Les controverses sur le sabbat entre Jésus et les pharisiens étaient constantes: les accusations de le transgresser ont accompagné le Sauveur tout au long de son ministère terrestre. Il semblerait que l'observation des interdits sabbatiques ne demandait pas d'effort particulier; pourquoi donc les ignorait-il sans cesse, et souvent de façon démonstrative? On pourrait certes tout expliquer en disant que Jésus lui-même, comme ses disciples, s'en tenait à une conception particulière des normes et des règles de l'observation du repos sabbatique, mais est-ce là toute la question?
Si l'on revient au sens originel du sabbat, il devient clair qu'il s'agit d'un temps particulier, sacré, donné à Dieu et destiné exclusivement à la communion avec lui. Toutes les règles et interdictions sont ici secondaires; elles ne sont qu'un moyen au service de l'essentiel: que chaque septième jour soit consacré non aux affaires ordinaires et quotidiennes, mais à la communion avec Dieu et à sa présence. La sévérité envers ceux qui violaient le repos sabbatique tenait surtout au fait que le contrevenant pouvait facilement déranger son entourage, ceux qui désiraient passer la journée dans le silence et le repos, mais risquaient d'en être privés par des voisins trop bruyants ou trop actifs. Cependant, avec le développement de la tradition religieuse yahviste, puis juive, les interdictions sont devenues des fins en soi; elles ont perdu leur rôle de service et sont devenues presque le but même du jour. Pour beaucoup de membres de la confrérie pharisienne, le sens principal du sabbat n'était plus la communion avec Dieu, mais l'observation d'innombrables interdictions.
Jésus rend au sabbat son sens originel et le complète par la révélation nouvelle qu'il a apportée au monde. Ce n'est pas un hasard si, en réponse aux accusations des pharisiens, il rappelle l'histoire des pains consacrés que le grand prêtre donna à David, bien qu'il n'en eût pas le droit. Il existe des situations où l'ordre établi est transgressé. Si celui qui porte en lui toute la plénitude du Royaume est venu dans le monde, le sabbat sans lui perd tout son sens. La situation a radicalement changé: il est désormais possible de passer ce jour non seulement dans la communion avec Dieu, mais dans la communion avec le Messie au sein de son Royaume. Ignorer cela et se comporter comme si rien n'avait changé dans le monde, c'est vider le sabbat de sa substance et n'en laisser que la forme extérieure et légaliste. Le Sauveur ne se lasse pas de le rappeler à ses interlocuteurs afin que le sabbat devienne pour eux non l'observation de formalités religieuses, mais le commencement du chemin vers le Royaume.
