En poursuivant la réflexion sur le christianisme et la vie chrétienne, Paul met en évidence ce qui en constitue l'essentiel. Il s'agit de savoir dans quelle mesure l'homme participe...
En poursuivant la réflexion sur le christianisme et la vie chrétienne, Paul met en évidence ce qui en constitue l'essentiel. Il s'agit de savoir dans quelle mesure l'homme participe au souffle de Dieu, à l'Esprit Saint, dans quelle mesure ce souffle détermine sa vie. C'est précisément en ce sens que l'apôtre appelle les chrétiens des «temples de Dieu».
En effet, l'homme a été créé dès l'origine par Dieu pour demeurer en communion constante avec lui; cette communion incluait aussi la possibilité de la présence du «souffle de vie» de Dieu dans le courant de la vie humaine, que la Bible appelle «âme». L'«âme» de l'homme (et donc l'homme lui-même) est vivante dans la mesure où le «souffle de vie» de Dieu la vivifie. Il en a toujours été ainsi; et après la venue du Christ, pour les chrétiens, ce «souffle de vie», le souffle de Dieu, s'est révélé dans toute sa plénitude comme le souffle de ce Royaume dont chaque chrétien est habitant, s'il ne s'agit pas, bien sûr, d'un christianisme nominal.
Et la question principale du christianisme se ramène à la question de la mesure de la présence du souffle de Dieu, du souffle du Royaume, dans la vie du chrétien: jusqu'à quel point l'homme accueille ce souffle, et dans quelle mesure il détermine le cours quotidien de sa vie. De la mesure de la présence du souffle de Dieu dans la vie de l'homme dépendent aussi les résultats de son chemin chrétien: Dieu, bien sûr, ne repousse personne, et le Christ accueillera avec amour quiconque se tournera vers lui; mais avec quoi l'homme arrivera-t-il au terme de son chemin terrestre? Que lui, pour reprendre les mots de l'apôtre, aura-t-il eu le temps et la capacité de bâtir dans sa vie pour le Royaume?
La vie terrestre du chrétien devient la réponse à cette question. La question principale du christianisme ne se ramène pas à ce qu'il faut faire ou ne pas faire, mais à la manière de vivre; ce n'est pas une question d'activité extérieure, fût-elle la plus «correcte», mais une question de qualité spirituelle de l'existence. Et celle-ci dépend entièrement et uniquement d'une chose: des relations avec Dieu et avec le Christ. De la mesure dans laquelle notre volonté humaine suit la volonté du Christ, de la mesure dans laquelle elle est une avec la volonté de Dieu. Plus l'écart entre notre volonté humaine et la volonté de Dieu est grand, moins le souffle de Dieu, le souffle du Royaume, détermine notre vie.
Cela seul importe, le reste est secondaire. Y compris les disputes théologiques, les désaccords et divergences religieux, le succès ou l'échec de tels ou tels partis et groupes ecclésiaux. Le fondement est unique: le Christ lui-même. Et toute activité n'a d'importance que dans la mesure où elle permet à l'homme de construire sa vie sur le vrai fondement. D'en changer la qualité et de laisser le souffle du Royaume déterminer cette qualité. Quant à tout ce qui détourne de l'essentiel, il vaut mieux l'exclure de sa vie. C'est plus sûr: notre vie terrestre n'est pas infinie et s'achève souvent plus tôt que nous ne le pensons.
16 p) La communauté chrétienne, corps du Christ (12.12), est le véritable Temple de la nouvelle Alliance. L’Esprit qui habite en elle réalise ce que préfigurait le Temple, lieu où habitait la Gloire de Dieu, 1 R 8.10-13 ; cf. Jn 2.21 ; Ap 21.22 ; et 6.19 ; 2 Co 6.16.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.