Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 4 mai 2020

La Bible de Jérusalem (fr)

Jéremie, Chapitre 17

I. Oracles contre Juda et Jérusalem> 1 Fautes cultuelles de Juda., 5 Sentences de sagesse., 12 Confiance dans le Temple et en Yahvé., 14 Prière de vengeance., 19 L’observation du sabbat.
Le péché de Juda est écrit
avec un stylet de fer,
avec une pointe de diamant il est gravé
sur la tablette de leur cœur
et aux cornes de leurs autels,
car leurs fils se souviennent
de leurs autels et de leurs pieux sacrés,
près des arbres verts, sur les collines élevées.
Ô ma montagne dans la plaine,
ta richesse et tous tes trésors,
je vais les livrer au pillage
à cause du péché de tes hauts lieux
sur tout ton territoire.
Tu devras te dessaisir de ton héritage
que je t’avais donné ;
je te rendrai esclave de tes ennemis
dans un pays que tu ne connais pas.
Car le feu de ma colère que vous avez allumé
brûlera pour toujours.
Ainsi parle Yahvé :
Maudit l’homme qui se confie en l’homme,
qui fait de la chair son appui
et dont le cœur s’écarte de Yahvé !
Il est comme un chardon dans la steppe :
il ne ressent rien quand arrive le bonheur,
il se fixe aux lieux brûlés du désert,
terre salée où nul n’habite.
Béni l’homme qui se confie en Yahvé
et dont Yahvé est la foi.
Il ressemble à un arbre planté au bord des eaux,
qui tend ses racines vers le courant :
il ne redoute rien quand arrive la chaleur,
son feuillage reste vert ;
dans une année de sécheresse
il est sans inquiétude
et ne cesse pas de porter du fruit.
Le cœur est rusé plus que tout,
et pervers, qui peut le pénétrer ?
10 Moi, Yahvé, je scrute le cœur,
je sonde les reins,
pour rendre à chacun d’après sa conduite,
selon le fruit de ses œuvres.
11 Une perdrix couve ce qu’elle n’a pas pondu.
Ainsi celui qui se fait des richesses injustes :
au milieu de ses jours elles l’abandonnent
et en fin de compte il n’est qu’un insensé.
12 Un trône glorieux, sublime dès l’origine,
tel est notre lieu saint.
13 Espoir d’Israël, Yahvé,
tous ceux qui t’abandonnent seront honteux,
ceux qui se détournent de toi seront inscrits dans la terre,
car ils ont abandonné la source d’eaux vives, Yahvé.
14 Guéris-moi, Yahvé, et je serai guéri,
sauve-moi et je serai sauvé,
car tu es ma louange !
15 Les voici qui me disent :
Où est-elle, la parole de Yahvé ? Qu’elle s’accomplisse donc !
16 Pourtant je ne t’ai pas poussé au pire,
je n’ai pas désiré le jour fatal,
toi, tu le sais ;
ce qui sort de mes lèvres est à découvert devant toi.
17 Ne sois pas pour moi une cause d’effroi,
toi, mon refuge au jour du malheur.
18 Qu’ils soient honteux, mes persécuteurs, et que je ne sois pas honteux, moi !
Qu’ils soient effrayés, eux, et que je ne sois pas effrayé, moi !
Fais venir sur eux le jour du malheur,
brise-les, brise-les deux fois !
19 Ainsi m’a parlé Yahvé : Va te poster à la porte des Enfants du peuple, par où entrent et sortent les rois de Juda, et à toutes les portes de Jérusalem.
20 Tu diras : Écoutez la parole de Yahvé, vous, rois de Juda, et vous tous, Judéens et habitants de Jérusalem qui passez par ces portes.
21 Ainsi parle Yahvé : Soyez bien sur vos gardes et ne transportez pas de fardeau le jour du sabbat ; n’en faites pas entrer par les portes de Jérusalem.
22 Ne faites sortir aucun fardeau de vos maisons le jour du sabbat et ne faites aucun travail. Sanctifiez le jour du sabbat comme je l’ai ordonné à vos pères.
23 Eux n’ont pas écouté, ils n’ont pas prêté l’oreille ; ils ont raidi leur nuque pour ne pas entendre et ne pas accueillir l’instruction.
24 Si vous m’écoutez bien — oracle de Yahvé — ne faites entrer, le jour du sabbat, aucun fardeau par les portes de cette ville ; si vous sanctifiez le jour du sabbat en n’y faisant aucun travail,
25 alors, par les portes de cette ville, des rois et des princes, siégeant sur le trône de David, feront leur entrée en équipage de chars et de chevaux, eux et leurs princes, les gens de Juda et les habitants de Jérusalem. Et cette ville restera habitée pour toujours.
26 On viendra des villes de Juda et des environs de Jérusalem, du pays de Benjamin et du Bas-Pays, de la Montagne et du Négeb, offrir holocaustes, sacrifices, oblations et encens, offrir des actions de grâces dans le Temple de Yahvé.
27 Mais si vous ne m’écoutez pas pour sanctifier le jour du sabbat, pour ne porter aucun fardeau et ne pas entrer par les portes de Jérusalem le jour du sabbat, alors je mettrai le feu à ses portes : il dévorera les palais de Jérusalem et ne s’éteindra plus.
Lire la suite:Jéremie, Chapitre 18
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 d) Les vv. 1-4 manquent dans le grec.


1 e) « leurs autels » Vulg. ; « les autels » hébr.


2 f) Littéralement « leurs ashéras », cf. Ex 34.13 ; Jg 2.13.


3 g) Cf. 15.13. Nous transposons « à cause du péché de » avant « tes hauts lieux »; intervertis dans l’hébr.


4 h) « te dessaisir », litt. « relâcher ta main », yadeka conj. ; « relâcher et par toi » ûbeka hébr.


4 i) Variante par rapport à 15.14.


6 j) Littéralement « il ne voit rien », verbe graphiquement très semblable à celui qui est employé dans le parallèle du v. 8, « il ne redoute rien », ce qui a entraîné pour ce dernier une erreur de vocalisation.


12 k) Ces deux vv. ne semblent pas être de Jérémie cf. 7.1-15.


13 l) « (Ceux qui se détournent) de toi » conj. ; « de moi » hébr. — « inscrits dans la terre », c’est-à-dire au shéol, parmi les morts.


15 m) Les menaces de Jérémie ne se réalisent pas. On est donc avant 598.


16 n) « (je ne t’ai pas poussé) au pire » litt. « je ne me suis pas pressé derrière toi pour le malheur » (lera`ah) conj. ; « je ne me suis pas pressé plus qu’un berger (mero`eh) derrière toi » hébr.


19 o) L’importance donnée ici au sabbat, inhabituelle chez Jérémie, fait généralement rejeter l’authenticité de ce passage.


Un peu plus d’un siècle après Isaïe, vers 650 av. J.-C., Jérémie naissait d’une famille sacerdotale installée aux environs de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui parsèment son livre et dont voici la suite chronologique : 19.1 – 20.6 ; 26 ; 36 ; 45 ; 28-29 ; 51.59-64 ; 34.8-22 ; 37-44. Les « Confessions de Jérémie », 11.18 – 12.6 ; 15.10-21 ; 17.14-18 ; 18.18-23 ; 20.7-18, proviennent du prophète lui-même. Elles ne constituent pas une autobiographie, mais elles sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées et qui sont décrites dans le style des Psaumes de lamentation. Appelé tout jeune par Dieu, en 626, la treizième année de Josias, 1.2, il a vécu la période tragique où se prépara et s’accomplit la ruine du royaume de Juda. La réforme religieuse et la restauration nationale de Josias éveillèrent des espoirs qui furent anéantis par la mort du roi à Megiddo en 609 et par le bouleversement du monde oriental, la chute de Ninive en 612 et l’expansion de l’empire chaldéen. Dès 605, Nabuchodonosor a imposé sa domination à la Palestine, puis Juda s’est révolté à l’instigation de l’Égypte qui intriguera jusqu’à la fin et, en 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. Une nouvelle révolte ramène les armées chaldéennes et, en 587, Jérusalem est prise, le Temple est incendié, une seconde déportation a lieu. Jérémie a traversé cette dramatique histoire, prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succèdent sur le trône de David, accusé de défaitisme par les militaires, persécuté, incarcéré. Après la prise de Jérusalem, et bien qu’il vît dans les exilés l’espoir de l’avenir, Jérémie choisit de rester en Palestine auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Chaldéens. Mais celui-ci fut assassiné et un groupe de Juifs, craignant les représailles, s’enfuit en Égypte, entraînant Jérémie. C’est probablement là qu’il mourut.

Le drame de cette vie n’est pas seulement dans les événements auxquels Jérémie fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer, et il a été envoyé « pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir », 1.10, il a eu à prédire surtout le malheur, 20.8. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, tout le peuple, « homme de querelle et de discorde pour tout le pays », 15.10. Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire, 20.9. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? » 15.18, et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né... », 20.14 et la suite.

Mais cette souffrance a épuré son âme et l’a ouverte au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c’est la religion intérieure et cordiale qu’il a pratiquée, avant de la formuler dans l’annonce de la Nouvelle Alliance, 31.31-34. Cette religion personnelle l’a conduit à un approfondissement de l’enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, 11.20, il rend à chacun selon ses actes, 31.29-30 ; l’amitié avec Dieu, 2.2, est rompue par le péché, qui sort du cœur mauvais, 4.4 ; 17.9 ; 18.12. Ce côté affectif l’apparente à Osée dont il a subi l’influence ; cette intériorisation de la Loi, ce rôle du cœur dans les rapports avec Dieu, ce souci de la personne individuelle le rapprochent du Deutéronome. Jérémie a certainement vu avec faveur la réforme de Josias qui s’inspirait de ce livre, mais il a été cruellement déçu par son inefficacité pour changer la vie morale et religieuse du peuple.

La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par sa doctrine d’une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa ligne la plus pure, et l’on relève son influence dans Ézéchiel, la seconde partie d’Isaïe et plusieurs Psaumes. L’époque maccabéenne le compte parmi les protecteurs du peuple, 2 M 2.1-8 ; 15.12-16. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d’abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir des traits à l’image du Serviteur dans Isa 53, fait de Jérémie une figure du Christ.

Cette influence durable suppose que les enseignements de Jérémie ont été souvent lus, médités et commentés. Cette action de toute une lignée spirituelle se reflète dans la composition de son livre. Il ne se présente pas, loin de là, comme une œuvre d’un seul jet. En dehors des oracles poétiques et des récits biographiques, il contient des discours en prose dans un style proche de celui du Deutéronome. Leur authenticité a été contestée et on les a attribués à des rédacteurs « deutéronomistes » d’après l’Exil. En fait, leur style est celui de la prose judéenne du VIIe et du début du VIe siècle av. J.-C., leur théologie est celle du courant religieux auquel appartiennent aussi bien Jérémie que le Deutéronome. Ils sont l’écho authentique de la prédication de Jérémie, recueillie par ses auditeurs. Toute cette tradition jérémienne ne s’est pas transmise sous une forme unique. La version grecque offre une recension qui est notablement plus courte (un huitième) que le texte massorétique et souvent différente dans le détail ; les découvertes de Qumrân prouvent que les deux recensions existaient en hébreu. De plus, le grec met les oracles contre les nations après 25.13 et dans un autre ordre que l’hébreu, qui les rejette à la fin du livre, 46-51. Ces prophéties ont peut-être formé d’abord une collection particulière et elles ne proviennent pas toutes de Jérémie : au moins, les oracles contre Moab et Édom ont été fortement retravaillés et le long oracle contre Babylone, 50-51, date de la fin de l’Exil. Le chap. 52 Se donne lui-même comme un appendice historique, qui est parallèle à 2 R 24.18 – 25.30. D’autres compléments de moindre étendue ont été insérés dans le cours du livre et témoignent de l’usage qu’en faisaient et de l’estime qu’en avaient les captifs de Babylone et la communauté renaissante après l’Exil. Il y a aussi une abondance de doublets, qui supposent un travail rédactionnel. Enfin, les indications chronologiques, qui sont nombreuses, ne se suivent pas. Le désordre actuel du livre est le résultat d’un long travail de composition, dont il est bien difficile de retracer toutes les étapes.

Le chap. 36 nous donne cependant les indications précieuses : en 605, Jérémie dicta à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère, 36.2, c’est-à-dire depuis 626. Ce rouleau, brûlé par Joiaqim, fut récrit et complété, 36.32. Sur le contenu de ce recueil, on ne peut faire que des hypothèses. Il semble avoir été introduit par 25.1-12 et groupait les pièces antérieures à 605 qu’on trouve dans les chap. 1-18, mais il contenait aussi, d’après 36.2, des oracles anciens contre les nations, auxquels se réfère 25.13-38. Les compléments qui y furent ajoutés ensuite sont, dans les mêmes sections, des pièces postérieures à 605 et d’autres oracles contre les nations. On y inséra les feuillets des « Confessions », dont le détail a été donné plus haut. On y joignit deux petits livrets, sur les rois, 21.11 – 23.8, et sur les prophètes, 23.9-40, qui ont pu avoir existé d’abord à part.

On isole déjà ainsi deux parties dans le livre : l’une contient des menaces contre Juda et Jérusalem, 1.1 – 25.13, l’autre des prophéties contre les nations, 25.13-38 et 46-51. Une troisième partie est constituée par 26-35, où l’on a rassemblé dans un ordre arbitraire des morceaux qui ont un ton plus optimiste. Ces pièces sont presque toutes en prose et proviennent en grande partie d’une biographie de Jérémie, qu’on attribue à Baruch. Il faut mettre à part les chap. 30-31 qui sont un livret poétique de consolation. La quatrième partie, 36-44, en prose, continue la biographie de Jérémie et donne le récit de ses souffrances pendant et après le siège de Jérusalem. Elle se termine par 45.1-5, qui est comme la signature de Baruch.

Réduire

Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible.

Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit.