L'hymne cité dans ce chapitre est attribué par la tradition à Moïse, comme tout le Deutéronome. Les biblistes ont plus d'une fois exprimé des doutes sur son attribution à Moïse, mais quoi qu'il en soit, on peut difficilement douter que la tradition qui s'y reflète remonte à Moïse. L'hymne est devenu la continuation de cette description colorée de la transmission de l'autorité spirituelle au successeur, décrite dans le chapitre précédent. Là, instruisant son disciple et successeur Josué, Moïse parle de l'inévitabilité de l'apostasie.
Ici, dans l'hymne qui lui est attribué, Moïse expose la logique de ces processus spirituels qu'il a sans aucun doute dû observer personnellement, et pas lui seul: Josué, à son tour, a dû se convaincre de la justesse de son maître spirituel. L'hymne donné dans le livre reflète l'expérience de Moïse, de Josué, et dans ce cas il importe déjà moins de savoir quand exactement il a été écrit. La logique des processus spirituels reflétée dans le texte de l'hymne est assez claire. Sur le chemin vers la terre promise par Dieu, Dieu a manifesté à plusieurs reprises à Son peuple Sa présence et Ses miracles: l'intervention de Dieu dans ce qui arrivait était trop évidente pour chacun pour qu'on puisse en douter.
La visibilité, pourtant, ne garantit pas en elle-même la confiance, et l'histoire du peuple, l'histoire du chemin vers la terre promise, en est devenue une confirmation remarquable. Le peuple croyait tant qu'il voyait; mais quand les événements miraculeux étaient passés, il redevenait en réalité incroyant. Rien d'étonnant: pour changer, il ne suffit pas de vivre tels ou tels événements, fussent-ils spirituels; il faut encore en prendre conscience. Sans cette prise de conscience, tous les miracles ne restent réels pour l'homme que tant qu'ils se produisent, ou tant que ne se sont pas éteintes les émotions qui leur sont liées. L'absence de conscience a rendu possible une apostasie facile: la vie que le peuple toucha sur la terre promise par Dieu, lorsqu'il y posa le pied, devint pour lui l'unique réalité, avec tout le paganisme qui s'y était enraciné. Le peuple devint païen, en partie sans s'en apercevoir, comme il arrive à quiconque vit sans réflexion et sans conscience.
