La règle du livre des Nombres concernant les vœux faits à Dieu semble être un simple tribut aux relations établies dans une société patriarcale, où le pouvoir, dans le grand clan patriarcal ou même dans la petite famille, appartient au chef du clan, au père, au mari...
La règle du livre des Nombres concernant les vœux faits à Dieu semble être un simple tribut aux relations établies dans une société patriarcale, où le pouvoir, dans le grand clan patriarcal ou même dans la petite famille, appartient au chef du clan, au père, au mari. En réalité, tout n’est pas si simple. Il ne s’agit pas de dire que la femme serait moins responsable devant Dieu que l’homme et que, si elle n’est pas seule, tous ses vœux devraient être confirmés par un homme, père ou mari. Il s’agit des relations qui unissent l’homme à Dieu et les personnes entre elles.
Dans la Bible, l’attitude envers les vœux et les serments, surtout les serments au nom de Dieu, est pour le moins ambiguë. D’un côté, sans les serments qui, dans l’Antiquité, scellaient tous les contrats et toutes les transactions, aucune relation formelle de droit civil n’aurait été possible ; le serment et le vœu étaient donc reçus comme une part nécessaire et inévitable de la vie sociale et religieuse. D’un autre côté, on regardait parfois les vœux et ceux qui les prononçaient comme une sorte d’incantation ayant un caractère et un sens pleinement magiques, de sorte que le garant de l’observation des promesses n’était plus Dieu, mais une force contenue dans les paroles mêmes du vœu.
Il ne s’agissait déjà plus de yahvisme, mais de paganisme, et sous sa pire forme, où il ne restait simplement aucune place pour autre chose que la magie. Ce n’est pas par hasard que Jésus, dans le Sermon sur la montagne, interdit de tels serments et de tels vœux : pour le chrétien, un simple « oui » ou « non » doit suffire ; tout le reste vient du mauvais, c’est une tentative de s’appuyer sur quelque chose qui échappe à l’homme, en faisant de ce qui échappe à l’homme le garant de l’inébranlabilité d’une promesse humaine.
Entre-temps, l’homme déchu a toujours voulu précisément des garanties, et des garanties fiables, si possible absolues. Mais chacun ne comprenait pas toujours qu’il faut payer ces garanties, d’abord par le renoncement à la liberté dans la relation avec celui dont on veut les obtenir. En se liant par un vœu, l’homme veut des garanties de lui-même ; en liant autrui par un serment, il en veut de son prochain ; et Dieu est censé, dans tous les cas, servir de garant, qu’Il approuve ou non ces serments et ces vœux.
La situation est pour le moins étrange ; c’est pourquoi, avec le temps, le droit de l’homme aux serments et aux vœux se trouve limité, puis disparaît complètement avec la venue du Messie. La limitation des vœux des filles du vivant de leur père et des épouses du vivant de leur mari n’était que le début de ce processus, un début tout naturel : se lier par un vœu sans demander l’avis de celui qui répond devant Dieu de toi ou de la famille, ce serait donner la primauté aux obligations sur les relations, ce qu’il faut éviter de toutes ses forces si l’on veut une vie spirituelle normale et pleine.