Paul a parlé plusieurs fois dans différents de ses messages avec des mots différents de la même chose: le christianisme n’est pas une certaine nouvelle, religion messianique, et la vie dans le Royaume messianique, ce même Royaume, qu’attendait tant...
Paul a parlé plusieurs fois dans différents de ses messages avec des mots différents de la même chose: le christianisme n’est pas une certaine nouvelle, religion messianique, et la vie dans le Royaume messianique, ce même Royaume, qu’attendait tant (ou on pensait qu'attendait) si ce n’est pas tout Israël, alors sa grande majorité. Voici seulement ce Royaume ne s’avéra pas tel, que la majorité attendait à le voir, et sa vie ne s’avéra pas aussi tel, que beaucoup attendaient. Parait-il, il n'a pas rien de commun ni avec la religion, ni avec la politique. Par contre il est directement lié à quelque chose «pas de ce monde», ce qu’on ne peut pas voir avec les yeux et ne pas palper avec les mains, ce qui s'ouvre seulement grâce aux relations et la communication avec le Ressuscité.
Et l'apôtre comprend bien sûr parfaitement que, quelles qu’en soient les raisons extérieures historiques du supplice de Jésus, la raison spirituelle de ce qui s’est passée est ce rejet par le monde du Royaume, qui ne disparaîtra pas jusqu'au moment de sa [ce monde] complète transfiguration. Mais si c’est le cas, alors chacun de nous, si seulement nous sommes vraiment des chrétiens, i.e. les habitants du Royaume, a un rapport avec Sa mort. Ou, plus exactement, Sa mort a un rapport avec nous. Et le problème ici n’est pas dans le refus ascétique du monde ou d’une certaine «mortification», dont plusieurs chrétiens se passionnaient tant au Moyen âge. Le problème est que dans quelle mesure nous vivons d'après les lois du Royaume, et dans quelle mesure ont le pouvoir sur nous les lois du monde non transformé.
À l'époque actuelle, l'époque du Royaume à venir, chaque chrétien vit à la frontière de deux mondes, appartenant aux deux simultanément : au Royaume et à ce monde se transformant, mais pas encore totalement transformé, qui existait avant l'arrivée du Sauveur. Cette même vie peut être considérée pour les chrétiens comme une norme; la question est seulement que qu’est-ce qui définit la vie d’un chrétien concret : les lois du Royaume ou les lois du monde non transformé. Si et puisqu'elle est définie par les lois du Royaume, alors autant une telle personne rejettera le monde non transformé.
Mais d'autre part selon le degré de rejet par le monde, le chrétien vivant d'après les lois du Royaume pénétrera de plus en plus dans la vie du Royaume, que Paul appelle «la vie de Jésus». Même en restant dans le monde non transformé, il deviendra de plus en plus un habitant du Royaume et moins un habitant de «ce monde». Et le jour du triomphe complète et définitive du Royaume, quand le monde sera transformé enfin totalement, le Royaume deviendra la seule réalité de sa vie. Le jour du triomphe du Royaume deviendra aussi le jour de son triomphe.
10 m) Pour Paul, le nom de « Jésus » employé seul évoque les humiliations du Christ terrestre et le mot « vie » (en son sens existentiel) évoque la perfection de son humanité. Le comportement de Paul fait de lui un autre Jésus.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.