De tout temps, l'homme a eu le désir de discuter. Chez certains, ce désir était certes plus marqué ; chez d'autres, il était moins visible, mais l'homme déchu est par nature un disputeur : dans l'immense majorité des cas, la dispute n'est pas un simple échange d'opinions ni une recherche de la vérité, mais un désir...
De tout temps, l'homme a eu le désir de discuter. Chez certains, ce désir était certes plus marqué ; chez d'autres, il était moins visible, mais l'homme déchu est par nature un disputeur : dans l'immense majorité des cas, la dispute n'est pas un simple échange d'opinions ni une recherche de la vérité, mais un désir de s'affirmer, et cela, à la différence de bien d'autres manières de s'affirmer, sous des prétextes très convenables, de sorte que ce genre d'affirmation de soi n'est souvent pas du tout perçu comme quelque chose de répréhensible, même par ceux qui condamneraient certainement la même affirmation de soi sous toute autre forme. De plus, la dispute permet de briller par l'intelligence, l'esprit, l'éloquence et beaucoup d'autres qualités dont la démonstration flatte l'amour-propre.
Mais si la vérité naît dans la dispute, hélas, ce n'est pas toujours le cas. Bien sûr, dans le cas idéal où ceux qui discutent le font sans aucun désir de se vanter ni de s'affirmer aux dépens de l'adversaire, ils peuvent réellement parvenir à une vérité. Mais dans l'humanité déchue, malheureusement, la dispute idéale est un modèle purement théorique de la réalité, comme le gaz parfait l'est, par exemple, en physique : dans la vie réelle, de telles disputes sont aussi impossibles que le gaz parfait l'est dans la nature. Au mieux, on peut seulement parler d'une prédominance, chez les interlocuteurs, du désir de trouver la vérité sur le désir de s'affirmer. Mais même cette prédominance se rencontre, hélas, bien moins souvent qu'il n'y paraît. Dans tout autre cas, la dispute perd réellement son sens.
Même Jésus Lui-même ne cherchait pas à discuter avec ceux qui entraient dans une controverse uniquement pour vaincre leur interlocuteur : là, tout argument est inutile. Plus encore, une telle dispute peut faire du tort aux disputants au lieu de leur être utile. Quand on en arrive à la lutte des amours-propres et à la rivalité dans l'affirmation de soi, les disputants, comme le montre une expérience multiséculaire, oublient facilement et vite les commandements de Dieu, et ne s'en souviennent d'ordinaire que lorsqu'il est déjà trop tard. S'engager dans de telles disputes, c'est les encourager, et cela ne convient absolument pas à celui qui est appelé à témoigner du Royaume. Ici se justifie le proverbe bien connu selon lequel la parole est d'argent et le silence d'or.
7 j) Les effets du baptême nouvelle naissance, justification par la grâce du Christ, communication de l’Esprit Saint, cf. Rm 5.5, droit à l’héritage de la vie éternelle dont le don de l’Esprit est le gage, cf. 2 Co 1.22.
10 k) Littéralement « l’homme hérétique », étym. celui qui fait un choix. Le mot ne figure qu’ici dans la Bible. Il est emprunté à la terminologie des écoles philosophiques du temps. Dans la langue chrétienne, l’« hérésie », cf. 1 Co 11.19 ; Ga 5.20, est un choix opéré parmi les vérités de la foi, lequel engendre séparatisme et division. Quant à la procédure prescrite par Paul, voir 1 Co 5.5.
14 l) Ou « nécessités de cette vie ».
15 m) Add. (T. occ.) « du Seigneur », ou (Vulg.) « de Dieu ». — Vulg. ajoute à la fin « Amen ».
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.