se séparent du métal.
Le sens de la prophétie est tout à fait clair : pour entrer dans le Royaume, il faut se débarrasser de tout qui est incompatible avec sa vie. Et pendant les persécutions, le superficiel dans l’homme, comme dans toute situation critique, se sépare de cette principale qui fait son essentiel spirituel. Et le peuple en général se divise entre ceux qui sont prêts à aller par la voie du Royaume, malgré les persécutions, et ceux qui ne sont pas prêts aux épreuves. Le contrôle est rigide, mais inévitable.
9 w) « je dirai » grec, syr. ; « j’ai dit » hébr. (waw initial omis).
Le livre de Zacharie se compose de deux parties bien distinctes : 1-8 et 9-14. Après une introduction, datée d’octobre-novembre 520, deux mois après la première prophétie d’Aggée, le livre rapporte huit visions du prophète datées de février 519, 1.7 – 6.8, suivies du couronnement symbolique de Zorobabel (les réviseurs ont substitué le nom du grand prêtre Josué lorsque se fut évanoui l’espoir qu’on avait mis en Zorobabel et que le sacerdoce détint tout le pouvoir), 6.9-14. Le chap. 7 fait un retour sur le passé national et le chap. 8 ouvre des perspectives de salut messianique, l’un et l’autre à propos d’une question sur le jeûne, posée en novembre 518.
Cet ensemble bien daté et de pensée homogène est certainement authentique ; il porte cependant les marques d’une révision, faite par le prophète lui-même ou par ses disciples. Par exemple, les annonces universalistes de 8.20-23 ont été ajoutées après 8.18-19 qui est une conclusion.
Comme Aggée, Zacharie se préoccupe de la reconstruction du Temple. Mais il fait une part plus large à la restauration nationale et à ses exigences de pureté et de moralité, et l’attente eschatologique est plus pressante. Cette restauration doit ouvrir une ère messianique où le sacerdoce représenté par Josué sera exalté, 3.1-7, mais où la royauté sera exercée par le « Germe », 3.8, terme messianique que 6.12 applique à Zorobabel. Les deux Oints, 4.14, gouverneront en parfait accord, 6.13. Ainsi Zacharie fait renaître la vieille idée du messianisme royal mais l’associe aux préoccupations sacerdotales d’Ézéchiel, dont l’influence se marque sur bien des points : rôle prépondérant des visions, tendance apocalyptique, souci de la pureté. Les mêmes traits et la part faite aux anges préludent à Daniel.
La deuxième partie, 9-14, qui s’ouvre d’ailleurs par un nouveau titre, 9.1, est toute différente. Les pièces sont sans date et anonymes. Il n’est plus question ni de Zacharie, ni de Josué, ni de Zorobabel, ni de la construction du Temple. Le style est différent et fait un fréquent usage des livres antérieurs, surtout Jr et Ez. L’horizon historique n’est plus le même ; Assur et l’Égypte viennent comme les noms symboliques de tous les oppresseurs.
Ces chapitres ont très vraisemblablement été composés dans les dernières décennies du IVe siècle av. J.-C., après la conquête d’Alexandre. Malgré les efforts récemment renouvelés pour prouver leur unité, il faut admettre qu’ils sont disparates. On distingue deux sections introduites chacune par un titre, 9-11 et 12-14 ; la première est presque entièrement en vers, la seconde est presque entièrement en prose. On parle d’un Deutéro-Zacharie et d’un Trito-Zacharie. En fait ce sont deux collections elles-mêmes composites. La première utilise peut-être d’anciens morceaux poétiques, préexiliques, et se réfère à des faits d’histoire qu’il est difficile de préciser (l’application de 9.1-8 à la conquête d’Alexandre reste la plus vraisemblable). La seconde partie, 12-14, décrit en termes d’apocalypse les épreuves et les gloires de la Jérusalem des derniers temps. Mais l’eschatologie n’est pas absente de la première partie et certains thèmes se retrouvent dans les deux sections, ainsi celui des « pasteurs » du peuple, 10.2-3 ; 11.4-14 ; 13.7-9.
Cette partie du livre est importante surtout par sa doctrine messianique, d’ailleurs peu unifiée : relèvement de la maison de David, 12 Passim, attente d’un Roi messie humble et pacifique, 9.9-10, mais annonce mystérieuse du Transpercé, 12.10, théocratie guerrière, 10.3 – 11.3, mais aussi cultuelle à la manière d’Ézéchiel, 14. Ces traits s’harmoniseront dans la personne du Christ et le Nouveau Testament cite souvent ces chapitres de Zacharie ou au moins y fait allusion, ainsi Mt 21.4-5 ; 27.9 (combiné avec Jérémie) ; Mt 26.31 = Mc 14.27 ; Jn 19.37.