En commençant son épître à l'Église de Colosses, Paul reprend comme à neuf les vérités fondamentales sans lesquelles...
En commençant son épître à l'Église de Colosses, Paul reprend comme à neuf les vérités fondamentales sans lesquelles il n'y a pas et il ne peut pas y avoir de christianisme dans son sens premier, lié à l'expérience de la vie du Royaume. Il n'est pas étonnant que le centre de son témoignage soit l'image du Messie-Christ, sans Lequel le christianisme comme expérience du Royaume est impossible par principe (v. 9-17). Et si, selon les conceptions rabbiniques traditionnelles, le Messie avait été conçu par Dieu dès avant la création du monde, pour Paul le Messie devient Celui sans Qui le monde est impensable, Celui sur Qui il repose et Qui en constitue le véritable fondement (v. 15-17).
Une telle transformation des représentations traditionnelles est tout à fait logique: si le Messie contient toute la plénitude du Royaume (v. 19), et si le Royaume est la seule réalité véritable et authentique grâce à laquelle et pour laquelle tout le reste existe, alors le Messie Lui-même devient tout naturellement le fondement sur lequel tient l'univers.
Mais pour les chrétiens, dont la tâche principale est de communier à la vie du Royaume puis de s'y enraciner, ce qui importe avant tout est la possibilité, ouverte par la venue du Christ dans le monde, d'une purification complète du péché, sans laquelle on n'entre pas dans le Royaume (v. 13-14). Autrefois, Dieu purifiait Son peuple du péché au moyen des sacrifices de purification, mais cette purification n'était pas complète: on ne pouvait ainsi être purifié que du péché commis involontairement, par ignorance ou sous contrainte. Le sang des animaux offerts en sacrifice, sanctifié par la présence de Dieu, n'allait pas plus loin. Désormais, quiconque cherche le Royaume a la possibilité d'être purifié de tout péché, de recommencer sa vie spirituelle depuis le début et de la consacrer au chemin vers le Royaume.
Pour l'apôtre, le Royaume n'est rien d'autre que l'union du ciel et de la terre; l'Église, à cet égard, n'est même pas pour lui une préfiguration, mais la forme d'existence du Royaume dans notre monde en cours de transfiguration, mais pas encore transfiguré (v. 18-20). Mais tout aussi important pour Paul est le dépassement, par ceux qui cherchent le Royaume, de leur propre état de péché, sans quoi on n'entre pas dans le Royaume (v. 21-23). La tâche de l'Église est double: d'une part, elle doit devenir l'espace du Royaume dans le monde en voie de transfiguration; d'autre part, elle est la communauté de ceux qui sont sauvés, la communauté des personnes qui marchent sur le chemin du Royaume, mais qui sont encore loin d'avoir atteint le but. La révélation de la plénitude du Royaume dans notre monde en voie de transfiguration est inséparable de la formation spirituelle de ses habitants, et ce processus ne s'achèvera qu'à la fin des temps, au retour du Christ.