Comme dans le Pentateuque, le prophète Ézéchiel décrit, dans les derniers chapitres de son livre, l’organisation de la Terre sainte...
Comme dans le Pentateuque, le prophète Ézéchiel décrit, dans les derniers chapitres de son livre, l’organisation de la Terre sainte et la répartition du territoire entre les tribus d’Israël. Mais ce texte « technique » comporte plusieurs détails d’une importance exceptionnelle. Comme dans les chapitres précédents, ces détails soulignent que le prophète parle de quelque chose qui dépasse une simple organisation terrestre. Ses paroles font entendre des accents apocalyptiques, étonnamment associés à un « projet de cadastre » pour le peuple de Dieu renouvelé.
Le chapitre 47 commence par une prophétie sur un cours d’eau jaillissant de dessous le seuil du Temple. Sur le mont du Temple, dans la Jérusalem terrestre, rien ne lui correspond réellement ; c’est pourquoi la description du prophète doit être comprise comme le symbole d’une réalité spirituelle. Ézéchiel dit que ce cours d’eau, qui sort de la Maison de Dieu, abreuve toute la terre et vivifie tout ce qu’il traverse. Sur ses rives, tout fleurit ; ses eaux regorgent de poissons, et même les eaux de la mer dans laquelle il se jette deviennent « saines », potables. C’est toujours sous ces couleurs que les prophètes dépeignent la terre transfigurée au jour où le Tout-Puissant établit Son règne, au jour de Sa victoire sur le péché et la mort.
Dans le contexte de l’ensemble de la Bible, il convient de rapprocher le cours d’eau d’Ézéchiel de l’eau que donne le Seigneur Jésus-Christ et qui devient en nous « une source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jn 4,14). Ézéchiel voit et nous annonce mystérieusement ces « fleuves d’eau vive » qui, selon la parole du Christ, remplissent jusqu’à les faire déborder ceux qui croient en Lui (Jn 7,38). Dans la vision d’Ézéchiel, cette eau vivifiante sort du Temple, où Dieu est présent ; dans le cadre du livre du prophète et de l’Ancien Testament dans son ensemble, elle est comprise comme le symbole de la grâce vivifiante de Dieu, le symbole de cet Esprit par lequel les cœurs humains, de pierre, deviennent des cœurs de chair. Dans le Nouveau Testament, l’évangéliste Jean nous révèle qu’il ne s’agit pas d’un symbole : c’est cette même eau qui sort du cœur transpercé du Fils de Dieu (Jn 19,34). Et le même évangéliste Jean témoigne dans l’Apocalypse de ce « fleuve d’eau de la vie », « sortant du trône de Dieu et de l’Agneau » (Ap 22,1).
Décrivant ensuite le partage du territoire entre les tribus d’Israël, Ézéchiel le met en rapport avec ce qui aurait dû s’accomplir dans le cadre de l’alliance du Sinaï, rompue par Israël. Nous voyons ainsi que, dans Jérusalem sauvée et renouvelée, l’alliance du Sinaï trouve son accomplissement. Ce qui ne s’est pas réalisé à cause de l’infidélité et du péché des hommes s’accomplira néanmoins lorsque Dieu Lui-même viendra sauver Son peuple et conclure une Nouvelle Alliance. Et de nouveau, on ne peut manquer de se rappeler les paroles du Seigneur Jésus, venu « non pas abolir la Loi, mais l’accomplir » (Mt 5,17). Le Seigneur parle de la Loi que nos péchés nous empêchaient d’accomplir sans le Christ et sans l’effusion de l’Esprit Saint ; ces paroles aussi sont étroitement liées à la prophétie d’Ézéchiel.
Dans ses prophéties sur les pays et les peuples voisins d’Israël, Ézéchiel disait que le dessein de salut du Créateur s’étendait également à eux. Cette pensée trouve, à la fin du chapitre 47, un prolongement étonnant pour l’Ancien Testament. Parlant du partage de la terre, le prophète annonce la volonté de Dieu : les étrangers qui vivent au milieu du peuple élu doivent être considérés à l’égal des habitants originaires de la Terre sainte et recevoir, eux aussi, une portion de terre. Ces paroles contrastent fortement avec les commandements du Pentateuque concernant la séparation d’avec les autres peuples. C’est encore un détail qui se rapporte sans aucun doute au Royaume du siècle à venir que nous espérons : même lors du retour d’Israël de la captivité babylonienne, Esdras et Néhémie continuent, dans l’esprit du Pentateuque, à rechercher la séparation d’avec les étrangers. Le temps de l’unité de tous les hommes devant Dieu viendra non au retour de captivité, mais à la fin des temps. Alors seulement, avec la venue du Christ, s’accomplira dans l’Église de la Nouvelle Alliance ce dont parle ici Ézéchiel, puis, après lui, le Second Isaïe (Is 60,3) et Zacharie (Za 8,20–23).
Dans le dernier chapitre, le chapitre 48, Ézéchiel expose en détail la manière dont il faut répartir la terre d’Israël. L’essentiel pour lui est que ce partage repose non sur la chance ou la force des tribus, mais sur la volonté du Maître du ciel et de la terre. Il ne s’agit pas de l’impuissante « justice sociale » humaine, mais de la justice de Dieu. Celle-ci est aussi vivifiante, comparée à la première, que les eaux du cours d’eau sortant du Temple le sont, comparées aux eaux amères de la mer Morte. Au centre de toute cette organisation du territoire se trouve la terre du Temple ; des terres sont attribuées au prince comme aux tribus d’Israël. Il est clair que cela réduit résolument l’étendue du pouvoir du prince et les possibilités d’arbitraire de sa part. La place centrale de la Maison de Dieu, lieu de la présence de la Gloire du Seigneur dans le monde, est de nouveau soulignée dans les dernières paroles du livre, où le prophète évoque les portes de Jérusalem, ouvertes à tous. Cette ouverture et cette Présence donnent un sens nouveau à l’existence du peuple de Dieu et de Jérusalem, exprimé dans son nouveau nom : « Le Seigneur est là ».
47:1 c) Les vv. 1-12 doivent être rapprochés de 43.1s ce fleuve merveilleux manifeste la bénédiction qu’apporte au pays l’habitation renouvelée de Dieu au milieu de son peuple. L’image sera reprise par Ap 22.1-2.
47:8 d) Le terme désigne ici la basse vallée du Jourdain. La mer est la mer Morte, dont les eaux vont être assainies.
47:9 e) « le torrent » versions ; « les deux torrents » hébr.
47:10 f) La Méditerranée.
47:13 g) Cette description de la Terre promise vient de la même tradition que celle de Nb 34.1-12, cf. 34.1. Certains noms géographiques sont difficiles à localiser, mais la frontière septentrionale paraît passer au nord de Tripoli et inclure le territoire de Damas, vv. 15-16 ; 48.1, ce qui représente une frontière purement idéale. Le Jourdain marque la frontière orientale, v. 18.
47:13 h) « Voici » (zeh) versions ; hébr. (geh) corrompu. — « en donnant à Joseph deux parts » Targ., Vulg. ; « Joseph, des parts » hébr. — Les deux parts sont pour Éphraïm et Manassé, les fils de Joseph, comptés parmi les douze tribus d’Israël, tandis que la tribu de Lévi est mise à part.
47:15 i) « de Hamat » transposé du v. 16 avec grec.
47:17 j) « C’est » zo’t mss et syr. ; « et » we’et hébr., de même au v. 18.
47:18 k) « vers Tamar » versions ; hébr. tamoddû corrompu. — La « mer orientale » est la mer Morte.
48:1 l) C’est la partie la plus utopique du plan d’Ézéchiel. Il partage le pays en bandes parallèles allant de la frontière orientale à la Méditerranée, sans tenir compte des réalités géographiques ni démographiques. Conformément aux limites données à la Terre promise au chap. 47, les tribus de Transjordanie sont ramenées à l’ouest du Jourdain. Il y a sept tribus au nord et cinq tribus au sud du territoire sacré qui est la part de Yahvé et où se trouve Jérusalem. Cette part réservée est répartie entre les prêtres (avec le Temple) et les lévites, et ce qui reste est laissé pour la ville et ses pâturages ; le territoire du prince s’étend à l’est et à l’ouest de cette part sacrée, vv. 9-22 réutilisés dans 45.1-8.
48:1 m) Après « le long de Hamat », on omet « ils seront à lui ». — « depuis la limite orientale jusqu’à la limite occidentale » grec, cf. v. 3s ; « du côté oriental, la mer » hébr.
48:30 n) Les vv. 30-35, qui donnent leur attention à la ville et non plus au Temple, sont une addition au livre.
48:35 o) En hébreu Yahvé-sham, mot dont l’assonance rappelle peut-être celle de Jérusalem, mais dont la signification est comme le résumé de toute l’œuvre religieuse et cultuelle d’Ézéchiel.
À la différence du livre de Jérémie, celui d’Ézéchiel se présente comme un tout bien ordonné. Après une introduction, 1.3, où le prophète reçoit de Dieu sa mission, le corps du livre se divise clairement en quatre parties : 1° les chap. 4-24 contiennent presque uniquement des reproches et des menaces contre les Israélites avant le siège de Jérusalem ; 2° les chap. 25-32 Sont des oracles contre les nations, où le prophète étend la malédiction divine aux complices et aux provocateurs de la nation infidèle ; 3° dans les chap. 33-39, pendant et après le siège, le prophète console son peuple en lui promettant un avenir meilleur ; 4° il prévoit enfin, chap. 40-48, le statut politique et religieux de la communauté future, rétablie en Palestine.
Cependant, cette logique de la composition dissimule de sérieuses failles. Il y a de nombreux doublets, ainsi 3.17-21 = 33.7-9 ; 8.25-29 = 33.17-20, etc. Les indications sur le mutisme dont Ézéchiel est frappé par Dieu, 3.26 ; 24.27 ; 33.22, sont séparées par de longs discours. La vision du char divin, 1.4 – 3.15, est interrompue par celle du livre, 2.1 – 3.9. De même, la description des péchés de Jérusalem, 11.1-21, fait suite au chap. 8 et coupe manifestement le récit du départ du char divin qui, de 10.22, se continue en 11.22. Les dates données dans les chap. 26-33 ne se suivent pas. Ces maladresses sont difficilement imputables à un auteur écrivant son ouvrage d’un seul jet. Il est beaucoup plus vraisemblable qu’elles sont le fait de disciples travaillant sur des écrits ou des souvenirs, les combinant et les complétant. Le livre d’Ézéchiel a donc eu, dans une certaine mesure, le sort des autres livres prophétiques. Mais l’égalité de la forme et de la doctrine nous assure que ces disciples nous ont gardé fidèlement la pensée et, généralement, la parole même de leur maître. Leur travail rédactionnel est surtout sensible dans la dernière partie du livre, 40-48, dont le noyau remonte cependant à Ézéchiel lui-même.
D’après l’état actuel, Ézéchiel a exercé toute son activité parmi les exilés de Babylonie entre 593 et 571, les dates extrêmes données par le texte, 1.2 et 29.17. On s’est étonné que, dans ces conditions, les oracles de la première partie paraissent adressés aux habitants de Jérusalem et que parfois Ézéchiel ait l’air d’être corporellement présent dans la ville, surtout 11.13. On a donc émis l’hypothèse d’un double ministère d’Ézéchiel : il serait resté en Palestine et y aurait prêché jusqu’après la ruine de Jérusalem en 587. C’est seulement alors qu’il aurait rejoint les captifs de Babylonie. La vision du rouleau en 2.1–3.9 marquerait la vocation du prophète en Palestine, celle du char divin, 1.4-28 et 3.10-15, marquerait l’arrivée chez les exilés. Le transfert de cette vision au début du livre en aurait changé toute la perspective. Cette hypothèse sert à répondre à certaines difficultés, mais elle en soulève d’autres. Elle entraîne de sérieux remaniements du texte, elle doit admettre que, même pendant son ministère « palestinien », Ézéchiel vivait ordinairement en dehors de la ville, puisqu’il y est « transporté », 8.3, et il est curieux que, si Ézéchiel et Jérémie ont prêché ensemble à Jérusalem, ni l’un ni l’autre ne fasse allusion au ministère de son confrère. D’autre part, les difficultés de la thèse traditionnelle ne doivent pas être exagérées : les reproches adressés aux gens de Jérusalem servaient de leçon aux exilés et, lorsque Ézéchiel paraît être dans la Ville Sainte, le texte dit explicitement qu’il y est transporté « en vision », 8.3, comme il en est ramené « en vision », 11.24. L’hypothèse d’un double ministère ne garde que peu de partisans.
Quelle que soit la solution adoptée, la même grande figure se dégage du livre. Ézéchiel est un prêtre, 1.3. Le Temple est sa préoccupation majeure, qu’il s’agisse du Temple présent qui est souillé par des rites impurs, 8, et que quitte la Gloire de Yahvé, 10, ou du Temple futur, dont il décrit minutieusement le plan, 40-42, et où il voit revenir Dieu, 43. Il a le culte de la Loi et, dans son histoire des infidélités d’Israël, 20, le reproche d’avoir « profané les sabbats » revient comme un refrain. Il a horreur des impuretés légales, 4.14, et un grand souci de séparer le sacré du profane, 45.1-6. En qualité de prêtre, il réglait des cas de droit ou de morale, et son enseignement prend de ce fait un tour casuistique, 18. Sa pensée et son vocabulaire s’apparentent à la Loi de Sainteté, Lv 17-26. Cependant on ne peut démontrer ni qu’il s’en soit inspiré ni que la Loi de Sainteté dépende de lui, et les contacts les plus frappants se trouvent dans des passages rédactionnels. Il reste que les deux ensembles ont été transmis dans des milieux de pensée très voisins. L’œuvre d’Ézéchiel s’intègre au courant « sacerdotal » comme celle de Jérémie appartenait au courant « deutéronomiste ».
Mais ce prêtre est aussi un prophète d’action. Plus qu’aucun autre, il a multiplié les gestes symboliques. Il mime le siège de Jérusalem, 4.1 – 5.4, le départ des émigrants, 12.1-7, le roi de Babylone à la croisée des chemins, 21.23s, l’union de Juda et d’Israël, Ez 37.15s. Jusque dans les épreuves personnelles que Dieu lui envoie, il est un « signe » pour Israël, 24.24, comme avaient été Osée, Isaïe et Jérémie. Mais la complexité de ses actions symboliques contraste avec la simplicité des gestes de ses prédécesseurs.
Ézéchiel est surtout un visionnaire. Son livre ne contient que quatre visions proprement dites, mais elles occupent une place considérable : 1-3 ; 8-11 ; 37 ; 40-48. Elles ouvrent un monde fantastique : les quatre animaux du char de Yahvé, la sarabande cultuelle du Temple avec son grouillement de bêtes et d’idoles, la plaine d’ossements qui s’animent, un Temple futur dessiné comme sur un plan d’architecte, d’où jaillit un fleuve de rêve dans une géographie utopique. Ce pouvoir d’imaginer s’étend aux tableaux allégoriques que trace le prophète : les deux sœurs Ohola et Oholiba, 23, le Naufrage de Tyr, 27, le Pharaon-Crocodile, 29 et 32, l’Arbre Géant, 31, la Descente aux Enfers, 32.
En contraste avec cette puissance visuelle, peut-être comme sa rançon et comme si l’intensité des images étouffait l’expression, le style d’Ézéchiel est monotone et gris, froid et dilué, d’une indigence rare quand on le compare à celui des grands classiques, à la pureté vigoureuse d’Isaïe, à la chaleur émouvante de Jérémie. L’art d’Ézéchiel vaut par ses dimensions et son relief, qui créent comme une atmosphère d’horreur sacrée devant le mystère du divin.
On voit que, si par bien des traits Ézéchiel se relie à ses prédécesseurs, il ouvre néanmoins une voie nouvelle. Et cela est vrai aussi de sa doctrine. Ézéchiel rompt avec le passé de sa nation. Le souvenir des promesses faites aux Pères et de l’Alliance conclue au Sinaï apparaît sporadiquement mais, si Dieu a sauvé jusqu’ici son peuple souillé dès sa naissance, 16.3s, ce n’est pas pour accomplir les promesses, c’est pour défendre l’honneur de son nom, 20 ; s’il doit remplacer l’Alliance ancienne par une Alliance éternelle, 16.60 ; 37.26s, ce n’est pas en récompense d’un « retour » du peuple vers lui, c’est par une bienveillance pure, nous dirions une grâce prévenante, et le repentir viendra après, 16.62-63. Le messianisme d’Ézéchiel, d’ailleurs peu exprimé, n’est plus royal et glorieux : il annonce bien un futur David mais celui-ci ne sera que le « berger » de son peuple, 34.23 ; 37.24, un « prince », 24.24, et non plus un roi, pour lequel il n’y a pas de place dans la vision théocratique de l’avenir, 45.7s. Il rompt avec la tradition de la solidarité dans le châtiment et affirme le principe de la rétribution individuelle, 18 ; cf. 33. Solution théologique provisoire qui, trop souvent contredite par les faits, conduira lentement à l’idée d’une rétribution outre-tombe. Prêtre si attaché à son Temple, il rompt, comme avait déjà fait Jérémie, avec l’idée que Dieu est lié à son sanctuaire. En lui se marient l’esprit prophétique et l’esprit sacerdotal qui étaient restés souvent opposés : les rites – qui subsistent – sont valorisés par les sentiments qui les inspirent. Toute la doctrine d’Ézéchiel est centrée sur le renouvellement intérieur : il faut se faire un cœur nouveau et un esprit nouveau, 18.31, ou plutôt Dieu lui-même donnera un « autre » cœur, un cœur « nouveau », et mettra dans l’homme un esprit « nouveau », 11.19 ; 36.26. Comme pour la bienveillance divine qui prévient le repentir, on est ici au seuil de la théologie de la grâce, que développeront saint Jean et saint Paul.
Cette spiritualisation de toutes les données religieuses est le grand apport d’Ézéchiel. Quand on l’appelle le père du Judaïsme, on se réfère souvent à son souci de séparation du profane, de pureté légale, à ses minuties rituelles, et l’on pense aux Pharisiens. Cela est tout à fait injuste : Ézéchiel, comme Jérémie mais d’une autre manière, est à l’origine du courant spirituel très pur qui a traversé le judaïsme et débouche dans le Nouveau Testament. Jésus est le Bon Pasteur qu’Ézéchiel avait annoncé et il a inauguré le culte en esprit que celui-ci avait appelé.
Par un autre de ses aspects, Ézéchiel est à l’origine du courant apocalyptique. Ses visions grandioses préludent à celles de Daniel et il n’est pas étonnant que dans l’Apocalypse de saint Jean on retrouve si souvent son influence.