Les prophètes bibliques avertissaient souvent leur propre peuple, comme les autres peuples, des malheurs à venir qui les menaçaient en raison de leurs péchés et de leur vie injuste. Certes, lorsqu'il s'agit de peuples païens qui ne connaissent ni Dieu ni les commandements qu'Il a explicitement donnés, les exigences sont quelque peu atténuées...
Les prophètes bibliques avertissaient souvent leur propre peuple, comme les autres peuples, des malheurs à venir qui les menaçaient en raison de leurs péchés et de leur vie injuste. Certes, lorsqu'il s'agit de peuples païens qui ne connaissent ni Dieu ni les commandements qu'Il a explicitement donnés, les exigences sont quelque peu atténuées. Dieu ne demande, par exemple, un monothéisme strict à aucun autre peuple qu'au Sien.
Mais, pour ce qui est des relations des hommes entre eux, tout reste en vigueur. Cela n'a rien d'étonnant : la voix de la conscience suffit généralement ici, en rappelant ces mêmes commandements que Dieu donne explicitement à Son peuple. Il suffit d'écouter cette voix et de la suivre. Et si l'on éprouve des difficultés à la suivre, ce n'est pas par manque d'information, mais uniquement par refus de la suivre. À l'époque où fut écrit le livre de Jonas, Ninive était perçue comme le symbole et le foyer du mal mondial qui défie Dieu.
Elle était la capitale de l'Empire assyrien, dont, selon le témoignage du prophète, personne ne regretta la destruction, ni pendant ni après celle-ci. Par la suite, après l'Exil à Babylone, Babylone prit la place de Ninive dans l'ensemble des images et des symboles bibliques. Mais cela se produisit plus tard, plusieurs siècles après l'apparition du livre de Jonas. Et voici que, dans ce foyer du mal mondial, devenu le symbole d'une opposition universelle à Dieu, retentit une prédication qui, de façon tout à fait inattendue, suscite le repentir et la conversion des habitants. Incroyable, mais vrai. Il se produit ensuite quelque chose qui paraît plus incroyable encore : Dieu renonce à Ses projets de châtier Ninive.
Une seule conversion aurait-elle donc pesé davantage que tout le mal commis par les Ninivites ? Si l'on adopte une approche strictement arithmétique, en comptant les mauvaises actions et les bonnes, alors, bien sûr, non. Un seul repentir, une seule conversion, ne l'emportent pas sur tous les péchés commis, ni dans la vie d'une personne ni dans celle d'un peuple entier. Mais ce n'est pas l'arithmétique qui importe à Dieu. Il ne calcule pas le bilan des mauvaises et des bonnes actions ; s'il en était ainsi, personne n'aurait de chance. Seule la conversion Lui importe.
Ce qui importe, c'est de savoir avec qui se tient une personne ou un peuple entier, ici et maintenant : avec Lui ou avec ceux qui s'opposent à Lui. Et si c'est avec Lui, Il fera tout pour que ceux qui se sont tournés vers Lui aient la possibilité de changer de vie, peut-être même de repartir de zéro. Car Il ne veut pas que les pécheurs meurent à cause de leurs péchés. Il veut que le pécheur se tourne vers Lui, se repente du péché commis et commence une vie nouvelle. Et si le pécheur se repent vraiment et se tourne vers Lui, Il fera tout pour rendre cette vie nouvelle possible à celui qui s'est repenti.
6 m) Toute cette scène de pénitence et de conversion est l’antithèse de Jr 36 (cf. l’Introduction) ; elle est en outre remplie d’expressions chères à Jérémie.
8 n) On omet ici « hommes et bêtes », répété par erreur du v. précédent.
Ce petit livre diffère de tous les autres livres prophétiques. C’est uniquement un récit : il raconte l’histoire d’un prophète désobéissant qui veut d’abord se dérober à sa mission et qui ensuite se plaint à Dieu du succès inattendu de sa prédication. Le héros à qui est attribuée cette aventure un peu ridicule est un prophète contemporain de Jéroboam II, mentionné en 2 R 14.25. Mais le livret ne se présente pas comme étant son œuvre et effectivement ne peut pas être de lui. La « grande ville » de Ninive, détruite en 612, n’est plus qu’un lointain souvenir, la pensée et l’expression empruntent aux livres de Jérémie et d’Ézéchiel, la langue est tardive. Tout invite à placer la composition après l’Exil, dans le courant du Ve siècle. Le psaume, 2.3-10, qui est d’un genre littéraire différent et qui n’a aucun rapport avec la situation concrète de Jonas ni avec l’enseignement du livre, a été ajouté après coup.
Cette date basse doit déjà mettre en garde contre une interprétation historique. Celle-ci est écartée aussi par d’autres arguments : Dieu peut changer les cœurs, mais la subite conversion au Dieu d’Israël du roi de Ninive et de tout son peuple aurait laissé des traces dans les documents assyriens et dans la Bible. Dieu est aussi maître des lois de la nature, mais les prodiges sont ici accumulés comme autant de « bons tours » joués par Dieu au prophète : la tempête subite, Jonas désigné par le sort, le poisson monstrueux, le ricin qui pousse en une nuit et qui sèche en une heure, et le tout est raconté avec une ironie non déguisée, bien étrangère au style de l’histoire.
Le livre est destiné à plaire, et aussi à instruire : c’est un récit didactique, et son enseignement marque l’un des sommets de l’Ancien Testament. Brisant avec une interprétation étroite des prophéties, il affirme que les menaces, même les plus catégoriques, sont l’expression d’une volonté miséricordieuse de Dieu, qui n’attend que la manifestation du repentir pour accorder son pardon. Si l’oracle de Jonas ne se réalise pas, c’est qu’en effet les décrets de destruction sont toujours conditionnels. Ce que Dieu veut, c’est la conversion, et la mission du prophète est donc parfaitement réussie, cf. Jr 18.7-8.
Brisant avec le particularisme dans lequel la communauté postexilique était tentée de s’enfermer, ce livre prêche un universalisme extraordinairement ouvert. Ici, tout le monde est sympathique, les marins païens du naufrage, le roi, les habitants et jusqu’aux animaux de Ninive, tout le monde sauf le seul Israélite qui soit en scène, et c’est un prophète, Jonas ! Dieu sera indulgent pour son prophète rebelle, mais surtout, sa miséricorde s’étend même à l’ennemie la plus honnie d’Israël.
On est tout près du Nouveau Testament : Dieu n’est pas seulement le Dieu des Juifs, il est aussi le Dieu des païens, car il n’y a qu’un seul Dieu, Rm 3.29. Dans Mt 12.41 et Lc 11.29-32, Notre Seigneur donnera en exemple la conversion des Ninivites, et Mt 12.40 verra dans Jonas enfermé dans le ventre du monstre la figure du séjour du Christ au tombeau. Cet emploi de l’histoire de Jonas ne doit pas être invoqué comme une preuve de son historicité : Jésus utilise cet apologue de l’Ancien Testament comme les prédicateurs chrétiens utilisent les paraboles du Nouveau ; c’est le même souci d’enseigner par des images familières aux auditeurs, sans qu’un jugement soit porté sur la réalité des faits.