En poursuivant la réflexion sur la vie du Royaume, Paul aborde le thème des relations familiales, des relations entre époux (v. 22-28). À première vue, ce thème n'est pas directement lié aux raisonnements précédents de l'apôtre: le mariage n'est qu'un cas particulier des relations entre prochains. Mais ce n'est tout de même pas tout à fait ainsi: depuis le temps du prophète Osée, ce sont précisément les relations conjugales qui deviennent le modèle à partir duquel on décrivait les relations entre Dieu et l'homme, ou entre Dieu et le peuple de Dieu. Leur assimilation aux relations conjugales est devenue traditionnelle aussi bien pour le yahvisme que pour le judaïsme. Et Paul, en assimilant les relations entre le Christ et l'Église aux relations familiales, suit manifestement cette tradition.
Mais il va encore plus loin: il assimile les relations conjugales elles-mêmes aux relations du Christ et de l'Église (v. 24-27). L'apôtre se réfère alors au récit du Livre de la Genèse sur la création de l'homme (v. 31-32), où il est question d'une profondeur des relations conjugales qui dépasse de beaucoup tous les liens naturels, conditionnés seulement par les lois de la nature, même aussi profonds que le lien entre enfants et parents (Gn 2:22-24).
Apparemment, Paul essayait de transmettre aux lecteurs de sa lettre une pensée simple: entre des personnes créées par Dieu à son image et à sa ressemblance, il ne peut en principe pas y avoir de relations «non spirituelles», conditionnées par les seules lois naturelles. Et les relations familiales étaient, dans ce cas, l'exemple le plus évident: c'est en effet là que le lien naturel se révèle particulièrement visible, visible au point que l'homme déchu, qui souvent ne remarque pas les réalités spirituelles, était souvent porté à réduire à ce lien tout le sens des relations entre l'homme et la femme. D'un côté, une telle approche conduit inévitablement à la destruction de la famille, appauvrissant le mariage et le vidant souvent complètement de son sens. Mais la «justification» du mariage par la procréation, si répandue dans les milieux religieux, comme son unique but, conditionné exclusivement par la nécessité de poursuivre le genre humain, se révèle elle aussi une déformation de l'idée du mariage telle que Paul la comprend.
Les relations conjugales, comme toutes les autres, n'ont besoin d'aucune justification devant notre monde encore non transfiguré, ni d'aucun fondement construit selon ses lois. Leur unique justification et leur unique fondement sont dans le Royaume. Si elles enracinent en lui ceux qu'elles unissent, elles sont infiniment précieuses et absolument justifiées aux yeux de Dieu; alors les relations conjugales deviennent elles aussi une valeur absolue en elles-mêmes (v. 31-33). Si cela n'arrive pas, elles ne deviendront jamais une part du Royaume, si puissant que soit leur fondement naturel et si profondes et fortes qu'elles paraissent à ceux qu'elles unissent.
