Poursuivant son discours, Élihu, comme les amis de Job, accuse le souffrant d’impiété (v. 2 – 9). Il condamne Job parce que, selon Élihu, en s’élevant contre Dieu, il se fait apostat (v. 34 – 37). Job n’avait pas encore entendu de telles accusations. Pourquoi Élihu juge-t-il si durement le comportement de Job? Comme tous les autres participants à la conversation, il part du fait que Dieu possède un pouvoir plein et absolu sur le monde qu’Il a créé (v. 13 – 15). De cette prémisse incontestablement vraie, Élihu conclut que Dieu ne peut pas avoir tort ni juger de travers (v. 10 – 12), ce avec quoi, là encore, on ne peut qu’être d’accord. D’ailleurs, Job lui-même et ses amis seraient entièrement d’accord avec Élihu sur ce point. Mais Élihu voit dans la toute-puissance de Dieu quelque chose de proche de l’arbitraire. Ce n’est pas par hasard qu’il compare Son pouvoir sur l’homme au pouvoir des souverains terrestres, qu’il est impossible d’arrêter même lorsque leurs actes paraissent injustes ou le sont réellement (v. 17 – 18). Le Dieu d’Élihu ne fait pas de différence entre les grands et les petits, entre les riches et les pauvres, non parce que l’état spirituel de l’homme compte pour Lui davantage que sa position sociale, mais parce que les hommes Lui sont indifférents; Il mélange les souverains terrestres comme un jeu de cartes, remplaçant facilement les uns par les autres, de sorte qu’il ne peut être question d’aucun jugement sur qui que ce soit (v. 19 – 25).
Certes, Élihu affirme lui-même que Dieu agit ainsi envers les sans-loi (v. 26 – 30), mais cette affirmation reste ici sans preuve: si Dieu n’examine pas les actes de l’homme comme un juge attentif, si tous les hommes sont pour Lui du même visage, comment être sûr que Ses décisions correspondent à quelque représentation humaine de la justice et du péché? Il n’est pas étonnant qu’un homme ne puisse compter sur une juste évaluation de ses actes de la part d’un tel Dieu; il ne lui reste qu’à reconnaître dès le départ qu’il a tort et à supplier son Juge sans miséricorde de faire preuve d’indulgence (v. 31 – 33). Manifestement, Élihu a réellement éprouvé en profondeur la grandeur et la force de Dieu. Mais cette expérience a apparemment complètement voilé pour lui la justice de Dieu. Le Dieu des prophètes et des sages n’est pas seulement le Dieu de la force, mais aussi le Dieu de la justice; Il est la source du bien et de la justice. Le Dieu d’Élihu est seulement le Dieu de la force; Il n’est pas la source du bien et de la justice, Il est au-dessus d’eux et, au fond, leur est indifférent. Le Dieu des prophètes est la source de la norme morale, et en ce sens Il est au-dessus de la morale; le Dieu d’Élihu est tout simplement extramoral. C’est précisément un tel Dieu que Job craignait le plus de rencontrer; c’est précisément d’un tel Dieu qu’Élihu lui rend témoignage.
