Pendant le chemin du Sinaï jusqu'aux frontières de la terre promise par Dieu, selon le témoignage du livre du Deutéronome, disparut la génération de ceux qui étaient sortis d'Égypte. Ce n'est qu'après cela, comme Dieu l'avait dit à Moïse déjà au Sinaï, que commence le processus de conquête de la terre. Il ne fut évidemment pas instantané, et le chemin lui-même prit beaucoup de temps...
Pendant le chemin du Sinaï jusqu'aux frontières de la terre promise par Dieu, selon le témoignage du livre du Deutéronome, disparut la génération de ceux qui étaient sortis d'Égypte. Ce n'est qu'après cela, comme Dieu l'avait dit à Moïse déjà au Sinaï, que commence le processus de conquête de la terre. Il ne fut évidemment pas instantané, et le chemin lui-même prit beaucoup de temps. Moïse avait un peu plus de quatre-vingts ans lorsque Dieu se révéla pour la première fois à lui au Sinaï, et il mourut dans les plaines de Transjordanie à l'âge de cent vingt ans. Quarante ans passèrent depuis le jour où le peuple quitta l'Égypte avant qu'il ne soit prêt à entrer dans la terre promise par Dieu à ses pères. Chez les Hébreux de l'Antiquité, quarante ans étaient la durée de vie d'une génération. Plus exactement, bien sûr, non pas de la vie, mais de la capacité d'agir : tel était considéré l'âge de vingt à soixante ans. Bien qu'il arrivât souvent, comme ce fut le cas pour Moïse, que l'homme accomplisse l'œuvre principale de sa vie en dépassant largement les limites de cet « âge de la capacité d'agir ».
Dans le cas présent, on peut dire qu'est sortie de scène toute une génération, que l'on pourrait appeler la génération de l'Exode. Leurs enfants commencèrent la conquête de la terre promise par Dieu au peuple, conquête qu'il revint d'achever non plus aux enfants, mais aux petits-enfants de ceux qui avaient quitté l'Égypte. Le processus de conquête de la terre s'étendit sur trois générations, et ce ne fut évidemment pas un hasard. On le sait : les migrants de la première génération, qu'ils soient émigrants ou rapatriés, ont encore tendance à regarder en arrière ; psychologiquement, ils n'ont pas encore tout à fait quitté leur ancienne patrie, sauf rares exceptions, qui existent toujours. Leurs enfants, surtout ceux nés après la migration, se sentent déjà d'ordinaire habitants du lieu, mais ils se souviennent encore qu'ils sont enfants d'arrivants, et cette mémoire peut marquer leur vie et leur perception de la réalité. Quant aux petits-enfants de ceux qui ont déménagé dans un nouveau lieu, ils se sentent déjà pleinement et sans réserve habitants du lieu ; ils n'ont nulle part ni aucune raison de revenir, même purement théoriquement, et s'ils se souviennent de leur origine, c'est au niveau de certaines particularités quotidiennes et de fêtes nationales, s'il y a quelqu'un avec qui les célébrer.
C'est le côté extérieur, ethnopsychologique, de l'affaire. Il y en a un autre, plus profond, proprement spirituel, lié cependant à l'extérieur. L'œuvre de Dieu ne peut se faire qu'en ne regardant pas en arrière, que ce soit vers les autres ou vers son propre passé. Pour conquérir la terre, le peuple devait perdre l'habitude de se retourner constamment, en se souvenant de l'Égypte. C'est pourquoi il fallait attendre que la génération change : les enfants et les petits-enfants de ceux qui étaient sortis d'Égypte étaient déjà prêts à combattre pour leur terre sans regarder en arrière, et à suivre Dieu de la même manière.