Aux chapitres 5 et 6, les visions du prophète Zacharie révèlent un autre aspect de la venue du Messie : le Jour du Seigneur sera un jour...
Aux chapitres 5 et 6, les visions du prophète Zacharie révèlent un autre aspect de la venue du Messie : le Jour du Seigneur sera un jour de destruction pour tout mal, un jour de jugement pour le péché des hommes. Effrayantes et difficiles à comprendre, ces images du rouleau portant une malédiction sur la face de toute la terre et de la mesure remplie d'impiété signifient l'impossibilité, pour le mal et le péché, d'exister dans le Royaume du Christ à venir.
D'après les paroles du prophète, le rouleau est une parole de justice qui anéantit le vol et la tromperie, détruit la violence mêlée de mensonge. Il signifie la manifestation de la Vérité de Dieu, à la lumière de laquelle aucune fausseté ne peut subsister. Il est très important que le prophète place cette vision en premier après les paroles sur la manifestation du Messie, Roi et Prêtre. Pour les gens « ordinaires », qui recourent souvent au mensonge afin d'atteindre leurs objectifs, cette Parole de Vérité résonne d'abord comme une parole de reproche, mortelle pour celui qui bâtit sa vie sur la rapine et la tromperie. Mais un autre aspect importe aussi au prophète : tel un remède amer, elle guérit le monde de l'emprise de la fausseté humaine qui l'empoisonne. Dans le Nouveau Testament, la purification du mensonge entrevue par le prophète correspond aux paroles du Seigneur Jésus-Christ : « Le jugement, c'est que la lumière est venue dans le monde » (Jn 3:19).
L'épha, ancienne mesure pour les matières sèches, se remplit d'impiété, personnifiée par une femme. Cette mesure est établie en Babylonie — Shinéar est l'une des formes du nom ancien du pays de Sumer — et Jérusalem est libérée de cette impiété. Toute une série d'images bibliques se rattache à cette vision, elle-même étroitement liée aux réalités contemporaines du prophète. D'après ce qu'il rapporte, il faut d'abord rapprocher cette image de la prostituée de Babylone des chapitres 17–18 de l'Apocalypse. Symbole d'impiété, elle s'élève au-dessus des tribus et des peuples, comme s'élevaient au-dessus d'eux les ziggourats babyloniennes. Cette image de la prostituée personnifie sans aucun doute le paganisme, en particulier ses manifestations les plus répugnantes.
Le paganisme, l'adoration de la créature, et la débauche sont étroitement liés dans toute la Bible. La seconde y apparaît presque toujours comme le symbole, presque le synonyme, du premier. Ce lien s'enracine très probablement dans le culte de la Grande Déesse de la fertilité, répandu dans tout l'Orient biblique et prenant souvent la forme de la débauche la plus débridée. Depuis longtemps, ce culte suscitait chez les Israélites l'horreur et le dégoût et passait pour la forme extrême de la déchéance spirituelle et morale. Or le prophète voit la prostituée qui personnifie ce culte païen être éloignée de Jérusalem vers Babylone : le paganisme, qui avait été pendant des siècles une immense tentation pour les croyants, disparaît. Purifiée, la terre d'Israël acquiert le droit de s'appeler Terre sainte ; c'est précisément Zacharie qui emploie ce terme pour la première fois. Cette libération de la terre de la tentation païenne est également liée à l'intronisation future du Messie : tous les peuples viendront dans Son Temple pour glorifier le Dieu unique et véritable.
2 i) Le livre est un énorme rouleau. Ses dimensions sont celles du portique du Temple salomonien, 1 R 6.3.
3 j) La malédiction est conçue comme efficace. Elle atteint tous les pécheurs, dont la Terre Sainte, à l’époque du salut, sera débarrassée.
6 k) Littéralement « un épha » (40 litres environ). Mais l’épha n’a pas ici sa valeur ordinaire.
6 l) « leur iniquité » grec ; « leurs yeux » hébr.
11 m) « elles le placeront » wehinnihuha versions ; « et elle sera placée » wehunnîhah hébr. — La Terre Sainte, à l’époque du salut, sera débarrassée de la Malice (le mépris de Dieu personnifié). La Malice devient une fausse divinité à qui un temple est élevé à Shinéar (Babylone), centre symbolique du monde païen.
Le livre de Zacharie se compose de deux parties bien distinctes : 1-8 et 9-14. Après une introduction, datée d’octobre-novembre 520, deux mois après la première prophétie d’Aggée, le livre rapporte huit visions du prophète datées de février 519, 1.7 – 6.8, suivies du couronnement symbolique de Zorobabel (les réviseurs ont substitué le nom du grand prêtre Josué lorsque se fut évanoui l’espoir qu’on avait mis en Zorobabel et que le sacerdoce détint tout le pouvoir), 6.9-14. Le chap. 7 fait un retour sur le passé national et le chap. 8 ouvre des perspectives de salut messianique, l’un et l’autre à propos d’une question sur le jeûne, posée en novembre 518.
Cet ensemble bien daté et de pensée homogène est certainement authentique ; il porte cependant les marques d’une révision, faite par le prophète lui-même ou par ses disciples. Par exemple, les annonces universalistes de 8.20-23 ont été ajoutées après 8.18-19 qui est une conclusion.
Comme Aggée, Zacharie se préoccupe de la reconstruction du Temple. Mais il fait une part plus large à la restauration nationale et à ses exigences de pureté et de moralité, et l’attente eschatologique est plus pressante. Cette restauration doit ouvrir une ère messianique où le sacerdoce représenté par Josué sera exalté, 3.1-7, mais où la royauté sera exercée par le « Germe », 3.8, terme messianique que 6.12 applique à Zorobabel. Les deux Oints, 4.14, gouverneront en parfait accord, 6.13. Ainsi Zacharie fait renaître la vieille idée du messianisme royal mais l’associe aux préoccupations sacerdotales d’Ézéchiel, dont l’influence se marque sur bien des points : rôle prépondérant des visions, tendance apocalyptique, souci de la pureté. Les mêmes traits et la part faite aux anges préludent à Daniel.
La deuxième partie, 9-14, qui s’ouvre d’ailleurs par un nouveau titre, 9.1, est toute différente. Les pièces sont sans date et anonymes. Il n’est plus question ni de Zacharie, ni de Josué, ni de Zorobabel, ni de la construction du Temple. Le style est différent et fait un fréquent usage des livres antérieurs, surtout Jr et Ez. L’horizon historique n’est plus le même ; Assur et l’Égypte viennent comme les noms symboliques de tous les oppresseurs.
Ces chapitres ont très vraisemblablement été composés dans les dernières décennies du IVe siècle av. J.-C., après la conquête d’Alexandre. Malgré les efforts récemment renouvelés pour prouver leur unité, il faut admettre qu’ils sont disparates. On distingue deux sections introduites chacune par un titre, 9-11 et 12-14 ; la première est presque entièrement en vers, la seconde est presque entièrement en prose. On parle d’un Deutéro-Zacharie et d’un Trito-Zacharie. En fait ce sont deux collections elles-mêmes composites. La première utilise peut-être d’anciens morceaux poétiques, préexiliques, et se réfère à des faits d’histoire qu’il est difficile de préciser (l’application de 9.1-8 à la conquête d’Alexandre reste la plus vraisemblable). La seconde partie, 12-14, décrit en termes d’apocalypse les épreuves et les gloires de la Jérusalem des derniers temps. Mais l’eschatologie n’est pas absente de la première partie et certains thèmes se retrouvent dans les deux sections, ainsi celui des « pasteurs » du peuple, 10.2-3 ; 11.4-14 ; 13.7-9.
Cette partie du livre est importante surtout par sa doctrine messianique, d’ailleurs peu unifiée : relèvement de la maison de David, 12 Passim, attente d’un Roi messie humble et pacifique, 9.9-10, mais annonce mystérieuse du Transpercé, 12.10, théocratie guerrière, 10.3 – 11.3, mais aussi cultuelle à la manière d’Ézéchiel, 14. Ces traits s’harmoniseront dans la personne du Christ et le Nouveau Testament cite souvent ces chapitres de Zacharie ou au moins y fait allusion, ainsi Mt 21.4-5 ; 27.9 (combiné avec Jérémie) ; Mt 26.31 = Mc 14.27 ; Jn 19.37.