Les normes liées aux « écoulements » constituent aujourd'hui dans le judaïsme l'une des bases de la cacherout, surtout pour les femmes. On peut remarquer au passage que, dans le judaïsme, les normes...
Les normes liées aux « écoulements » constituent aujourd'hui dans le judaïsme l'une des bases de la cacherout, surtout pour les femmes. On peut remarquer au passage que, dans le judaïsme, les règles concernant ces « écoulements » se sont durcies au fil des siècles, précisément pour les femmes, alors qu'à l'origine on pouvait entendre par « écoulement » même un simple rhume ; dans une telle interprétation, les prescriptions correspondantes s'appliquaient aux hommes à un degré à peine moindre qu'aux femmes. La raison en est que, dans l'Antiquité, tout « écoulement » était considéré comme un signe de maladie, quelle qu'en fût l'origine.
Or la maladie était liée à une diminution de cette plénitude de vie qui était tenue pour une condition nécessaire de la sanctification. Les « écoulements » de toute sorte en étaient justement le témoignage le plus visible : l'homme semblait perdre visiblement sa force, perdre son intégrité littéralement physique, devenir rien, du moins en partie. Aucune plénitude de vie n'était compatible avec un tel état.
Pourtant, cette plénitude était absolument nécessaire à la sanctification : car c'était précisément la vie de l'homme qui était sanctifiée, sa force vitale, ce courant de vie que la Bible appelle « âme vivante ». Dans l'Antiquité comme à d'autres époques, on sanctifiait souvent, par exemple, des sources, des ruisseaux, des fleuves ; mais il ne serait guère venu à l'idée de quelqu'un de sanctifier une flaque, un marécage ou un flot d'eau sale. À l'époque où fut écrit le Lévitique, on supposait justement que toute maladie transformait le courant de vie de l'homme, de fleuve pur, en quelque chose qui ressemblait à un égout.
Bien sûr, personne n'a jamais considéré la maladie ou les « écoulements » comme un péché ; mais la souillure ne pouvait pas être liée seulement au péché : souillait tout ce qui diminuait en l'homme la plénitude de sa vie ou en salissait le courant. L'homme pouvait ne pas en être coupable, il ne pouvait l'être que si la cause de la souillure était le péché qu'il avait commis ; mais le fait demeurait : la plénitude de la vie disparaissait, son courant se trouvait sali. Il s'ensuivait que la sanctification d'un tel courant souillé était impossible.
Il n'y avait là aucune catastrophe : c'est précisément pour de tels cas qu'avaient été élaborés les rites de purification. Si la souillure n'était pas liée au péché, personne n'attendait naturellement de l'homme le repentir et personne ne l'accusait de quoi que ce soit. Il devait simplement se purifier, comme il est nécessaire de se laver après un travail sale ou après être tombé accidentellement dans la boue. Nous, aujourd'hui, qui vivons à l'époque du Royaume qui vient, dont le souffle lave toute saleté et rend la vie pleine, nous ne pouvons pas le comprendre ; mais pour les hommes des temps préchrétiens, tout cela était parfaitement réel et actuel.