Trente sicles d’argent sont devenus le symbole de la trahison, la trahison la plus terrible dans l'histoire de l'humanité — la trahison du Messie par Judas, qui fut Son disciple. Et le sermon prophétique, comme cela arrive parfois, est devenu une prophétie dans tout le sens du mot...
Trente sicles d’argent sont devenus le symbole de la trahison, la trahison la plus terrible dans l'histoire de l'humanité — la trahison du Messie par Judas, qui fut Son disciple. Et le sermon prophétique, comme cela arrive parfois, est devenu une prophétie dans tout le sens du mot, la prédiction de ce qui s'est passé aux jours du service terrestre du Sauveur. Bien sûr, la mission du prophète n’est pas de prédire le futur.
Le prophète n’est pas un prédicateur, il est témoin de Dieu, celui qui peut porter jusqu'à ses contemporains (si, bien sûr, ces derniers voudront l’écouter) ce que Dieu pense d’eux, de leurs affaires et comportements. Mais il y a des situations dans l’histoire, que l’historien de la culture aurait probablement appelés archétype, les situations où la forme n’est pas moins symbolique, que le sens lui-même. Et une de telles situations est le paiement pour la trahison. Et alors les situations peuvent parfois presque se répéter, comme on dit, un à un.
Zacharie fait tout juste remarquer l’une de ces situations, l’un de ces moments, où la forme et le sens fusionnent presque inséparablement: l'argent jeté avec mépris, tombant dans la caisse du Temple comme compensation, comme le paiement à Dieu «pour l'inquiétude». L'union-alliance est rompue, Dieu prend Son paiement, comme on prend une pénalité, en disant : si vous appréciez Mes travaux d’une façon quelconque, payez.
Et on Lui paie, paie le prix, dû à un artisan pas trop cher : pas tout à fait sans intérêt, mais avec un intérêt indigne non seulement pour Dieu, mais aussi pour l’homme, dont le travail est en effet évalué haut. Et puis il suffit de mener cette logique à bon terme pour recevoir le prix de la trahison. Car, se débarrasser de Dieu — signifie se détourner de Lui, se débarrasser du Messie — signifie Le tuer. Ceux qui ont apprécié Dieu au prix d’un fondeur, n’apprécieront pas aussi le Messie plus haut.
Le livre de Zacharie se compose de deux parties bien distinctes : 1-8 et 9-14. Après une introduction, datée d’octobre-novembre 520, deux mois après la première prophétie d’Aggée, le livre rapporte huit visions du prophète datées de février 519, 1.7 – 6.8, suivies du couronnement symbolique de Zorobabel (les réviseurs ont substitué le nom du grand prêtre Josué lorsque se fut évanoui l’espoir qu’on avait mis en Zorobabel et que le sacerdoce détint tout le pouvoir), 6.9-14. Le chap. 7 fait un retour sur le passé national et le chap. 8 ouvre des perspectives de salut messianique, l’un et l’autre à propos d’une question sur le jeûne, posée en novembre 518.
Cet ensemble bien daté et de pensée homogène est certainement authentique ; il porte cependant les marques d’une révision, faite par le prophète lui-même ou par ses disciples. Par exemple, les annonces universalistes de 8.20-23 ont été ajoutées après 8.18-19 qui est une conclusion.
Comme Aggée, Zacharie se préoccupe de la reconstruction du Temple. Mais il fait une part plus large à la restauration nationale et à ses exigences de pureté et de moralité, et l’attente eschatologique est plus pressante. Cette restauration doit ouvrir une ère messianique où le sacerdoce représenté par Josué sera exalté, 3.1-7, mais où la royauté sera exercée par le « Germe », 3.8, terme messianique que 6.12 applique à Zorobabel. Les deux Oints, 4.14, gouverneront en parfait accord, 6.13. Ainsi Zacharie fait renaître la vieille idée du messianisme royal mais l’associe aux préoccupations sacerdotales d’Ézéchiel, dont l’influence se marque sur bien des points : rôle prépondérant des visions, tendance apocalyptique, souci de la pureté. Les mêmes traits et la part faite aux anges préludent à Daniel.
La deuxième partie, 9-14, qui s’ouvre d’ailleurs par un nouveau titre, 9.1, est toute différente. Les pièces sont sans date et anonymes. Il n’est plus question ni de Zacharie, ni de Josué, ni de Zorobabel, ni de la construction du Temple. Le style est différent et fait un fréquent usage des livres antérieurs, surtout Jr et Ez. L’horizon historique n’est plus le même ; Assur et l’Égypte viennent comme les noms symboliques de tous les oppresseurs.
Ces chapitres ont très vraisemblablement été composés dans les dernières décennies du IVe siècle av. J.-C., après la conquête d’Alexandre. Malgré les efforts récemment renouvelés pour prouver leur unité, il faut admettre qu’ils sont disparates. On distingue deux sections introduites chacune par un titre, 9-11 et 12-14 ; la première est presque entièrement en vers, la seconde est presque entièrement en prose. On parle d’un Deutéro-Zacharie et d’un Trito-Zacharie. En fait ce sont deux collections elles-mêmes composites. La première utilise peut-être d’anciens morceaux poétiques, préexiliques, et se réfère à des faits d’histoire qu’il est difficile de préciser (l’application de 9.1-8 à la conquête d’Alexandre reste la plus vraisemblable). La seconde partie, 12-14, décrit en termes d’apocalypse les épreuves et les gloires de la Jérusalem des derniers temps. Mais l’eschatologie n’est pas absente de la première partie et certains thèmes se retrouvent dans les deux sections, ainsi celui des « pasteurs » du peuple, 10.2-3 ; 11.4-14 ; 13.7-9.
Cette partie du livre est importante surtout par sa doctrine messianique, d’ailleurs peu unifiée : relèvement de la maison de David, 12 Passim, attente d’un Roi messie humble et pacifique, 9.9-10, mais annonce mystérieuse du Transpercé, 12.10, théocratie guerrière, 10.3 – 11.3, mais aussi cultuelle à la manière d’Ézéchiel, 14. Ces traits s’harmoniseront dans la personne du Christ et le Nouveau Testament cite souvent ces chapitres de Zacharie ou au moins y fait allusion, ainsi Mt 21.4-5 ; 27.9 (combiné avec Jérémie) ; Mt 26.31 = Mc 14.27 ; Jn 19.37.