Les anges sont souvent mentionnés dans la Bible, bien qu'on n'y trouve aucune angélologie particulière et développée. Cela se comprend: la Bible porte son attention d'abord sur l'homme, et sur les anges dans la mesure où ils touchent les hommes et leur vie. Mais une définition univoque...
Les anges sont souvent mentionnés dans la Bible, bien qu'on n'y trouve aucune angélologie particulière et développée. Cela se comprend: la Bible porte son attention d'abord sur l'homme, et sur les anges dans la mesure où ils touchent les hommes et leur vie. Mais une définition univoque de ce que sont les anges et de leur nature, nous ne la trouverons pas dans les livres bibliques. Ils ne parlent que d'épisodes concrets d'apparitions d'anges aux hommes.
Il n'est pas toujours facile de comprendre s'il s'agit d'une théophanie ou de l'apparition d'un être créé spirituel particulier. On appelait anges un genre particulier de visions, au cours desquelles les prophètes voyaient l'image d'un cavalier céleste sur un cheval blanc, annonçant la volonté de YHWH; les prophètes percevaient généralement ce cavalier non comme un être créé particulier, séparé de Dieu, mais comme une manifestation de YHWH lui-même, et s'adressaient à Lui en conséquence. Mais il existait aussi une autre expérience: des anges apparaissaient parfois aux hommes sous forme humaine, le plus souvent, comme les cavaliers célestes, en jouant le rôle de messagers communiquant à ceux vers qui ils étaient envoyés la volonté de Dieu.
C'est à l'image du cavalier céleste que remontent aussi les cavaliers des visions apocalyptiques, jusqu'aux fameux cavaliers de l'Apocalypse. Les anges sous forme humaine ne sont pas moins connus: ce sont précisément de tels anges qui annoncèrent la résurrection du Sauveur aux femmes venues de nuit au tombeau. L'expérience réelle, comme cela arrive souvent, engendra un genre littéraire particulier, où les anges deviennent, aux côtés des hommes, des personnages du récit.
Le Livre de Tobie peut servir d'exemple de ce genre de littérature, où un ange accompagne le héros principal du récit dans ses voyages. Mais son véritable héros reste tout de même non pas l'ange, mais Tobie lui-même. Et, bien sûr, Dieu, qui accompagne Tobie et le conduit à Sa suite.
4 y) Mis à part « l’Ange de Yahvé » ou « l’Ange de Dieu », qui, dans les textes anciens, désigne l’apparence visible de Dieu, cf. Gn 16.7, les anges sont des créatures distinctes de Dieu et inférieures à lui, les membres de sa cour céleste (appelés « fils de Dieu », Jb 1.6 ; cf. Ps 29.1, « saints », Jb 5.1, « armée du ciel » 1 R 22.19 ; Ne 9.6 ; Ps 103.21 ; 148.2). Le prologue de Job évoque leur assemblée, Jb 1.6 ; 2.1, d’où partent les messagers (c’est le sens du mot « ange ») que Dieu envoie sur terre. Ce sont tantôt des anges de destruction, cf. Ex 12.23 ; 2 R 19.35 ; Ez 9.1 ; Ps 78.49, tantôt des anges gardiens des nations et des individus, cf. Ex 23.20 ; Dn 10.13. Raphaël est envoyé comme guide de Tobie, 3.17, cf. Gn 24.7. Sur le rôle intermédiaire des anges dans la prophétie, voir Ez 40.3. La doctrine se développera dans le judaïsme et dans le NT.
Le livre de Tobie est une histoire familiale. À Ninive, Tobit, un déporté de la tribu de Nephtali, pieux, observant, charitable, est devenu aveugle. À Ecbatane, son parent Ragouël a une fille, Sarra, qui a vu mourir successivement sept fiancés, tués au soir des noces par le démon Asmodée. Tobit et Sarra demandent l’un et l’autre à Dieu d’être délivrés de la vie. De ces deux infortunes et de ces deux prières, Dieu va faire une grande joie : il envoie son ange Raphaël, qui conduit Tobie, fils de Tobit, chez Ragouël, lui fait épouser Sarra et lui donne le remède qui guérira l’aveugle. C’est un récit d’édification, où les devoirs envers les morts et le conseil de l’aumône ont une place marquante. Le sens de la famille s’y exprime avec un charme prenant. Il développe une notion très élevée du mariage. L’ange Raphaël manifeste et masque tout à la fois l’action de Dieu, dont il est l’instrument. C’est cette Providence quotidienne, cette proximité d’un Dieu bienveillant, que le livre invite à reconnaître.
Le livre s’inspire de modèles bibliques, surtout des récits patriarcaux de la Genèse, il se place littérairement entre Job et Esther, entre Zacharie et Daniel. Il offre des points de contact avec la Sagesse d’Ahikar (cf. Tb 1.22 ; 2.10 ; 11.18 ; 14.10), ouvrage apocryphe dont le fond remonte au moins au Ve siècle av. J.-C., voir Tb 1.22. Le livre de Tobie semble avoir été écrit vers 200 av. J.-C., peut-être en Palestine et probablement en araméen.